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Le début de la fin du « supermarché horloger »
Economie

Le début de la fin du « supermarché horloger »

Thursday, 08 September 2011
Par Quentin Simonet
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Quentin Simonet

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7 min de lecture

Swatch Group pourra réduire ses livraisons de mouvements et d’assortiments dès l’an prochain.

Nicolas Hayek l’avait annoncé avec fracas en 2009 : son fils Nick est en train de concrétiser cette intention. À terme, l’horlogerie suisse devra se passer des services du groupe Swatch pour s’approvisionner en composants horlogers. Et comme annoncé par feu Nicolas Hayek, ce sont toutes les pièces d’une montre qui sont concernées, du mouvement complet aux assortiments, en passant par l’échappement et les organes réglants balancier-spiral.

La première étape de ce processus échelonné est déjà entrée en vigueur. Dans le cadre de mesures provisionnelles, la Commission de la concurrence helvétique (Comco) a autorisé le numéro 1 mondial de l’horlogerie à réduire les livraisons de mouvements mécaniques à 85 % des quantités achetées en 2010 et à 95 % en ce qui concerne les assortiments. Cette première autorisation n’augure toutefois rien des conclusions de l’enquête ouverte par le gendarme de la concurrence à l’égard du Swatch Group. Une enquête qui doit permettre de déterminer si l’intention de l’horloger biennois constitue un « abus de position dominante illicite du point de vue du droit de la concurrence ». Il s’agit en particulier de vérifier s’il existe des sources d’approvisionnement alternatives au groupe Swatch et dans quel horizon de temps elles peuvent éventuellement être mises sur pied.

Le calendrier prend effet dès 2012

Premier constat, le groupe horloger marque déjà des points auprès de la Comco puisqu’il s’est montré prêt à trouver une solution à l’amiable au sens d’une réduction échelonnée des livraisons. Seconde remarque, une telle diminution pourrait se prolonger au-delà de ce que craint la concurrence puisque les conclusions de l’enquête menée par les autorités fédérales ne sont pas attendues avant au moins 12 mois. En attendant, les horlogers devront apprendre à vivre avec des volumes réduits, une réduction qui pourrait d’ailleurs aller jusqu’à 30 % selon les composants considérés, dans la mesure où les chiffres articulés par la Comco ne représentent qu’une moyenne.

Mais à quoi sert la Comco si ce n’est à favoriser les monopoles ?
Peter Stas

Les reproches et critiques virulentes à l’encontre de la Comco n’ont pas tardé à tomber. De nombreuses sociétés horlogères, actives surtout dans le moyen de gamme, ont vilipendé le calendrier arrêté, effectif dès le 1er janvier 2012, et, surtout, le fait qu’il inclue les livraisons d’assortiments. Plusieurs d’entre elles ont même annoncé vouloir recourir auprès du Tribunal administratif fédéral. « Mais à quoi sert la Comco si ce n’est à favoriser les monopoles ? » s’interroge indigné Peter Stas, CEO de Frédérique Constant.

Le train est en marche

Selon la banque Vontobel, le Swatch Group détient une part de marché de 70 % dans les mouvements mécaniques et de 90 % dans les assortiments. Pour Alain Spinedi, patron de la marque Louis Erard, l’impact de cette décision équivaut à une nouvelle crise d’approvisionnement. Un choc d’autant plus sévère que l’industrie horlogère se redresse de la crise de 2009 et que les alternatives, bien qu’existantes et en plein développement, ne sont vraiment pas à même de se substituer au groupe Swatch. D’après lui, la Comco n’a pas conscience que sa décision va réactiver le marché gris. « Nous avons déjà connu ce phénomène lors de la pénurie d’approvisionnement de 2008, synonyme de prix multipliés par trois, déclarait-il récemment. Payer un mouvement CHF 750 (USD 865 / EUR 615) au lieu de 250 (USD 290 / EUR 205) n’est peut-être pas un problème pour une marque positionnée dans le haut de gamme. Pour celles qui font du volume comme Louis Erard, c’est une catastrophe. Nous n’avons aucune marge de manœuvre. »

