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« Le roi des diamants » passe en mains helvétiques
Economie

« Le roi des diamants » passe en mains helvétiques

lundi, 14 janvier 2013
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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6 min de lecture

En octobre dernier, Harry Winston avait fait part de propositions de rachat concernant ses activités horlogères et joaillières. On voyait alors LVMH ou PPR au rang de repreneur potentiel. C’est finalement le Groupe Swatch qui emporte la mise pour USD 1 milliard. La communauté financière salue la transaction.

La réaction a été immédiate. Dès l’annonce du rachat des activités horlogères et joaillières d’Harry Winston par Swatch pour un total de USD 1 milliard, les actions du groupe ont bondi de plus de 3% à la Bourse suisse pour atteindre un nouveau sommet historique dans un fort volume d’échanges. En d’autres termes, la communauté financière saluait comme il se doit cette nouvelle option stratégique de Swatch qui entre par la grande porte dans le marché fort convoité de la joaillerie et du diamant. En octobre 2012, quand Harry Winston avait fait part de propositions de rachat le concernant, le nom du premier horloger mondial ne figurait pourtant pas en tête de liste des repreneurs potentiels étant donné, précisément, son ancrage dans la mesure du temps et ses investissements conséquents dans sa base industrielle. Les analystes voyaient plutôt LVMH ou PPR emporter la donne. Swatch a pris tout le monde de court.

Il faut dire que le groupe cherchait depuis quelque temps déjà à s’établir plus confortablement dans l’univers des bijoux, comme en atteste la collaboration avec Tiffany. Las, cette première tentative a fait long feu. Les deux compagnies se parlent désormais par avocats interposés, se réclamant l’un l’autre des dédommagements à hauteur de CHF 3,8 milliards pour Swatch et 542 millions pour Tiffany. Avec Harry Winston, dont les ventes 2012 ont totalisé USD 412 millions, la compagnie biennoise ne perd rien au change, bien au contraire. La marque, fondée par celui qui allait rapidement être surnommé « le roi des diamants », compte en effet parmi les plus grands noms du luxe au niveau mondial, non seulement pour ses créations joaillières mais également pour son incursion remarquée dans la Haute Horlogerie, notamment via ses collections Opus, Histoire de Tourbillon ou encore Project Z réalisée en zalium, nouvel alliage propre à la Maison.

Joaillier des stars

C’est en 1920 qu’Harry Winston (1896-1978) fonde sa première société, The Premiere Diamond Company sur la 5e Avenue à Manhattan. Douze ans plus tard, il ouvre sa première boutique au Rockefeller Center de New York. Depuis, la marque n’a cessé d’essaimer de par le monde avec, à sa tête, un homme qui a probablement vu passer entre ses mains parmi les plus belles pierres précieuses jamais mises sur le marché, dont le légendaire diamant Hope ou le Taylor-Burton. Rien d’étonnant à ce qu’Harry Winston soit devenue un des joailliers les plus prisés par les familles royale, de la duchesse de Windsor à la maharanée de Jaipur, et par les stars d’Hollywood, de Gwyneth Paltrow à Halle Berry en passant par Glenn Close, Juliette Binoche ou Sharon Stone. En 2004, Harry Winston voit le canadien Aber Diamond Company monter dans son capital permettant à la société de verticaliser sa production, de l’extraction minière à la distribution. Deux ans plus tard, Aber Diamond finalise la transaction en acquérant l’entier du capital. Dans la foulée, elle prend le nom d’Harry Winston Diamond Company est réalise son entrée en Bourse en 2007.

Concrètement, le Groupe Swatch a donc repris le 100% des actions de HW Holdings, propriétaire de Harry Winston et regroupant l’ensemble des activités liées à la joaillerie et à l’horlogerie, dont le centre de production genevois, pour un total de 535 employés. La transaction porte sur un montant de USD 750 millions, auquel s’ajoute USD 250 millions de dette nette. Elle ne comprend donc pas les activités minières du groupe canadien, activités désormais placées sous la raison sociale Dominion Diamond Corporation qui reste cotée à New York et Toronto. Selon Barclays, Swatch et Dominion vont toutefois entamer une collaboration à long terme. Pour la banque, il s’agit à n’en pas douter d’une excellente option stratégique dans la mesure où le groupe horloger sécurise son approvisionnement en diamants. Une co-entreprise est même évoquée dans le domaine du polissage des pierres.

Un fort potentiel d’amélioration des marges

Reste le prix. Pour les analystes financiers dont Patrick Schwendimann de la Banque cantonale de Zurich (BCZ), le montant de l’acquisition, soit quelque CHF 920 millions, ne pose aucun problème au Groupe Swatch qui dispose de plus de CHF 2 milliards de liquidités. L’opération peut donc être financée en fonds propres. En termes de multiples, la transaction représente 2,4x les ventes et 31,5x le bénéfice opérationnel (EBITDA) de Harry Winston qui s’est monté à USD 31,8 millions lors de son dernier exercice, selon les calculs de Barclays. Pour mémoire, le dernier rachat d’importance dans l’univers du luxe, celui de Bulgari par LVMH, s’était payé à 22x le bénéfice brut mais 3,7x les ventes.

Si le prix ne paraît donc pas exorbitant, voire même attrayant si l’on se base sur le chiffre d’affaires selon la BCZ, c’est également en fonction du potentiel d’amélioration de la rentabilité chez Harry Winston. Le Groupe Swatch a été en mesure de dégager une marge brute 2012 (EBITDA) de 27,5% selon les estimations, mais celle du joaillier plafonne largement en-dessous des 10%, l’objectif étant d’atteindre les 15% d’ici 2016, comme l’a déclaré récemment la compagnie devant un parterre d’investisseurs. Autrement dit, Swatch s’est acheté un nom prestigieux qui domine clairement le marché aux Etats-Unis mais pas seulement, lui offrant en outre les moyens de le faire prospérer dans un univers en croissance. Rien d’étonnant à ce que la Bourse ait répondu présent – l’action Swatch au porteur est en hausse de 41,7% sur six mois – même si les dirigeants du Groupe regardent depuis longtemps ces transactions financières avec scepticisme. Un scepticisme qui n’était clairement pas de mise à l’annonce du rachat d’Harry Winston !

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