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Les bonnes surprises du marché 2018 de la montre vintage
Histoire & Pièces d'exception

Les bonnes surprises du marché 2018 de la montre vintage

jeudi, 7 février 2019
Par Michael Stockton
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Michael Stockton

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13 min de lecture

Hormis les grandes marques qui mènent le jeu de longue date et ne cessent de crever les plafonds, certaines enseignes sont en train de se profiler sur un marché où la découverte est sans cesse au rendez-vous. Revue de détail avec Heuer, Rolex, Breitling mais aussi Omega, Longines, Seiko, Citizen et Orient.

Il y a environ deux mois, je me suis retrouvé dans l’une des plus grandes capitales d’Europe avec un groupe de collectionneurs de montres vintage plutôt connus et respectés. Lors de cette réunion sur le Continent, la discussion n’avait rien à voir avec celle des collectionneurs bien documentés de Rolex vintage qui se retrouvent en « camp d’été » à Bali. Non, c’était une rencontre d’un tout autre genre : il y avait à peine quatre exemples de la marque à la couronne (deux étaient miennes, je le crains). C’était une réunion de personnes très avisées, qui analysent en profondeur des marques, modèles ou époques de montres spécifiques, quelle que soit leur provenance. Il fut un temps où on les jugeait excentriques, car ils osaient collectionner des modèles autres que ceux de Rolex et Patek. Mais les choses ont bien changé, et notre passe-temps couvre désormais des créations diverses que nous avons décidé d’intégrer à cette étude du marché de la montre vintage.

Après une année 2017 qui peut se résumer au seul mot de « Newman », 2018 est à retenir comme une année, ma foi, pas si remarquable. Certes, il y a eu de grandes ventes de Rolex (voir la vente récente d’une « Dark Star » 6062 Stelline chez Christie’s) et de plusieurs Patek qui ont crevé le plafond avec des montants à sept chiffres lors des enchères de novembre à Genève. Cependant, il n’y a pas eu de pièce détenue par une célébrité qui aurait été dénichée derrière les plinthes d’une ferme oubliée au fin fond de l’Ohio et qui aurait une fois appartenu à un magnat de l’industrie. Non pas que les efforts aient été inexistants, à l’instar de Phillips, qui a fait de son mieux pour ressortir une Rolex Submariner (non pas de derrière quelques plinthes mais bien d’une maison en flammes !) dont l’attribution à Steve McQueen et à son ami cascadeur serait discutable. Malheureusement, certains membres de la famille ont réagi et la montre n’a jamais été présentée aux enchères. Ainsi, ce fut une année qui a effectivement permis aux collectionneurs comme aux médias sociaux et aux prix du marché de faire la distinction entre ce qui était digne d’intérêt et ce qui ne l’était pas vraiment.

Les hauts et les bas de Heuer

Commençons notre étude du marché de la montre vintage par une marque qui a suscité les passions il y a deux ans, avant de subir un sérieux revers lors de la vente mono-marque de début décembre 2017. Je pense qu’aucune signature n’est montée et redescendue aussi vite que Heuer. De nos jours, on peut par exemple acquérir une Autavia « Rindt » 2446 standard, vendue 60’000 dollars par Phillips en 2016, pour environ 20’000 dollars sur le marché courant. En moins de deux ans, la baisse est importante. Or donc, j’ai cité novembre 2017 comme la date marquant le début des revers de Heuer, et j’en ai attribué une grande responsabilité à la vente aux enchères « Crosthwaite & Gavin » de Phillips à l’époque. Certes, certaines pièces ont eu le succès escompté, mais ceux qui étaient habitués à des enchères théâtrales sous la tente à Genève ont été sacrément déçus. La vente s’est déroulée au ralenti et, selon moi, elle a surtout révélé à la plupart des collectionneurs (non sans surprise, ce qui est étrange) que Heuer n’est tout simplement pas Rolex quand il s’agit d’une appréciation générale. Signalons également qu’il y a eu suffisamment de rapports d’enquêtes menées par des collectionneurs sérieux pour révéler que certaines montres n’étaient pas aussi originales qu’on le prétendait. En somme, la vente a piqué une épingle dans un ballon sans doute trop gonflé au départ. Après tout, la Rindt à 20’000 dollars avait probablement été vendue au tiers du prix moins de quatre ans auparavant. Heuer va-t-elle remonter ? Je pense que oui. Des pièces vraiment rares comme la « Skipperrera » 7754 et les charmantes anciennes variantes Abercrombie & Fitch montrent le chemin. N’oublions pas les chronographes des années 1940 et 1950, bien qu’ils soient encore relativement bon marché. En tout cas, avec une histoire dans la course automobile qu’aucune autre marque ne peut égaler, je prédis à Heuer un retour plus lent, peut-être mieux approprié, sur le podium.

