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Les créateurs indépendants, véritable piment de l’horlogerie
Nouveautés

Les créateurs indépendants, véritable piment de l’horlogerie

lundi, 21 janvier 2019
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Fabrice Eschmann
Journaliste indépendant

“Il faut se méfier des citations sur Internet !”

« Une grande histoire aux multiples auteurs : ainsi en est-il de la vie. Ainsi en va-t-il aussi de l’horlogerie. Sans rencontres, point d’histoire. »

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6 min de lecture

Le Carré des Horlogers accueille pour la quatrième année consécutive un panel de représentants de la « nouvelle horlogerie ». Des créateurs qui, pour la plupart, s’évertuent à bousculer les habitudes et les traditions.

En 2016, lorsque le SIHH décide d’ouvrir son espace aux créateurs indépendants en inaugurant le Carré des Horlogers, l’ambiance n’est pas vraiment à la fête. Une année plus tôt, à quelques jours du début du Salon, la Banque nationale suisse avait en effet abandonné le taux plancher du franc face à l’euro, contribuant aux difficultés de l’industrie horlogère helvétique – et au secteur d’exportation en général – qui allait connaître trois ans de vache maigre. Dans ce contexte, la venue des représentants de la nouvelle horlogerie, si elle était envisagée depuis quelque temps déjà, tombait à point nommé. Nombreux étaient les observateurs à considérer ce segment comme plus dynamique que les Maisons historiques, car moins asservi aux codes esthétiques et à la jurisprudence mécanique. Ces trublions de la Haute Horlogerie devaient alors rendre des couleurs à une branche pâlissante, dont la créativité, à l’époque, se limitait principalement aux modèles « vintage ».

La couronne réinventée

Quatre ans plus tard, plus personne n’aurait l’idée de remettre en question la présence des indépendants au SIHH. Non seulement ces derniers ont vu leur nombre presque doubler – passant de 9 à 17 pour faire quasi jeu égal face aux 18 Maisons historiques –, mais le vent de fraîcheur qu’ils font souffler au-dessus de leur tête n’est pas retombé. Bien que la plupart des grandes marques du Salon aient présenté cette année des nouveautés intéressantes, c’est toujours dans le Carré des Horlogers que l’on trouve les pièces les plus surprenantes. Ou plutôt des courageux toujours prêts à casser les codes de la profession.

C’est toujours dans le Carré des Horlogers que l’on trouve les pièces les plus surprenantes.

Premier exemple avec Urwerk : fondée en 1997 par le designer Martin Frei et l’horloger Felix Baumgartner, la marque s’est fait connaître avec sa complication satellite et son système d’affichage des heures vagabondes. Mais c’est sur un autre terrain que les deux créatifs retiennent l’attention : celui de la couronne. Appendice obligatoire mais tellement incommode à utiliser dans sa version traditionnelle, cet organe est un peu le parent pauvre de l’horlogerie. Bien peu de maisons se sont en effet évertuées jusqu’ici à proposer des alternatives à cette invention du XIXe siècle, dont les fonctions n’ont cessé d’augmenter avec le temps : remontage, mise à l’heure, réglage des complications… Avec sa nouvelle UR-111C, Urwerk propose une couronne cylindrique, intégrée à la partie supérieure du boîtier, au-dessus du calibre. Sa manipulation s’en trouve grandement facilitée : pour remonter le mouvement, il suffit de faire glisser son doigt sur ce rouleau cannelé. Il a fallu développer un jeu original d’engrenage miniature, des articulations complexes agissant sur un faisceau de roues intermédiaires, pour faire fonctionner ce nouveau système. La mise à l’heure, quant à elle, s’effectue de la même manière, après avoir toutefois embrayé le dispositif grâce à un levier situé sur le flanc de la montre. Au final : plus d’ongle ébréché et une sélection des fonctions aisée.

Un tabou brisé

Dans le même domaine, Ressence fait encore plus fort. Née dans la tête de Benoît Mintiens, designer industriel installé à Anvers, en Belgique, la marque a pour credo de « remettre en cause le statu quo de la montre mécanique ». Et elle y est très bien parvenue : après avoir développé et breveté le ROCS (Ressence Orbital Convex System) – un système d’affichage qui se compose de disques et de cadrans gravitant les uns autour des autres, le tout dans une capsule remplie d’huile –, elle a présenté cette année l’e-Crown, un petit module électronique offrant une nouvelle fonction au mouvement mécanique. En Suisse, le sujet est tabou : depuis la « crise du quartz » qui a tant traumatisé les horlogers, une frontière infranchissable a été érigée entre électronique et mécanique. Les tentatives de surmonter cette interdiction tacite ont été presque inexistantes, à l’exception notable de l’AMVOX2 DBS Transponder de Jaeger-LeCoultre – lancée en 2008, elle permettait d’ouvrir à distance les portes de l’Aston Martin DBS –, et, plus récemment, de l’EMC d’Urwerk (2013) et son « indicateur de performances ». Chez Ressence, l’e-Crown permet de mettre le modèle Type 2 à l’heure automatiquement, via une application. Simple et efficace, tout en préservant parfaitement la nature mécanique de l’objet.

Lorsqu’il s’agit de casser les codes ou de les détourner, H. Moser & Cie est tout aussi efficace.
Provocation constructive

Lorsqu’il s’agit de casser les codes, ou de les détourner, H. Moser & Cie est tout aussi efficace. Son CEO Édouard Meylan se fait un plaisir, depuis quelques années, à dénoncer sur le mode humoristique une certaine hypocrisie qui règne dans l’industrie horlogère. L’un de ses coups les plus fameux, un buzz planétaire, fut le lancement en 2016 de la Swiss Alp Watch. Entièrement mécanique, elle présentait cependant un design quasiment identique à celui de l’Apple Watch. Le message : la mécanique ne mourra jamais. En 2019, le bouillonnant patron en remet une couche en allant un pas plus loin avec la Swiss Alp Watch Concept Black, qui présente un cadran entièrement noir, semblable à l’écran éteint de la smartwatch de Cupertino. Dénuée d’aiguilles, d’index et, pour tout dire, d’affichage, cette pièce n’arbore qu’un tourbillon volant à 6 h. Pour connaître l’heure, l’utilisateur doit armer une glissière sur le flanc du boîtier, laquelle enclenche une répétition minutes, considérée comme la quintessence de la complication horlogère. Énorme succès.

Swiss Alp Watch Concept Black © H. Moser & Cie
Swiss Alp Watch Concept Black © H. Moser & Cie

On aurait pu parler encore de Christophe Claret, qui utilise un câble en nanofibres de Dyneema pour son dispositif à force constante, ou de la marque DeWitt, laquelle a remplacé le rouage par une chaîne de 192 composants pour faire pivoter une sphère. Que cela soit dans l’innovation, la provocation ou le détournement, le Carré des Horlogers fourmille d’exemples qui font avancer l’état de l’art. Ou qui le bouscule ! Véritable piment de la branche, cette « nouvelle horlogerie » joue parfaitement le rôle qu’on lui attribue. Un ingrédient ô combien indispensable.

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