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Le Venezuela, un labyrinthe pour les marques
Economie

Le Venezuela, un labyrinthe pour les marques

mardi, 30 novembre 2010
Par Manuel Palos
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Manuel Palos

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6 min de lecture

Ils s’entichent des montres mécaniques, notamment les plus compliquées. Ils adorent les collectionner et leurs achats dépassent la moyenne latino-américaine. Il n’en demeure pas moins que le président, Hugo Chavez, mène une lutte de tous les instants contre l’industrie du luxe. Les Vénézuéliens auraient-ils perdu la tête ?

Le Venezuela, royaume du paradoxe ! Le pays milite en effet pour un socialisme à la sauce du 21e siècle et se montre néanmoins féru d’articles de luxe. D’après un reportage diffusé au mois de mai dernier par la chaîne BBC, le Venezuela figure parmi les premiers consommateurs au monde de whisky hors d’âge et détrône le Mexique en ce qui concerne les ventes de téléphones mobiles Blackberry, avec plus de 1,6 million d’utilisateurs. Hugo Chavez, président de la rebaptisée République bolivarienne du Venezuela, a lui-même plusieurs montres. Selon certaines sources, il posséderait une Tissot, une Victorinox, une Rolex et même une Franck Muller Aeternitas, une pièce estimée à plus de CHF 100’000 (EUR 77’000).

Louis Vuitton, marque renommée s’il en est, a annoncé en mai dernier qu’elle fermait sa boutique à Caracas.

Le gouvernement autodéterminé révolutionnaire de Caracas s’emploie toutefois à dénigrer l’industrie de luxe tout en taxant davantage ses produits. La réaction n’a pas manqué : Louis Vuitton, marque renommée s’il en est, a annoncé en mai dernier qu’elle fermait sa boutique à Caracas jusqu’à nouvel ordre. Motif : un système de change prohibitif appliqué aux articles « somptueux » et l’interdiction d’importer des produits pour une valeur supérieure à 300 000 dollars par mois. Sans parler du contexte sociopolitique susceptible d’agitation sociale en conséquence de ces transformations.

Le Venezuela dépasse le numéro 1 régional

Et pourtant, le pays qui a vu naître Simon Bolivar, le « libérateur », n’en finit pas d’aimer l’horlogerie suisse. Au point de dépasser, selon certains paramètres, le Mexique, la nation leader des ventes de garde-temps dans la région. « Le marché vénézuélien a connu une forte croissance au cours de ces dernières années, peut-être même plus importante que celle des autres pays de la zone, commente Charles Marin, représentant sur le sous-continent de manufactures telles qu’Harry Winston et Roger Dubuis. La plus grande différence avec le Mexique vient du fait que le Venezuela ne se préoccupe pas des volumes mais bien plutôt de la qualité des produits, devançant même le numéro 1 régional pour ce qui est du segment des montres compliquées. » Raison pour laquelle Vacheron Constantin n’a pas hésité à présenter une exquise édition limitée consacrée au bicentenaire de l’indépendance de ce pays sud-américain. Celle-ci valorise une pièce issue de la collection « Patrimony Contemporaine » dotée d’un calibre 1400, un mouvement caractéristique du portefeuille de la maison genevoise. Disponible en 19 unités, dont 10 en or rose et 9 en platine, cette série confirme la relation privilégiée qui existe entre la manufacture horlogère à la croix de Malte et le Venezuela depuis 1922.

« Je pense que deux profils clients se distinguent très nettement dans le pays, détaille Charles Marin. Le premier rassemble des collectionneurs qui connaissent chaque marque dans ses moindres détails et recherchent des articles à travers lesquels s’exprime une véritable innovation technique. Le second réunit des individus qui achètent en privilégiant davantage le design. Je pense que ce dernier groupe est celui qui s’est le plus développé au cours de ces dernières années. » En l’absence de données officielles, certaines sources du secteur indiquent que Rolex et Cartier s’imposent comme les marques de garde-temps haut de gamme les plus vendues, suivies par Breitling, Audemars Piguet, Panerai, IWC, Breguet et Roger Dubuis.

Ce qui n’empêche par plusieurs maisons indépendantes de fournir de gros efforts pour prendre pied sur le marché vénézuélien. Des marques comme Hautlence ou Franc Vila ont en effet profité de leur participation au Salon international de la Haute Horlogerie de Mexico tenu en octobre dernier pour faire un saut dans le pays et rendre visite à leurs distributeurs et clients à Caracas. « La situation se révèle surréaliste, commente Franc Vila. L’un de mes clients est un détenu et certains autres ont de quoi se faire du souci. Il semblerait que je sois appelé à aller vendre mes montres en prison ! »

Montre Patrimony Contemporaine Venezuela Limited Edition (face) © Vacheron Constantin
Montre Patrimony Contemporaine Venezuela Limited Edition (face) © Vacheron Constantin
Une nouvelle richesse

Les clients potentiels ne se recrutent toutefois pas seulement dans le camp de l’opposition au régime. Dans un pays divisé par les différences politiques, il semblerait que la passion pour les articles de luxe et l’horlogerie unisse des partisans issus d’horizons divers quand bien même ceux-ci semblent irréconciliables. Les élections législatives du 26 septembre dernier ont en effet donné la victoire aux adversaires de Chavez réunis au sein de la coalition Mesa de la Unidad Democrática, mais le socialisme chaviste se maintient au pouvoir avec une majorité relative de députés à l’Assemblée nationale. « Une nouvelle richesse s’est développée sur la base des préférences politiques et des cercles d’amis directement liés au pouvoir », souligne une importante source du secteur. « Les personnes au pouvoir sont celles qui consomment le plus », indique une autre voix incontournable du milieu, qui ne souhaite pas davantage être citée.

Les problèmes purement institutionnels ne sont néanmoins pas les seuls à assombrir l’horizon vénézuélien. L’économie du pays, qui demeure intimement liée au prix du pétrole, ne vit pas ses meilleurs moments. La prospérité qui gagne l’Amérique latine, soit des prévisions de croissance pour 2010 de l’ordre de 6 % selon la Banque mondiale, restera en marge de la République bolivarienne, dont l’inflation devrait grimper à 30 % cette année d’après la Banque centrale du Venezuela.

Le secteur du luxe n’a toutefois pas dit son dernier mot. « Le marché vénézuélien n’a pas de limites. En fonction de la marque, il est tout à fait possible de vendre une quantité importante de pièces compliquées, surtout des tourbillons et des calendriers perpétuels, affirme Charles Marin. De toute façon, la situation politique du pays a énormément contribué au développement de l’horlogerie en général et du haut de gamme en particulier. Toutes les maisons ont enregistré en 2009 d’excellentes ventes de montres à complications. »

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