Si on parle d’une marque leader en 2018, il s’agit incontestablement de Breitling.

Si on parle d’une marque leader en 2018, pour avoir suscité de plus en plus l’intérêt des collectionneurs, il s’agit incontestablement de Breitling. Sans elle, une étude du marché de la montre vintage ne serait simplement pas légitime. Disons que cela relève de la conjugaison d’une renaissance de l’entreprise, depuis que George Kern en a pris la direction il y a plus d’un an, et d’une histoire racontée avec prudence et détermination. Oui, Breitling est de retour avec de nouvelles montres et, même si nous n’avons vu que les premières créations vraiment semi-rétro de la nouvelle collection Premier, l’entreprise a entamé son renouveau en rétablissant son ancien logo sans ailes et en mettant fortement l’accent sur son héritage. À l’exemple de Jeff Stein, qui est l’expert reconnu des montres vintage Heuer, Fred Mandelbaum est l’historien de Breitling. Breitling a judicieusement sollicité Fred, dès son relancement, pour participer à l’information des acheteurs et collectionneurs potentiels sur l’innovation et l’implication de la marque dans l’histoire horlogère au fil des décennies. Bien que je sois profondément subjectif, je dirais que le succès a été formidable. Avec sagesse, sans condescendance, Fred a apporté de la crédibilité à Breitling, en particulier après que la plupart des collectionneurs eurent radié la marque pour avoir produit des modèles très tapageurs et contestables au cours des années précédentes. En matière de vintage, nous avons par conséquent vu les prix monter à tous les niveaux et, sans surprise, les bons modèles sont devenus très difficiles à trouver. Je suppose que Fred, que je connais assez bien, fera de son mieux pour que les choses évoluent de manière contrôlée et durable, au moins sur le plan officiel. Autrement dit, une vente aux enchères spéciale Breitling serait une immense surprise.

L’incontournable Rolex

Autre tendance qui a pris de l’essor au cours de l’année passée : l’intérêt pour les montres des années 1940 et 1950. J’ai mentionné cette époque en parlant de Heuer, mais bien d’autres marques sont concernées. Je pense précisément aux chronographes de plus de 36 mm de diamètre et aux montres généralement de plus de 37 mm en acier. Dans un premier temps, il semble que ce segment de marché ait pris de la valeur en même temps que l’envolée des pièces des années 1960, mais peut-être que je me trompe. En réalité, au cours de cette période, certaines montres ont adopté des looks classiques et épurés avec, souvent, des boîtiers de plus grande taille, un style qui paraît mieux adapté aux goûts d’aujourd’hui. C’est un peu étrange, car la tendance aux montres plus petites des années 1950 et 1960 constituait sans doute une véritable nouveauté, sauf que ce n’est simplement pas ce que les gens souhaitent en définitive. Intéressez-vous à des marques comme Omega, Tissot, Longines et même Doxa pour découvrir de jolis exemples de l’époque.

Christie’s ventes de New York : Omega Speedmaster Professional, chronographe squelette en or de 1992, lot 17 vendu pour 93’740 dollars
Christie’s ventes de New York : Omega Speedmaster Professional, chronographe squelette en or de 1992, lot 17 vendu pour 93’740 dollars

Jusqu’à ce stade, j’ai évité de parler du grand « R », mais impossible de passer à côté de l’inévitable. Pour cet article, on ne m’a pas demandé de désigner la « Montre vintage de l’année », mais je le ferai quand même. Selon moi, il n’y a guère de doute que la montre la plus désirée en 2018 – par moi compris – est la Rolex GMT Master. La GMT est cherchée depuis deux ans, mais l’an dernier la quête était à son comble, peut-être en raison du modèle « Pepsi » en acier qui a fait son grand retour à Baselworld 2018. Finalement, peu importe la raison, la GMT ne se situe plus derrière la Submariner. Avec la 1675 aux premiers cadrans mats qui atteint aisément 20’000 dollars, la 16750 à cadran mat qui flambe à 15’000 dollars et, de manière inexplicable, la récente 16710 qui trouve preneurs à 10’000 dollars ou plus, les montres de pilote Rolex ont le vent en poupe. Cela n’a bien entendu pas grand-chose à voir avec les modèles à cadrans brillants et polis qui démarrent à 30’000 dollars et grimpent très vite. Cette hausse incontrôlée de la GMT peut-elle se poursuivre ou allons-nous vers un ralentissement ? À chacun de faire son pronostic, mais il est clair que les gens aiment les Rolex sportives qui arborent des couleurs autres que le noir, le blanc et l’argent.

