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Les montres militaires, un héritage délicat
Histoires de montres

Les montres militaires, un héritage délicat

vendredi, 22 mai 2020
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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7 min de lecture

Les montres militaires ont largement contribué à faire passer les garde-temps du gousset au poignet. Avec des vertus qui ont fait la renommée d’une horlogerie fruste mais de grande qualité. Aujourd’hui toutefois, les Maisons préfèrent vanter le charme vintage de leurs montres-instruments plutôt qu’évoquer le baptême du feu de leurs prédécesseurs.

Qui s’intéresse un tant soit peu aux montres militaires, et cherche par là même à s’équiper d’un modèle indestructible pour son prochain raid, tombera immanquablement sur des garde-temps électroniques, voire à énergie solaire, dont le Japon s’est fait une spécialité, Seiko et Citizen en tête, sans oublier Casio avec son incontournable G-Shock. Une expérience à peu près similaire attend l’amateur des abysses, gentiment poussé vers les « ordinateurs » de plongée, aujourd’hui jugés indispensables aux activités sous-marines. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas les Maisons horlogères de tradition à revendiquer leur primauté dans cette catégorie de montres-instruments mécaniques, dont certaines, développées dès les années 1950, sont devenues des montres de légende qui font toute leur fierté et qu’elles s’ingénient à faire vivre au sein de leurs collections. Avec les montres militaires, autant dire qu’un tel empressement n’est guère perceptible.

The Dirty Dozen British military WWW watches
The Dirty Dozen British military WWW watches

Une petite anecdote en dit d’ailleurs suffisamment long sur la question. Tout collectionneur de garde-temps qui s’intéresse aux montres militaires va immanquablement tomber sur la production helvétique réalisée vers la fin du second conflit mondial en réponse à un appel d’offres du ministère de la Défense britannique. À cette époque, toute une série de manufactures ont répondu à ce cahier des charges pour la réalisation de modèles au boîtier étanche en acier avec verre incassable, cadran noir luminescent marqué de la Broad Arrow (symbole des objets appartenant à la couronne) et dotées d’un mouvement avec petite seconde robuste, antimagnétique et d’une précision de chronomètre. Elles furent douze à participer à cet « effort de guerre » pour une livraison totale de quelque 150’000 pièces.

The Dirty Dozen British military WWW watches © Omega
The Dirty Dozen British military WWW watches © Omega

Et parmi ces douze, la moitié compte encore aujourd’hui parmi les marques en vue de l’horlogerie suisse, à l’instar de Longines, Omega et Lemania (aujourd’hui rattachée à Breguet) ou encore d’Eterna, IWC et Jaeger-LeCoultre. Mais là où l’histoire devient cocasse, c’est que les collectionneurs, jamais avares de surnoms évocateurs, ont regroupé ces Maisons sous l’appellation fort envieuse de Douze SalopardsThe Dirty Dozen, en référence au film de 1967 réalisé par Robert Aldrich.

Une classe à part

Ces montres militaires Wrist Watch Waterproof (« W.W.W. » gravé au dos) sont aujourd’hui des objets que restent rarement en rade dans les ventes aux enchères, notamment pour les plus rares d’entre elles. Et pourtant, a-t-on déjà entendu manufacture horlogère se réclamer du club des « Douze Salopards », même si ces montres venaient équiper les « gentils » du conflit ? A fortiori quand on parle des « méchants », dont les B-Uhr ou Beobachtungsuhr (montres d’observation) de la Bundeswehr sont également à ranger parmi les modèles d’anthologie. Ces réticences ne sauraient toutefois gommer les qualités de ces garde-temps qui, dès la Première Guerre mondiale, ont largement contribué à faire de la montre un instrument de poignet.

