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Le design horloger dopé au numérique
Actualités

Le design horloger dopé au numérique

mercredi, 17 juin 2015
Par Louis Nardin
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Louis Nardin
Journaliste et consultant

“De l’audace, toujours de l’audace.”

Georges Jacques Danton

« Une montre de qualité concentre de la créativité, des compétences techniques et scientifiques rares, des gestes anciens. Elle touche au désir d’être unique, de se distinguer, d’afficher un savoir, une puissance, un goût. Une montre raconte plusieurs histoires à la fois, dont les détails et les secrets font la saveur. »

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4 min de lecture

Les programmes de conception numérique font aujourd’hui intégralement partie du processus de création. Gains de temps, accélération du processus de décision, meilleure coordination avec la production, ces avantages ne sauraient toutefois se substituer à l’imagination.

Ils s’appellent Alias, Rhinoceros, ZBrush ou Illustrator et sont au designer ce que la loupe est à l’horloger. La révolution numérique qui a secoué l’univers des constructeurs horlogers, stimulant au passage la créativité des ingénieurs, a impacté avec autant de force celui du design horloger. Depuis une quinzaine d’années, ces programmes se sont donc largement imposés. En un mot, ils ont transformé la façon d’aborder l’esthétique d’une montre tout en accélérant les processus de création, de décision et de fabrication. Les programmes utilisés sont les mêmes que dans l’industrie automobile. Et leur puissance est surprenante, car ils sont capables autant de reproduire virtuellement des jeux de reflets que de créer des images plus réalistes que des photos.
 

  

En quelques clics, le résultat, désormais, s’affiche.
Réalité virtuelle

Le temps où le styliste horloger pouvait passer jusqu’à plusieurs jours à retoucher son dessin pour reproduire au mieux un éclat est révolu. En quelques clics, le résultat, désormais, s’affiche. « L’arrivée de programmes “surfaciques”, c’est-à-dire permettant de travailler en trois dimensions, a permis de modéliser directement des formes en éliminant les problèmes de transfert lorsque l’on travaille d’abord en deux dimensions, explique ce spécialiste d’une manufacture genevoise diplômé en design numérique. Les ajustements se font en temps réel et permettent de réaliser des modifications rapidement. On évite par exemple les cassures ou des plis dans la matière. On maintient aussi une cohérence de l’ensemble, même avec des formes alambiquées. Ces outils améliorent également le dialogue avec les ingénieurs de la fabrication, car leurs remarques peuvent être directement intégrées. On tient ainsi mieux compte des contraintes de production. »

Reliés à des imprimantes 3D, ces programmes permettent d’imprimer des prototypes à moindres frais. Dans certaines maisons, il s’en fabrique tous les jours. Le résultat, précis au dixième de millimètre, aide beaucoup à la prise de décision. Dans la même veine, les rendus en deux dimensions deviennent de plus en plus réalistes. Des infographistes incluent même des extraits de photos de modèles existants pour renforcer la ressemblance. Une cage de tourbillon que l’on saura identique peut déjà trouver sa place dans un nouveau projet encore virtuel à ce moment-là. « Ces nouveaux outils ont nettement accéléré les processus de décision, constate pour sa part Pascal Hurni, CEO de Hurni Engineering, société spécialisée dans la vente de programmes informatiques de conception en horlogerie. Les décideurs n’ont souvent que quelques minutes à disposition. En matérialisant le résultat à la demande, on obtient plus facilement les approbations en cours de route. Des cadraniers y recourent par exemple pour faire une présélection avec leur client des échantillons qui seront effectivement fabriqués. C’est valable également pour d’autres éléments puisque les finitions, les textures et les matières sont modélisables. »

Je continue de travailler avec des stylos et du papier. [...] Cette phase initiale donne toute sa force à une idée.
Puissance paradoxale

Malgré ce potentiel, l’homme reste nécessairement au cœur de la démarche. « Il faut avant tout une bonne idée, insiste Claude Emmenegger, récemment nommée Directeur de la création chez Audemars Piguet. Et pour la trouver, je continue de travailler avec des stylos et du papier. Une bonne idée peut arriver n’importe quand. Les moments de rêverie où la main bouge presque toute seule et où les lignes apparaissent quasi d’elles-mêmes créent des surprises. Cet état favorise les émotions et le ressenti. Alors le dessin prend forme, naturellement. Cette phase initiale donne toute sa force à une idée. »

Sans surprise, les outils de design 3D ont aussi leurs faiblesses. Après une période d’apprentissage parfois ardue, ils deviennent très faciles à manipuler, prélude à certaines dérives. « Il y a deux écueils, liste Claude Emmenegger. Premièrement, la multiplication d’effets peut magnifier une idée pauvre à la base. J’ai relevé par exemple des cas de “surrendering” qui m’ont fait penser à certains films américains débordants d’effets spéciaux mais développés sur un scénario trop pauvre. Certains étudiants qui ont une relation privilégiée avec les outils numériques tombent très vite dans ce travers. Ceux-là devraient revenir au crayon et à la planche à dessin, comme nous les incitons à le faire avec quelques-uns de mes collègues. Deuxièmement, ces outils permettent de retoucher souvent et facilement un projet en cours, ce qui peut finir par trahir la pureté de l’idée initiale. C’est pourquoi je n’hésite pas à suivre la naissance d’un produit jusque dans les ateliers, et même chez les fournisseurs. »

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