Omega, une bonne idée

En ce qui concerne Rolex, il n’y a pas que les GMT Master qui ont pris de la valeur. Des Rolex Date à cadran foncé aux Datejust des années 1960, toutes ont suivi le mouvement. Elles sont encore relativement abordables – même si certains vendeurs voudraient vous faire croire le contraire – et restent de ce fait hautement désirables. Comparativement aux autres montres sportives, les Submariner vintage sont, après une période plutôt calme, à nouveau très en vogue : la 1680 écriture rouge atteint notamment des niveaux surprenants. Cependant, ce qui m’a vraiment étonné, c’est la soudaine montée des prix sur les montres sportives Rolex des années 1980 et 1990 avec appliques au tritium sur le cadran. Pendant très longtemps, les index en appliques et les verres saphir étaient interdits, mais cette période est révolue. Les dernières 5513 dotées d’appliques s’approchent dangereusement des montants à cinq chiffres. Même l’Explorer II (réf. 16570) a repris l’ascenseur.

Du côté des modèles les plus abordables, c’est une bonne idée de s’intéresser aux montres sportives japonaises des années 1960 et 1970.

Avec ce type d’analyse du marché vintage, que je publie également sur Fratellowatches, j’essaie d’intégrer des domaines porteurs de valeur. C’est naturellement une difficulté supplémentaire chaque fois que j’écris. De plus, je comprends que la « valeur » soit compliquée à définir. Ce qui est abordable pour quelqu’un peut ne pas l’être pour d’autres. Voici néanmoins une tentative. Tout d’abord, c’est probablement une bonne idée de s’intéresser aux pièces des années 1980 et 1990 comme les Speedmaster (cf. le passage sur Rolex ci-dessus), car les cadrans comportent encore du tritium et commencent à vieillir à peu près comme leurs équivalents des années 1960 et 1970. Du côté des modèles les plus abordables, ce n’est jamais une mauvaise idée de prendre en considération les montres sportives japonaises des années 1960 et 1970. Assurément, Seiko montre le chemin et continuera sur cette voie : je crois que sa percée à grand renfort de publicité dans le haut de gamme du monde occidental provoquera un intérêt croissant pour ses pièces vintage. Les prix augmentent depuis un certain temps, mais quand les grands vendeurs de New York commencent à en parler à voix haute – ce qu’ils ont commencé à faire –, on sait que la boucle est bouclée. Si Seiko est déjà devenue inaccessible pour les chasseurs de bonnes affaires, pourquoi ne pas rechercher de la valeur chez Citizen et même Orient ? Certes, ces marques peuvent être difficiles à trouver et à réparer, car elles manquent de présence sur le marché occidental depuis 40 à 50 ans. Mais leurs montres sont bien faites et dignes d’être collectionnées.

Les charmes de la vieillesse

Finalement, si les enchères de 2018 nous ont appris quelque chose, c’est que l’état des montres prend de plus en plus d’importance. Cependant, et je le dis avec ironie, on trouve encore beaucoup de bêtises quand il s’agit de promouvoir la patine. Les collectionneurs qui recherchent des montres en parfait état (en état trop parfait pour certaines) sont souvent ceux qui paient très cher pour des montres dites « tropicales ». Il y a apparemment une différence si minime entre les dégâts et le vieillissement que j’en ai perdu le fil. Oui, la beauté se trouve dans l’œil du spectateur (ou du vendeur ?) et, pour l’instant, tout se passe plutôt bien. Mise en garde de ma part : je pense que les pièces vieillies de ce type – en particulier quand il s’agit de modèles plus courants – sont celles qui sont le plus à même de connaître de fortes variations de valeur. Je les considère comme des bolides dont la valeur perçue varie considérablement en fonction du propriétaire. Et comme pour les bolides, on ne sait jamais quand quelque chose a été changé ou modifié.

Je reviendrai dans six mois ou à peu près avec une autre étude du marché de la montre vintage. Avec la nouvelle année et plusieurs sujets macroéconomiques globaux en cours, il y a beaucoup de place pour les fluctuations. À la prochaine…

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