Sans préjuger de l’issue de l’affaire, le train semble bel et bien en marche. Et la volonté du Swatch Group d’y parvenir plus forte que jamais. Si les analystes de Kepler Capital Markets parlent d’une décision surprise de la part de la Comco, ils ne s’attendent pas moins à un arrêt complet et définitif des livraisons de composants et mouvements d’ici à six ou sept ans. Voilà les horlogers prévenus. Et cela d’autant que, a priori, seule la loi sur les cartels pourrait contraindre la multinationale à continuer de servir ses concurrents. Jusqu’ici, ce type de contrainte s’est toutefois appliqué aux seules fournitures d’équipements et d’infrastructures considérées comme essentielles ou vitales, dans les télécommunications ou l’énergie notamment. Dans ce cas précis, la décision prise sur l’arrêt des livraisons d’ébauches par le groupe Swatch pourrait faire jurisprudence, ce qui serait synonyme d’un accord à l’amiable. La Comco déciderait ainsi de délais raisonnables, spécifiques pour tous les types de composants considérés au cas par cas.

Danger pour le « Swiss made » ?

Pour les horlogers, il n’y a donc plus d’autres choix qu’investir, et rapidement. Une histoire de gros sous finalement et non de technologies, parfaitement maîtrisées depuis longtemps, spiraux compris. Mais où trouver les sommes gigantesques pour construire un outil de production susceptible de palier les livraisons du Swatch Group ? Prenons l’exemple d’un mouvement. Pour la fabrication de 250’000 calibres de base de type ETA 7750, il faut compter un financement de l’ordre de CHF 100 millions (USD 115 millions / EUR 0,85 million) et le recrutement de 200 à 250 personnes. Dans son outil de productions comprenant notamment ETA et Nivarox-Far, le groupe biennois a investi ces dernières décennies entre CHF 1,7 et 2 milliards (USD 1,9 et 2,3 milliards / EUR 1,4 et 1,6 milliard), selon les calculs de feu Nicolas Hayek. Un groupe qui emploie actuellement quelque 9’000 personnes dans ses diverses filiales spécialisées dans la fabrication de mouvements et composants. Si le secteur ne devait dupliquer que la moitié de ce potentiel pour assurer son approvisionnement futur, des investissements de CHF 1 milliard (USD 1,1 milliard / EUR  0,8 milliard) seraient nécessaires. Avec, en parallèle, la création de 4’000 à 5’000 postes de travail. Des estimations qui donnent une idée des efforts à fournir et du prix à payer pour obtenir un ticket d’entrée dans le monde horloger helvétique.

Notre branche a intérêt à mutualiser la production d’un certain nombre de composants.
Richard Lepeu

Pour les mouvements bon marché, les composants à bas prix, la fin approche. Un risque qu’a souligné récemment Richard Lepeu, co-CEO de Richemont : « Pour le bien et l’intérêt supérieur de l’ensemble de l’industrie horlogère suisse, il ne faut pas aller trop loin dans le processus d’intégration de la production. » À un certain niveau, expliquait-il, les coûts pourraient devenir exorbitants pour ceux qui voudraient produire tout par eux-mêmes, sans compter la pression du dollar et de l’euro. Et le bras droit de Johann Rupert de poursuivre : « Notre branche a intérêt à mutualiser la production d’un certain nombre de composants. Le secteur a aussi tout à gagner d’un réseau de fournisseurs indépendants et dynamiques qui, à la pointe de l’innovation, fournissent toutes les marques. » Si tel ne devait pas être le cas, le danger de voir certaines marques s’approvisionner à l’étranger deviendrait une réalité, fort dérangeante pour le « Swiss made » !

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