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Les chronomètres de marine surfent sur la vague
Points d'histoire

Les chronomètres de marine surfent sur la vague

vendredi, 06 janvier 2017
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Vincent Daveau
Journaliste, horloger constructeur et historien diplômé

“Une heure de retard d’une jolie femme, c’est son quart d’heure d’avance. ”

Sacha Guitry

« La passion est le sel de la vie ! »

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9 min de lecture

Les océans doivent aux montres d’être devenus des espaces de découverte. En pleine régate du Vendée Globe, course en solitaire autour du monde, l’osmose des deux univers se confirme. Embarquement immédiat !

Pour l’horlogerie, la phrase du poète Charles Baudelaire (1821-1867) « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » a une véritable signification. Dès le milieu du XVIIIe siècle, les artisans de cette discipline ont en effet donné aux navigateurs les moyens de se lancer sur des routes non balisées. Question de quitter, enfin, les itinéraires cartographiés infestés de pirates et d’éviter les côtes hostiles lors des dangereux cabotages. En un mot, les chronomètres de marine et les montres de bord ont contribué à la découverte des derniers continents et des civilisations insulaires du Pacifique, permettant aux scientifiques embarqués de tracer une fois pour toutes les contours de la surface de la Terre.

Il aura fallu un naufrage au large des îles Scilly en 1707, entraînant la perte de nombreux navires et de milliers de marins anglais, pour inciter le gouvernement britannique à proclamer le « Longitude Act » et à voter, en 1714, une prime de 20 000 livres sterling (env. € 20 millions) destinée à celui qui trouverait le moyen de calculer avec précision la position d’un navire en mer. Les premières années virent fleurir des propositions toutes plus folkloriques les unes que les autres, au point de faire douter les scientifiques quant à la possibilité de réaliser les mesures et relevés nécessaires avec des outils autres qu’astronomiques.

Les Régates Royales
Percée anglaise

L’astronomie était alors très en vogue et des horlogers comme le fameux George Graham (1673-1751) s’y adonnaient avec frénésie, persuadés d’y trouver la clé de la précision. Aussi cette science devait-elle servir au calcul de la longitude par l’établissement de complexes tables et abaques. Pourtant, un ébéniste, horloger autodidacte du nom de John Harrison (1693-1776), allait bousculer toutes les théories et prouver, avec la création de la pendule marine H1 datant du début des années 1730, que l’horlogerie de précision était la voie ultime pour faire aisément le point en mer sans avoir à effectuer de savants calculs mathématiques.
Mais après avoir fait la preuve de leur efficacité, notamment avec la montre H4 du même John Harrison en 1765, les chronomètres de marine ont rapidement démontré les limites du métier horloger qui, à l’époque, était basé sur une production à l’unité. La délicate réalisation par l’horloger Larcum Kendall de la K1, une copie de la montre H4 réalisée en 1769 qui allait accompagner le capitaine Cook durant son deuxième voyage d’exploration dès 1772, démontrait que la reproductibilité de ce type de mécanisme était pratiquement impossible. Pour espérer équiper chaque navire de haute mer d’une telle montre, il allait falloir des horlogers visionnaires capables de développer des mouvements aisément reproductibles et des échappements susceptibles d’être fabriqués en petites séries, offrant dès le remontage des précisions égales ou supérieures à celles des régulateurs d’observatoire.

Ulysse Nardin Chronomètre de marine
Ulysse Nardin Chronomètre de marine
Un usage longtemps limité

Les Anglais John Arnold (1736-1799), Thomas Earnshaw (1749-1829) mais aussi les frères Le Roy à Paris, Julien (1686-1759) et Pierre (1717-1785), tout comme le Suisse Ferdinand Berthoud, ont travaillé à l’élaboration d’instruments de mesure du temps fiables et précis. Mais les Anglais, aiguillonnés par les membres du bureau des Longitudes et par des astronomes comme Nevil Maskelyne (1732-1811), auteur de la méthode dite « des distances lunaires » pour le calcul de la longitude, devaient très tôt saisir l’importance de pouvoir fabriquer leurs chronomètres en petites séries. Toutefois, jusqu’à l’aube du XXe siècle, nombre de bateaux de travail naviguant en cabotage ou en « hauturier » ne disposaient toujours pas d’un chronomètre de marine. La plupart utilisaient des almanachs dans lesquels des mesures étaient établies au jour le jour pour des régions données sur le principe dit « des lunaires». Ces almanachs servaient de références aux marins, leur permettant d’avoir une idée assez juste de leur position.

Montre de poche Arnold Frodsham

Ce qui n’a pas empêché certains officiers militaires ou marchands d’acquérir des montres de précision à titre personnel pour effectuer des mesures comparatives, à l’aide d’un sextant et de quelques opérations mathématiques. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, avec l’accélération de la Révolution industrielle, la demande en produits bruts allait augmenter, tout comme le nombre de navires pour les emporter, si bien que les armateurs n’ont pas mis longtemps à doter leurs vaisseaux de chronomètres efficaces permettant au capitaine de se situer en mer avec précision. Question de mieux sécuriser leurs avoirs flottants.