Type XX Military vers 1955 © Breguet
Type XX Military vers 1955 © Breguet

Pas de fioritures inutiles pour ces pièces réduites à l’essentiel dont la vertu première est de fonctionner avec précision en toutes circonstances. On retrouve ainsi un faisceau de qualités communes à ces instruments de mesure du temps, à commencer par la robustesse des boîtiers en acier, accompagnée d’une parfaite lisibilité des indications, même la nuit. Comme ces montres faisaient partie de l’équipement de base de certaines troupes, elles devaient être faciles à entretenir, voire à réparer, et pratiques à l’usage. Autre avantage de la montre militaire, elle a dû s’adapter aux différents corps d’armée, engagée avec les soldats sur terre, sur mer et dans les airs avec des spécificités propres.

Montre de plongée Ultra-Deep Automatic produite vers 1965 © Benrus
Montre de plongée Ultra-Deep Automatic produite vers 1965 © Benrus

De ces prémisses, on pourrait facilement conclure que la montre militaire a façonné l’horlogerie moderne en termes de fonctionnalité. À tel point qu’elle constitue une classe à part dont nombre de modèles contemporains pourraient facilement se revendiquer. Il faut toutefois partir à l’étranger pour qu’une telle filiation soit considérée comme un gage de style et de bienfacture, auprès soit de Maisons historiques, soit de marques plus jeunes qui jouent à fond la carte militaire. En Allemagne, foin de complexes, les Stowa, Laco ou Sinn côtoient Steinhart ou Guinand dans la production de montres militaires. Dans l’horlogerie anglo-saxonne, on trouve Benrus, MKII et Marathon aux États-Unis et au Canada ou encore Cabot Watch Co – British Military Watch, basée à Londres. La France n’est pas en reste avec Mat Watch, Ralf Tech ou Yema. Quant à la Suisse, seul Military Watch Co, fondé en 1974, affiche clairement ses intentions depuis Zurich.

Diktat marketing

Comme l’explique l’expert horloger Romain Réa, « une montre militaire, c’est une technique, une histoire et une appartenance ». De ces trois attributs, seule l’histoire subsiste dans la mesure où la technique est progressivement supplantée par l’électronique connectée, comme le démontre encore la Breitling Chronospace Military, et où l’appartenance à des corps d’armée n’est plus d’actualité. Or l’histoire militaire n’est certainement pas jugée porteuse en termes marketing dans le landerneau horloger helvétique. Les commandos gardent encore une certaine aura, mais peu de manufactures osent se risquer sur ce terrain accidenté. Il y a quelque temps, Jaeger-LeCoultre proposait une Master Compressor Diving Automatic Navy SEALs, à la suite d’un rapprochement de courte durée avec les célèbres forces spéciales de la marine de guerre américaine. De nos jours, Panerai et ses accointances avec les commandos italiens de la Comsubin est de plus en plus isolé sur ce théâtre des opérations. Mais faut-il rappeler les origines transalpines de la marque et son ancrage historique de fournisseur attitré de la marine italienne ? Quant à Anonimo, une des rares Maisons à proposer une gamme Militare, elle a également vu le jour en Italie.

Heritage Military 1938 © Longines
Heritage Military 1938 © Longines

Pour le reste, l’histoire militaire fait de timides apparitions, ici avec Longines et son Heritage Military 1938 ou là avec Hamilton et sa gamme Khaki ou encore avec Blancpain, dont la genèse de sa Fifty Fathoms est clairement militaire. Pour le reste, « histoire » se fond avec « vintage », une appellation nettement plus porteuse quand dénuée de sa tenue de camouflage. Et dans ce registre, tout devient possible. Le fait de ressusciter les plongeuses d’autrefois, les montres pilotes des pionniers de l’aéronautique ou les chronos des premiers circuits automobiles fait oublier les applications militaires d’une Rolex Submariner – les fameuses MilSub –, d’une Omega Seamaster 300, d’une Heuer Bundeswehr Chronograph ou d’une Zenith CP-2 Chrono. Une fois débarrassée de la boue des champs de bataille, ces montres utiles, pratiques et précises relèvent davantage d’un art de vivre et non plus d’un art de survivre…

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