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Les diamants synthétiques, une alternative éthique ?
Economie

Les diamants synthétiques, une alternative éthique ?

lundi, 19 novembre 2018
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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7 min de lecture

La vague écoresponsable va-t-elle également toucher le marché du diamant de bijouterie ? Depuis que De Beers, numéro 1 mondial du secteur, commercialise des pierres de synthèse via le lancement de Lightbox en septembre dernier, la question est à prendre au sérieux, reléguant le sang et la sueur des mines aux méthodes du passé.

Le 12 novembre dernier, toute la communauté diamantaire avait les yeux tournés vers Genève et la vente chez Christie’s du Pink Legacy, un diamant rose exceptionnel de 18,96 carats ayant appartenu à la famille sud-africaine Oppenheim, qui a régné pendant des décennies sur la société minière De Beers. Autant dire que les aficionados n’ont pas été déçus vu le prix d’acquisition de cette pierre, finalement adjugée pour EUR 44,4 millions au joaillier Harry Winston, société aux mains du Swatch Group. Et ce Pink Legacy n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de records atteints aux enchères, à Genève notamment, par des diamants hors norme comme l’Oppenheimer Blue, emporté pour EUR 51,9 millions en 2016, ou encore le Blue Moon, parti pour EUR 44,8 millions un an plus tôt. Valeur financière refuge mais aussi valeur d’engagement sentimental, investissement de long terme mais aussi produit de la terre et des métiers d’art, les diamants destinés à la joaillerie ont de tout temps revêtu une importance symbolique inaltérable. Quand bien même les méthodes d’extraction et le financement de nombreux conflits alimentés par les « diamants du sang » ont déjà soulevé maintes polémiques. Le processus de Kimberly visant à responsabiliser l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement a certes obtenu de larges succès, mais sera-ce suffisant ?

Un marché en plein développement

Impossible, de nos jours, d’ignorer la montée en puissance des milléniaux, dont l’approche consumériste est souvent aux antipodes de celle de leurs aînés. En un mot, en sachant qu’il faut « traiter » 250 tonnes de minerai et 500 litres d’eau pour obtenir un diamant taillé de 1 carat (0,20 gramme), on est loin des critères écologiques qui ont la cote auprès de cette clientèle. D’autant que la production mondiale est aujourd’hui de l’ordre de 130 millions de carats de diamants bruts extraits par année dont environ 20 % sont destinés à l’univers du luxe. Et c’est encore sans parler des problèmes de traçabilité qui aliment régulièrement la chronique. C’est là que les diamants synthétiques entrent en scène. Plus purs car sans occlusion, plus écologiques car potentiellement produits avec une empreinte carbone zéro, plus éthiques car sortant exclusivement de salles blanches, ils sont également nettement plus abordables, comme De Beers vient de le prouver, signant un véritable coup de théâtre au sein de cette industrie. Le géant sud-africain, numéro 1 mondial dans l’extraction de diamants, a en effet lancé en septembre dernier LightBox, société qui ne commercialise que des bijoux intégrant des diamants de laboratoire. Cela fait longtemps que De Beers produit ce type de pierres au sein de sa société Element Six, mais jusqu’ici réservées exclusivement à l’industrie. En investissant le marché de la bijouterie-joaillerie, la compagnie donne un signal clair au marché et avec une tarification qui va certainement servir de référence. En commandant ses bijoux auprès de Lightbox via son service en ligne qui couvre l’ensemble des États-Unis, 1er marché mondial du diamant, le client va payer les pierres au tarif de 800 dollars le carat. C’est 10jfois moins que les diamants naturels et 5 fois moins que la concurrence.

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Pierres de « culture »
Les diamants synthétiques sont « cultivés » via un procédé nommé Dépôt chimique en phase vapeur. Un substrat type silicium est placé dans une chambre à micro-ondes et chauffé avec un plasma à très haute température, tout en étant bombardé d'un mélange gazeux.En 400 à 500 heures, le diamant est ainsi peu à peu cristallisé.

Car la concurrence existe. Certes, les diamants synthétiques de qualité gemme n’ont pas encore envahi le marché pour ne représenter actuellement qu’un petit 3 % des 130 millions de carats produits par an, mais la croissance est impressionnante. De 350’000 carats en 2014, la production a passé à 4,2 millions de carats deux ans plus tard, et l’envolée se poursuit. On trouve ainsi sur le marché des sociétés comme Diamond Foundry, dans laquelle l’acteur Leonardo DiCaprio, grand défenseur des causes écologiques, a investi ses propres deniers. Plus proche du berceau de l’horlogerie, on constate également la naissance du Français Courbet, dont la présence en ligne se double d’un point de vente sur la prestigieuse place Vendôme à Paris, ou encore de la jeune pousse helvétique LakeDiamond, basée à l’École polytechnique fédérale de Lausanne. Cette entreprise créée il y a deux ans s’est spécialisée dans les pierres à plus forte valeur ajoutée que les diamants synthétiques de qualité gemme, donc plus purs et plus difficiles à produire. Parmi ses récentes recherches basées sur une technologie dite « gravure ionique réactive », on notera le développement de systèmes mécaniques en diamant synthétique à intégrer dans des calibres horlogers pour des gains appréciables en matière de réserve de marche vu le coefficient de friction quasi nul de ce matériau noble, translucide, amagnétique et susceptible de coloration.

Un marché de 20 milliards dans 4 ans

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on retrouve le CEO de LakeDiamond, Pascal Gallo, à la tête d’une autre entité répondant au nom de Florimont. Lancée cette année, cette entreprise également basée à Lausanne a quant à elle développé ses activités dans la Haute Joaillerie à base de diamants de synthèse. C’est dire si la technologie mise au point par la société sœur LakeDiamond est prometteuse. À tel point d’ailleurs que cette dernière entité opère actuellement une levée de fonds de CHF 60 millions sous la forme d’une offre publique de « tokens », ou jetons numériques, orchestrée par Swissquote Bank. C’est dire également le potentiel de ces pierres, un marché devisé à CHF 20 milliards dans quatre ans, en sachant qu’un diamant de qualité gemme produit en laboratoire dispose des mêmes caractéristiques optiques, physiques et chimiques qu’un diamant de mine. Seuls son origine et son âge diffèrent. Ce qui fait notamment craindre l’écoulement frauduleux de pierres synthétiques, vendues comme des diamants de mine dont l’âge se calcule en milliards d’années avec une extraction à plusieurs kilomètres sous terre. Là également, tout est question de traçabilité et de régulation. Un processus toujours en devenir mais qui voit clairement le nombre d’acteurs « éthiques » se multiplier.

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