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Les horlogers anglais
Economie

Les horlogers anglais

vendredi, 19 septembre 2008
Par Michael Balfour
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Michael Balfour

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10 min de lecture

Un projet déjà bien avancé prévoit bientôt la mise en place d’une certification anglaises de chronomètres. Sa norme de délivrance devrait être plus exigeante que celle du COSC et de ses équivalents allemands. L’horlogerie anglaise renaît de ses cendres.

L’horlogerie est en train de connaître une passionnante renaissance en Angleterre. Les nouvelles le confirment, puisque je viens d’apprendre qu’un projet déjà bien avancé prévoit bientôt la mise en place d’une certification de chronomètre anglaise (dont l’appellation n’est pas encore connue). La norme de délivrance de cette certification devrait être plus exigeante (oui, plus stricte) que celle du COSC et de ses équivalents allemands. Cette norme fera écho aux vielles certifications du Kew Observatory, créées à l’origine pour tester les chronomètres de la marine – domaine dans lequel les Anglais s’imposaient comme les leaders mondiaux. Jusqu’à la fin des années 1960, plusieurs grands fabricants de montres suisses cherchèrent néanmoins à obtenir cette certification, mais Omega et Ulysse Nardin demeurèrent les deux seuls postulants continuels à y parvenir.

Le projet de la nouvelle certification n’est pas encore finalisé, mais le British Horological Institute (fondé en 1828 et éditeur, depuis 1858, du Horological Journal) et la Worshipful Company of Clockmakers (1651) conduisent actuellement des discussions à son sujet. Ces discussions sont menées en consultation étroite avec de jeunes fabricants tels que Charles Frodsham, Dent, R.W. Smith et quelques autres dont les noms n’ont pas encore été rendus publics. Les bancs d’essai de la certification devraient être localisés à Greenwich, à Kew ou encore à Teddington.

Omega De Ville Co-Axial Escapement Limited Edition, dont l'échappement a été développé en collaboration avec George Daniels © Omega
Omega De Ville Co-Axial Escapement Limited Edition, dont l'échappement a été développé en collaboration avec George Daniels © Omega
Le lancement de la marque horlogère Dent

Big Ben est sans doute l’horloge publique la plus célèbre du monde. Elle constitue l’emblème le plus reconnaissable de l’Angleterre (devant le palais de Buckingham et Stonehenge), depuis le jour où la Grande Horloge (car tel est son vrai nom) sonna l’heure pour la première fois en 1859. Big Ben fut construite par les ateliers E. Dent & Co. À 24 ans, Edward John Dent (1790-1853) fonda ce qui allait devenir la première société horlogère vraiment internationale. De nos jours, les créations de son entreprise sont toujours révérées, qu’il s’agisse de l’horloge étalon de l’Observatoire royal, construite en 1871, qui déterminait le Temps moyen de Greenwich (jusqu’à ce quelle soit remplacée par une horloge électrique en 1946), des chronomètres de marine primés que portèrent de nombreux explorateurs célèbres, ou de la gigantesque horloge du nouveau terminal de l’Eurostar, à la gare londonienne de St Pancras (inaugurée cette année par la reine).

Voilà qui suffit à illustrer le lancement à Londres, cette année, de la marque horlogère Dent dont les deux premières gammes portent les noms très appropriés de Ministry et de Parliament. Un groupe d’investisseurs est déterminé à transférer très prochainement sa fabrique de Suisse en Angleterre, sous la direction de Peter Roberts, premier Anglais diplômé du WOSTEP et ultérieurement enseignant de Stephen Forsey et de Peter Speake-Marin à l’école d’horlogerie de Hackney, à Londres.

Le pionnier de la renaissance horlogère en Angleterre

Un autre nom célèbre, associé depuis fort longtemps à l’horlogerie anglaise, est sur le point de renaître : celui de Charles Frodsham. Fondateur d’une entreprise éponyme, Charles Frodsham (1810-1871) devint membre, à 24 ans, de la Royal Astronomical Society, puis fournisseur de chronomètres de marine pour l’amirauté. En 1854, il devint conservateur des horloges de la reine Victoria (elle en possédait des centaines !), puis, entre 1940 et 1980, son entreprise fabriqua des horloges de cheminée et des horloges portatives.

Le nom de Charles Frodsham, ainsi que de très précieuses archives de l’entreprise, ont été rachetés. Il est aujourd’hui en train de faire peau neuve pour renaître sous la forme d’une marque de montres-bracelets. Les distributeurs d’horloges et de montres Philip Whyte et Richard Stenning, installés sur l’élégante rue St James, conduisent l’opération et ils ont d’ores et déjà mis cinq horlogers au travail dans une usine de l’East Sussex. Philip Whyte et Richard Stenning sont dans la quatrième année d’un programme de recherche et de développement quinquennal, qui conduira à la production d’une montre fabriquée en Angleterre et portant l’empreinte distinctive d’un pionnier de la renaissance horlogère anglaise de ces dernières années : George Daniels bien sûr (qu’il est inutile de présenter dans cet article).

Leur première montre-bracelet bénéficiera, entre autres caractéristiques techniques et esthétiques, de l’échappement de chronomètre à double impulsion breveté par Daniels. Cet échappement à détente non lubrifié n’a jusqu’à présent été adapté que sur huit montres de poche (sept réalisées par le grand homme en personne et la huitième par Derek Pratt). La montre ne contiendra pas la moindre pièce suisse. Toutes ses pièces seront fabriquées de manière autonome dans les ateliers de Frodsham, à l’exception des bracelets en cuir, des ressorts moteurs et des glaces saphir.