Panerai Classic Yachts Challenge
Panerai Classic Yachts Challenge
L’industrie s’y met

À une époque où ni les bulletins météo ni le GPS n’existaient, doter son navire d’un chronomètre de marine éprouvé et testé pour garantir une précision diurne de qualité avait forcément du sens. Seulement, dès le milieu du XIXe siècle, la demande excédait l’offre avec la multiplication des grands clippers sillonnant les océans pour livrer thé, coton, métaux précieux, épices… Très vite, certains horlogers se sont lancés dans la réalisation de ces instruments de précision tant demandés par des armateurs prêts à payer le prix fort pour la sécurité de leurs investissements. Ulysse Nardin (1823-1876), horloger suisse installé au Locle, dans le Jura suisse, n’allait pas tarder à concurrencer les Anglais en proposant ses instruments à des prix inférieurs à ceux des horlogers britanniques. Parmi les Anglais, notons l’horloger Thomas Mercer (1813-1898), connu également pour la qualité de sa production au sein d’une profession faite de dizaines d’artisans qui s’étaient aussi mis à fabriquer des chronomètres dès les années 1850.

Hamilton Chronomètre de marine édition limitée
Hamilton Chronomètre de marine édition limitée

Ces noms, qui sont restés comme des références en la matière, ne doivent toutefois pas faire oublier que de grandes entités industrielles se sont également mises de la partie. La manufacture américaine Hamilton a produit d’importantes quantités de chronomètres de marine pour les navires militaires durant la Seconde Guerre mondiale (8 902 chronomètres pour l’US Navy ; 1 500 pour la commission maritime ; 500 exemplaires pour l’US Air Force). La marine de guerre allemande avait de même ses propres fournisseurs à Glashütte (Wempe, Viking, Gub. Cordes), tout comme les Français (L.Leroy, Breguet, Jaeger, Dodane et Auricoste) et les Anglais (Dent, Thomas Mercer, Arnold & Frodsham…). On n’ignore pas davantage que les manufactures Zenith et Omega, entre autres, ont fourni les armées alliées en chronomètres de précision ; sans oublier Ulysse Nardin, dont le modèle classique a été contrefait par les horlogers de l’Usine 51 en URSS, au point qu’il est difficile de faire la différence entre un mouvement de facture suisse et un autre russe. Pour collectionneur averti, le contre-pivot de balancier suisse serait en diamant, tandis que le russe serait en saphir de synthèse rouge vif.

Leroy Chronomètre observatoire
Leroy Chronomètre observatoire
Et il ne resta que les Russes

L’introduction dans le courant des années 1950 des premiers instruments régulés par électricité (électromécaniques), comme ceux proposés par la maison L.Leroy, a sonné le glas des manufacturiers traditionnels. Moins coûteux à produire, plus précis et correspondant aux besoins de marines d’alors, ils ont mis un terme à la production des modèles de qualité qui, finalement, étaient nombreux sur le marché. L’arrivée de la goniométrie (balisage radio par triangulation) n’a pas arrangé les affaires de ces objets magnifiques que certains plaisanciers prenant des caps hauturiers ont préservés et entretenus au fil des années comme autant de compagnons aussi indispensables que les précieux sextants.

Un marin voulant revivre l’expérience de la mer comme le faisaient ses ancêtres devra donc se tourner vers des pièces russes assez nombreuses sur le marché.

Formant, une paire, ces outils sont les symboles du marin passionné, encore capable de faire le point n’importe où en mer en cas de panne de ses aides à la navigation alliant un GPS (Global Position System) à une centrale inertielle (gyroscope mécanique ou processeurs ultra-perfectionnés de contrôle de mouvements). Malheureusement, à ce jour, aucun fabricant spécialisé ne propose plus de chronomètres de marine classiques avec transmission par fusée- chaîne et organe de régulation par échappement à détente (échappement libre le plus efficace aujourd’hui jamais réalisé). Un marin voulant revivre l’expérience de la mer comme le faisaient ses ancêtres devra donc se tourner vers des pièces russes assez nombreuses sur le marché et souvent en bon état, ou vers des instruments d’arsenaux plus anciens (des années 1850 aux premières années de la décennie 1960), dont l’usure souvent prononcée risque d’imposer de nombreuses restaurations peu compatibles avec un usage en mer. On notera enfin qu’en cas de conflit mondial, la dépendance au système de positionnement actuel imposera aux marines ne disposant pas de leur propre système d’avoir recours à des outils hérités du passé… Comme il n’en existe plus, cela pourrait poser problème, même si l’on sait que n’importe quelle montre à quartz peut aujourd’hui parfaitement faire l’affaire.

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