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Le retour des grands, vieux et sages ours gris
Points de vue

Le retour des grands, vieux et sages ours gris

Thursday, 23 January 2020
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Franco Cologni
Président du Comité Culturel de la FHH

“Le talent nécessite toujours de l’effort, de l’engagement, des heures passées à perfectionner un geste qui devient, jour après jour, un don.”

Entrepreneur dans l’âme, Franco Cologni, pourtant homme de lettres, s’est rapidement lancé dans les affaires pour devenir un personnage clé du groupe Richemont.

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4 min de lecture

Je comprends que, dans tous les domaines, la technologie a changé le monde. Cette transformation sera sans doute encore plus difficile à tenir sous contrôle. Eh bien, c’est précisément pour cette raison que la « magie » des vieux maîtres se révèle plus nécessaire que jamais.

« Le vieux maître sorcier est enfin sorti et je prétends que ses génies fassent aussi ma volonté. J’ai bien observé les paroles et les signes qu’il emploie et, avec son pouvoir magique, je ferai moi aussi des prodiges. » C’est ainsi que commence L’Élève sorcier, la célèbre ballade de Johann Wolfgang Goethe qui raconte comment un mage s’absente en recommandant à son jeune aide de faire le ménage – vous vous rappellerez certainement la version en dessin animé de Walt Disney dans le film Fantasia (1940), avec Mickey dans le rôle de l’apprenti cafouilleux. Ce dernier se sert d’un sortilège « volé » à son maître pour faire naître un balai qui fera le boulot tout seul à sa place. Hélas, il ne connaît pas le mot magique qui met fin au sortilège, de sorte que le balai ne cesse de verser de l’eau sur le sol, comme il en a reçu l’ordre, et finit par inonder toutes les pièces. Il faudra le retour du maître pour mettre un terme au désastre.

Un désastre qui me rappelle celui organisé par certaines deuxièmes générations d’entrepreneurs – héritiers ou managers – qui, au moment du départ du « sorcier », celui qui avait assuré le succès de l’entreprise ou de la marque, ont empoigné le sceptre et l’ont emporté, précisément, vers le désastre.

C’est si vrai qu’on voit aujourd’hui des noms archiconnus à l’international – parmi lesquels Ferruccio Ferragamo, Leonardo Del Vecchio, Ratan Tata, Luciano Benetton et tant d’autres – reprendre du service aux manettes de leur entreprise qui risquait le déclin. C’est donc le temps du retour des « grands, vieux et sages ours gris » que l’on croyait retraités mais qui se montrent bien plus agiles dans leur gestion que les jeunes ambitieux qui avaient pris leur place ; ceux de la « Grande Vogue des Managers Arrivistes », ceux du « Marketing über Alles », ceux des « Masters à Harvard », des « Innovation Managers » et de toutes ces autres catégories qu’il est inutile d’énumérer mais qui auraient révolutionné l’économie et la finance. C’est un peu comme les managers « créatifs » de Lehman Brothers, contraints à déclarer la faillite en 2008 sous le poids de 613 milliards de dollars de dettes bancaires et de 155 milliards de dettes obligataires, provoquant le désastre planétaire dont l’économie mondiale ne s’est pas encore remise aujourd’hui.

Je comprends que, dans tous les domaines, la technologie a changé le monde et la façon de travailler. C’est une transformation qui s’accélérera encore ces prochaines années. Et sera sans doute encore plus dévastatrice, plus difficile à tenir sous contrôle. Eh bien, c’est précisément pour cette raison que la « magie » des vieux maîtres se révèle plus nécessaire que jamais.

Je fais partie moi aussi de cette génération-là et, quand je regarde autour de moi, j’ai l’impression de ne pas être bon pour la poubelle. Tout en me rendant compte que nous, qui sommes nés quand le téléphone était un objet rare fait de bakélite noire, sommes parfois franchement mal à l’aise avec un smartphone et que nous ne savons trop que faire de Facebook & Cie, eh bien, question culture et vision, nous en avons (encore) à revendre. Ou, pour le dire à la manière de Goethe : « Allez balai, dans ton coin ! Et vous, esprits, n’obéissez désormais qu’au Vieux Maître habile qui vous fait servir à ses vastes desseins. »

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