Smith ne produit pas plus de 25 montres par an.
Derek Pratt et Roger Smith

Nous venons de mentionner le nom de l’Anglais Derek Pratt. Agé de 70 ans, membre phare du British Horological Institute, Derek Pratt est, comme il l’explique fièrement, horloger indépendant depuis 1972. Il a d’abord restauré de très anciennes horloges en fer, puis des montres de poche à complications multiples, et il travaillé avec George Daniels au développement de son échappement co-axial. Il a reçu, en 2006, la médaille Tompion de la Worshipful Company of Clockmakers, très rarement décernée, et il est sur le point d’achever la reconstruction du célèbre chronomètre de marine H4 de John Harrison.

Roger Smith, autre horloger anglais contemporain qui eut la chance de travailler avec George Daniels dans ses ateliers de l’île de Man, est un artisan au nom typiquement britannique. D’ailleurs, les cadrans de montres-bracelets arborent invariablement la sobre gravure R.W. Smith. Ses nouveaux modèles, les montres Series 2, abritent des mouvements Daniels. Smith ne produit pas plus de 25 montres par an. Avec ses rares collègues, il fabrique les moindres composants de chaque montre, à l’exception des spiraux. Et, touche finale so british, c’est le designer Lord Linley, membre de la famille royale, qui fabrique les écrins dans lesquels les montres sont vendues.

Une grande affinité entre la Suisse et l’Angleterre

D’autres marques horlogères anglaises récentes font fabriquer leurs montres en Suisse ; certains Anglais sont d’éminents fabricants… en Suisse ; il y a même un horloger suisse qui utilise les noms d’horlogers anglais…

La société horlogère Bremont a lancé ses premières collections ALT1 et BC en 2007. Les différentes versions de ces modèles sport en acier inoxydable sont limitées à 1 000 exemplaires. La montre-bracelet EP120 Spitfire de juillet 2008 est, quant à elle limitée, vous l’aurez deviné, à 120 exemplaires. Ces montres sont conçues et assemblées en Angleterre, après avoir été fabriquées à Bienne. Ce sont deux frères, répondant au nom de Nick et Giles English, qui sont à la tête de cette jeune entreprise.

IWI sont les grandes lettres majuscules en rouge qui ornent les cadrans de la nouvelle entreprise fondée par le jeune et talentueux Ian Walsh – le second ‘I’ signifiant International. Ses montres automatiques en acier inoxydable, à l’allure résolument sportive (qui rappelle ses années passées chez TAG Heuer), sont toutes limitées à 500 exemplaires seulement. Leur caractéristique distinctive est une large couronne profondément crénelée à 12 heures. Elles utilisent des mouvements automatiques ETA 2824-2 et elles sont toutes vendues au prix de 1 250 livres sterling. Ian et son associé Tim Nardin, chargé du marketing, sont installés à Darwen, dans le Lancashire. Ian importe également des montres Hanhart, et il fournit et répare des équipements de chronométrage spécialisés pour le sport. Signant ses montres d’un confiant Luxury Watches Manufactured in England (Montres de luxe fabriquées en Angleterre), il a créé son entreprise immédiatement après avoir été diplômé de la toute jeune école d’horlogerie de Manchester, une école partenaire du WOSTEP (dont les premiers étudiants ont été diplômés cette année).

Backes & Strauss est le plus ancien négociant de diamants du monde. Basé rue St James, dans le quartier West End de Londres (à deux pas de Charles Frodsham), Backes & Strauss a lancé trois collections de montres-bracelets majestueusement serties de diamants, appelées Berkeley, Piccadilly et Regent. Ces montres, aux noms inspirés des hauts lieux londoniens qui entourent les bureaux de la marque, sont présentées dans le tout nouvel espace consacré à la haute horlogerie du magasin Harrods. Un profil très anglais, et pourtant les montres sont exclusivement fabriquées par Franck Muller à « Watchland ».

Montre IWI développée par le jeune et talentueux Ian Walsh © IWI
Montre IWI développée par le jeune et talentueux Ian Walsh © IWI
Les maîtres britanniques

On ne présente plus Greubel Forsey après les récentes prouesses unanimement saluées de cette jeune entreprise en matière de conception et de fabrication de mouvements compliqués. Séduit par cette expertise, Richemont a d’ailleurs acquis une minorité des actions de l’entreprise fondée par Robert Greubel et Stephen Forsey en 1999. Rappelons donc simplement que Stephen Forsey est né et a grandi en Angleterre.

Autre éminent Anglais ayant entrepris l’ascension de l’arbre horométrique suisse, le quadragénaire Peter Speake-Marin, ancien étudiant du WOSTEP qui dévoila ses premières montres lors du salon Baselworld de 2003. Peter Speake-Marin a créé un modèle pour la série Opus d’Harry Winston mais il produit également à son compte environ 350 montres par an. Des Englishmen discrets donc, mais brillants à leur manière.

The British Masters, société horlogère fondée par Eric Loth à La Chaux-de-Fonds, associe par un autre biais l’Angleterre au monde de l’horlogerie. Ses trois marques portent en effet les noms de trois des plus grands horlogers qui virent le jour (parmi bien d’autres) dans les îles britanniques : Arnold, Graham et Tompion.

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