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Le péril jeune horloger
Modes & Tendances

Le péril jeune horloger

Friday, 22 February 2019
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Mathilde Binetruy
Journaliste indépendante

“Et pourtant, elle tourne.”

Galilée

Le premier événement auquel elle a assisté, c’était la Coupe du Monde de football en 1998. Depuis, c’est le SIHH et Baselworld qu’elle vit de l’intérieur. Là aussi, on y joue la montre.

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5 min de lecture

À l’heure où Richard Mille ouvre une bonbonnière, où Romain Jerome enfile sa cape de méchant, où H. Moser & Cie arrose ses bracelets, la génération « kidult » à de quoi se réjouir. Voici venue l’ère de l’horlogerie-nostalgie, de la montre-doudou et des poignets qui « déchirent (grave) ! ». Prêts pour un retour en enfance ?

À quoi reconnaît-on un enfant de 4 ans qui sommeille dans le corps d’un adulte de 40 ans ? C’est très simple : à sa bouche grande ouverte devant l’une des vitrines Richard Mille au dernier Salon International de la Haute Horlogerie. En d’autres termes, à sa capacité à tomber le masque en découvrant la dernière collection Bonbon d’un des horlogers les plus techniques, virils et respectables de sa génération.

RM 07-03 Marschmallow © Richard Mille
RM 07-03 Marschmallow © Richard Mille

À une époque où tout va trop vite, où l’avenir est imprévisible, le seul refuge semble être l’enfance. Pour cela, rien de tel que retrouver des références rassurantes qui rappellent des souvenirs. Les pères empruntent les trottinettes de leurs fils, les mères de famille achètent des eaux de Cologne parfum barbe à papa et toute la famille se retrouve le soir à se défouler sur la PlayStation. Le dressing n’échappe pas à la règle : les sneakers Stan Smith siglées Adidas sont aux pieds de trois générations (Stella McCartney a même imaginé une version vegan), le pull à capuche s’invite dans les salles de réunions lors des friday wear (cette petite décontraction vestimentaire fait ressembler la fin de semaine à un remake de Retour vers le futur) et, au poignet, on s’accorde une madeleine au pouvoir d’évocation nostalgique. Ainsi, Richard Mille a tout juste en appliquant sa science des matières et des textures au thème de la confiserie. Marshmallow, Cupcake, Sucette, Réglisse… L’horloger crée une ligne vaste, gourmande, puissamment évocatrice et promue au succès. En témoigne la foule à l’entrée de son stand patientant pour recevoir… un paquet de fraises Tagada et autres douceurs acidulées !

Maturité supposée x poésie infantile = succès

Surfant sur cette mode du « c’était mieux avant », d’autres marques horlogères s’engouffrent dans la brèche. Ainsi, RJ a compris que les adultes ont envie de lire autre chose que des romans anxiogènes (non, la lecture du dernier Houellebecq ne provoquera pas un shoot de sérotonine) et n’hésite donc pas à jouer avec les références des héros comics de BD. Sa collection des Vilains, constituée du chronographe The Joker et de la montre squelette Two-Face, est issue d’un partenariat avec Warner Bros autour de montres inspirées des Vilains de l’univers DC Comics. Les modèles Arraw Joker, un chronographe à remontage automatique, et le modèle Arraw Two-Face squeletté, présentant un mouvement à remontage manuel, vont contribuer à faire revivre des personnages mythiques au poignet des amateurs du genre.

On peut aussi citer Christophe Claret, qui permet de retrouver ses 12 ans.

À celles qui aiment jouer, qui ont besoin d’être rassurées par l’objet, Piaget propose la ligne Possession. Quel plaisir de manipuler sa lunette tournante en continu ! Le barrage entre les années vient de céder, la vague « scolaire » déferle. Il y a du pen spinning (l’art de tourner son stylo entre ses doigts pendant les longues heures de cours) dans ce geste anodin de faire tourbillonner ses diamants anonymement pendant le travail. C’est un peu comme si le hand spinner (une toupie de main) élargissait son audience de la maternelle aux salles de réunions. « Twisted sonic », « wiper », « double charge »… La maîtrise de ces figures ne sert à rien, mais c’est un merveilleux gimmick dont on ne peut plus se passer et qui restitue les sensations de jeu, de spontanéité, de fraîcheur.

Possession © Piaget
Possession © Piaget

En parallèle, on peut aussi citer Christophe Claret, qui permet de retrouver ses 12 ans. Sa Margot Velours intègre un dispositif permettant de jouer à « Y m’aime, un peu, beaucoup, passionnément… ». Souvenez-vous : quand le dernier pétale arraché arrivait au mot « à la folie », ce sont des cris d’excitation qui déferlaient dans les conversations entre copines (les emoji Whatsapp n’existaient pas encore !).

Plaisir avoué à demi assumé

Pour les frileux avec la tendance régressive, pas de panique : il existe aussi des créations qui suggèrent un retour en enfance plus subtil. Très en phase avec la tendance écolo du moment, la montre-concept Moser Nature parle ainsi à tous ceux qui faisaient pousser des plants de lentilles sur du coton imbibé d’eau dans un passé pas si lointain. Elle est composée de mousse succulente, mini-echeveria, cresson, tradescantia et oignons de semence. Son cadran est en pierre minérale naturelle et lichen des Alpes suisses. Le détail qui fait la différence : son bracelet à entretenir régulièrement avec une mini-tondeuse.

Moser Nature Watch © H. Moser & Cie
Moser Nature Watch © H. Moser & Cie

Autre carton du moment : le sertissage arc-en-ciel à retrouver sur la Parmigiani Fleurier Tonda 1950 Rainbow à travers une valse de saphirs, d’améthystes ou de tsavorites. Officiellement, c’est le côté extra-fin de la montre qui est « waouh ». Officieusement, quel look de Spice Girl ! La pièce symbolise parfaitement une certaine fantaisie adoubée par une crédibilité mécanique. Une distanciation de la génération kidult vis-à-vis d’un jeunisme à moitié assumé ? La question mérite de s’y pencher, mais on imagine la réponse des principaux intéressés : « J’peux pas, j’ai licorne ! »

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