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Le quartz japonais n’a pas tué l’horlogerie suisse
Histoire & Pièces d'exception

Le quartz japonais n’a pas tué l’horlogerie suisse

mercredi, 03 octobre 2012
Par Louis Nardin
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Louis Nardin
Journaliste et consultant

“De l’audace, toujours de l’audace.”

Georges Jacques Danton

« Une montre de qualité concentre de la créativité, des compétences techniques et scientifiques rares, des gestes anciens. Elle touche au désir d’être unique, de se distinguer, d’afficher un savoir, une puissance, un goût. Une montre raconte plusieurs histoires à la fois, dont les détails et les secrets font la saveur. »

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5 min de lecture

Professeur associé à l’université de Kyoto, Pierre-Yves Donzé a décortiqué les causes qui ont mené à l’effondrement de l’industrie horlogère suisse dans les années 1980 puis à son redressement.

Les recherches de l’historien Pierre-Yves Donzé jettent un regard inédit et révélateur sur l’horlogerie suisse. Aujourd’hui, professeur associé à la faculté d’économie de l’université de Kyoto, il est l’un des premiers historiens à étudier en détail la chute de la production horlogère helvétique dans le dernier tiers du 20e siècle. Parfaitement bilingue, il s’est également plongé dans les archives de Seiko-Epson, le plus important groupe horloger japonais, pour comprendre comment ce dernier a conduit son extraordinaire développement. Passage en revue de quelques faits clés.

Vos recherches montrent que le développement des montres à quartz par les Japonais, et Seiko en particulier, n’est pas la raison principale qui a mené à l’effondrement de l’industrie horlogère suisse dès les années 1970. Quels autres facteurs sont entrés en jeu ?

Pierre-Yves Donzé : Les historiens se sont souvent concentrés sur l’innovation appliquée aux produits, laissant de côté l’innovation en termes de moyens de production. Certes, l’arrivée des calibres à quartz a instauré une nouvelle et sérieuse concurrence. De plus, l’explication mettant en scène des Japonais experts dans les technologies électroniques était simple, facile à comprendre, et donc à accepter, pour justifier le dévissage de l’horlogerie mécanique suisse. Toutefois, elle est incomplète. L’organisation du tissu industriel horloger suisse, trop éclaté et non rationalisé, empêchait d’améliorer la productivité et la qualité pour la fabrication de montres mécaniques.

À quoi tenait cette complexité ?

Les Suisses dominaient la production de montres depuis longtemps et au niveau mondial. Les marques et les sous-traitants entretenaient donc des catalogues très variés pour répondre à tous les types de demande. Cette forte diversification empêchait la production en masse. Dès le début, au cours de l’entre-deux-guerres, Seiko, qui règne toujours sur la production horlogère japonaise, a souhaité combiner la qualité suisse avec la productivité américaine, où le volume prime. Ainsi, en plus de développer la technologie du quartz, ses ingénieurs ont mis au point des chaînes de production adaptées. Par ailleurs, le prix des premières montres à quartz, souvent avec boîtier en or, était élevé. Elles n’étaient en tout cas pas moins chères que de belles montres mécaniques compliquées.

Selon vous, Rolex, qui avait justement rationalisé sa production et limité son catalogue, n’a pas connu de baisse des ventes ?

Si Rolex ne publie pas de chiffres, la marque certifie sa production au Contrôle officiel des chronomètres suisses – COSC –, et ses rapports sont accessibles. L’étude des décennies 1970 et 1980 montre une croissance continue du nombre de mouvements certifiés. On peut donc en déduire que la marque n’a pas traversé de « crise du quartz » grâce à la forte intégration de sa production et à un catalogue restreint, soit une production en masse de montres mécaniques de haute précision, les mêmes solutions que celles appliquées par Seiko.

Dans quelle mesure Nicolas Hayek a-t-il été le « sauveur de l’horlogerie suisse », comme on le surnomme souvent ?

Nicolas Hayek se lance dans l’horlogerie au début des années 1980 en tant que consultant mandaté par des banques suisses auprès desquelles les principaux fabricants horlogers sont endettés. Il va restructurer l’essentiel de ce tissu industriel, avant d’en prendre possession en fondant ce qui deviendra le Swatch Group. En rationalisant et en globalisant la production de composants horlogers, il aura assurément permis de rendre l’horlogerie suisse à nouveau rentable et pérenne.

Vos recherches retiennent fréquemment l’attention de la communauté horlogère. Pourquoi l’histoire récente de l’horlogerie suisse est-elle si peu étudiée ?

En Suisse, la recherche historique reste souvent centrée sur des sujets plus anciens. La situation change, mais je suis l’un des rares chercheurs à étudier des périodes plus contemporaines. Par ailleurs, mon poste à l’université de Kyoto dépend de la faculté d’économie, et j’ai eu beaucoup de demandes d’étudiants et de collègues sur l’histoire de l’horlogerie suisse, et du Swatch Group en particulier. Seiko m’a aussi sollicité pour des conférences sur le sujet. Enfin, le monde académique souffre parfois de ne pas faire connaître son actualité. Comme j’apprécie le contact humain et le partage des idées, je voyage beaucoup et communique tout autant, auprès aussi bien du monde académique que de la société en général. Cela tient à ma personnalité mais explique certainement pourquoi mes travaux sont peut-être mieux connus du grand public.

Histoire du Swatch Group, Pierre-Yves Donzé, Éd. Alphil, 2012, ISBN 978-2-940235-99-5

Histoire de l’industrie horlogère suisse de Jacques David à Nicolas Hayek, Pierre-Yves Donzé, Éd. Alphil, 2011, ISBN 978-2-940235-51-3

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