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« Le sertissage horloger exige une précision au centième de...
Points de vue

« Le sertissage horloger exige une précision au centième de millimètre là où la bijouterie est au dixième »

Tuesday, 28 May 2013
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Anaïs Georges du Clos
Journaliste indépendante

“Rien de grand ne s’est fait dans le monde sans passion.”

Georg Wilhelm Friedrich Hegel

« S’autoriser à tout penser, réfléchir avant d’écrire. »

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5 min de lecture

Pascal Vaucher est un précurseur. Il y a presque 30 ans, il a révolutionné le sertissage horloger en le rationalisant à l’aide de machines à commande numérique CNC.

Après avoir essuyé de vives critiques de ses pairs, Pascal Vaucher a élevé le « serti méca » suisse au rang de « quasi-label ». Entretien.

Comment devient-on le patron des Ateliers Pascal Vincent Vaucher ?

Je suis le cadet d’une famille d’horlogers traditionnels et jusqu’en 1990 je gravais dans l’entreprise de mon frère, Olivier Vaucher. Mais à la faveur d’études de physique à l’École polytechnique fédérale de Zurich et à la suite d’une rencontre avec un fabricant de CNC, j’ai eu l’idée d’emprunter à l’industrie ses méthodes de production pour les appliquer au sertissage horloger. Mon parcours, à la croisée des chemins entre l’artisanat et la mécanique, m’a certainement permis d’imaginer qu’il était possible de rationaliser le sertissage horloger. Mais c’est la possibilité d’adapter les outils qui m’a aidé à concrétiser ce projet et à créer en novembre 1986 ma première société, Pascal Vincent Vaucher SA, spécialiste du sertissage horloger rationalisé. Les Ateliers Pascal Vincent Vaucher, le groupe qui en découle, est composé de cette entreprise historique et de celles que j’ai créées par la suite pour répondre à l’évolution des demandes de notre clientèle, notamment dans l’habillage haut de gamme et le sertissage joaillier.

Pouvez-vous définir le sertissage horloger et ses spécificités ?

Le sertissage horloger ou bijoutier est le fait de fixer une pierre sur un support. Dans l’horlogerie, nous travaillons au 1/100 de millimètre là où le bijoutier est au 1/10. Plus de 90 % de l’activité concerne le sertissage de pierres rondes (brillants) à grains. Pour faire simple, on utilise habituellement les termes de « serti méca » pour le sertissage mécanique ou rationalisé et « serti trad » pour le sertissage traditionnel ou artisanal. Selon moi, cette distinction caricaturale n’a pas lieu d’être, car, dans les faits, la frontière entre les deux techniques est beaucoup plus floue.

Existe-t-il un « serti suisse » et, si oui, quels critères le définissent ?

C’est la rigueur de l’exécution, dans le respect de la tradition artisanale, qui qualifie un sertissage. Le « serti suisse », s’il n’existe pas de façon formelle, est un gage de qualité. Aux Ateliers Pascal Vincent Vaucher, nous garantissons le même niveau d’exécution à tous nos sertissages : horlogers et bijoutiers, manuels et mécaniques.

Sur le plan technique, quelles difficultés avez-vous rencontrées pour rationaliser le sertissage ?

L’ensemble repose sur la maîtrise des tolérances. L’un des problèmes rencontrés par le sertisseur manuel vient des lots de pierres qui n’ont pas toutes le même diamètre. Pour réussir à industrialiser le processus, il fallait d’abord réussir à trier les pierres et à les classer par diamètres pour faciliter les phases suivantes. Nous y sommes parvenus. Mais les débuts n’ont pas été facilités par mes pairs, qui m’accusaient de dénaturer le métier. En outre, j’ai été perçu par les diamantaires comme un empêcheur de tourner en rond, car cette rationalisation les a contraints à livrer des lots aux dimensions plus précises. Cinq à dix ans plus tard, la pratique s’est généralisée. Avoir des lots de pierres réparties par tranches de 0,5/10 de millimètre est devenu la norme.

D’autres étapes ont-elles marqué la vie du Groupe ?

Certainement. Le sertissage sur acier, initié par Chaumet au milieu des années 1990, a été une autre révolution et une étape majeure dans l’évolution du sertissage en général et pour l’entreprise en particulier. Cette innovation a entraîné une augmentation des volumes et multiplié la concurrence, notamment chinoise. La situation se stabilise dans les années 2000 et, en 2005, nous entrons dans une logique de groupe. Tandis que Pascal Vincent Vaucher SA se recentre sur son cœur de métier, nous créons les Emboîteurs d’Espaces SA pour la fabrication d’habillages horlogers d’exception et Swiss Clarity & Cut SA pour maîtriser la chaîne d’approvisionnement des pierres en qualité horlogère. En 2008 vient s’ajouter Swiss Made Settings SA, active dans la joaillerie. Enfin, nous sommes aujourd’hui capables de livrer des produits finis, montres assemblées ou emboîtées, par l’intermédiaire de la société Beroma, dont la reprise est en cours.

Pourquoi une telle restructuration ?

Plutôt que de prétendre tout faire au sein d’une même entreprise, nous avons préféré créer des unités dédiées, indépendantes mais complémentaires, qui nous permettent de répondre à des demandes ciblées ou globales. La Recherche & Développement qu’implique cette spécialisation nous a conduits à breveter de nouvelles techniques et à retrouver une place de leader dans le sertissage horloger.

Pressentez-vous des menaces pour l’avenir ?

Nous travaillons exclusivement avec de grandes marques horlogères suisses et françaises et sommes de fait dépendants de leurs perspectives. Quant au risque de voir nos clients développer nos métiers en interne, ce dont j’entends parler depuis 25 ans, il se révèle limité. Les marques ont besoin d’une souplesse que seuls des partenaires externes performants sont en mesure de leur offrir.

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