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L’indépendance, le bien le plus précieux
Points de vue

L’indépendance, le bien le plus précieux

mardi, 21 avril 2009
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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5 min de lecture

Kari Voutilainen, né en Finlande en 1962, avoue une passion horlogère vieille de trente ans. Une passion qui lui fait d’abord suivre l’Ecole d’horlogerie de Tapiola pour le diriger ensuite vers l’Ecole horlogère internationale à Neuchâtel où il suit le cours WOSTEP consacré aux montres compliquées. Repéré par Parmigiani Mesure et Art du Temps, il y restera dix ans, avant de rejoindre à nouveau le WOSTEP où il dirige la section des montres compliquées durant trois ans. En 2002, Kari Voutilainen s’établit à son compte à Môtiers en qualité d’Artisan d’horlogerie d’art. Rencontre.

Au Salon Belles Montres à Paris, vous disiez n’avoir rien à vendre. Quelle est donc la raison de votre présence à Baselworld ?

Kari Voutilainen : mon carnet de commandes est en effet rempli jusqu’à fin 2010, sans compter les pièces uniques que je réalise à la demande. A l’heure actuelle, nous sommes en train de produire et livrer nos Chronomètre 27 et les Observatoire. L’an dernier, nous avons réalisé 35 pièces de ces deux modèles et cette année, nous en prévoyons autant. Alors si je suis ici, c’est avant tout pour discuter et garder le contact avec mes clients.

Avez-vous de nouveaux projets ?

En effet, je viens de terminer le prototype d’un modèle que nous présenterons dans une dizaine de mois. Pour l’instant, il fonctionne de manière satisfaisante. Nous sommes donc en phase de test sur cette montre qui ne sera pas à complications mais simple, avec des caractéristiques techniques spéciales. A l’heure actuelle, je me soucie également de la fabrication. J’ai donc investi dans de l’outillage, des machines CNC, qui m’amèneront éventuellement à engager une à deux personnes cette année. L’objectif est d’intégrer la production au maximum.

Dans la vitrine qui vous est dédiée, vous exposez un moteur à vapeur. Allez-vous donc bientôt changer de métier ?

Certainement pas mais je suis impliqué dans ce projet qui consiste à mette au point un moteur à vapeur destiné à équiper une voiture de luxe. A ce stade, il s’agit de trouver des fonds et un constructeur. Mon rôle consiste à faire de cette mécanique un moteur aussi soigné qu’un calibre d’horlogerie avec un équipement embarqué correspondant.

Quelle est votre analyse de la situation qui prévaut aujourd’hui dans le secteur horloger ?

L’horlogerie a cédé à la folie des grandeurs et pensait que la situation allait perdurer sans prendre les précautions nécessaires en vue du ralentissement inéluctable que nous vivons actuellement. A mon avis, mieux vaut avoir une croissance mesurée plutôt que d’engager du monde que l’on doit licencier lorsque la tempête se lève. Ces excès ont ainsi conduit à la création d’entreprises qui fonctionnent avec un seul bureau dédié à la facturation, tout le reste étant sous-traité. L’essentiel du travail est effectué à l’extérieur. Il s’agit là d’un manque total de responsabilité, d’autant que ces marques se positionnent tout en haut de l’échelle. Aujourd’hui, on s’aperçoit que ce sont tout simplement des coquilles vides.

N’avez-vous pas été tenté de vous agrandir au vu de votre carnet de commandes ?

Personnellement, j’adore trop l’horlogerie et le travail à l’établi pour vouloir l’abandonner. J’ai suffisamment d’exemples autour de moi de sociétés qui ont cédé aux chants des sirènes pour se retrouver ensuite en complète dépendance vis à vis des investisseurs qui ont contribué à leur développement. En ce qui me concerne, cela n’entre pas en ligne de compte. Sans parler du contact avec le client final, essentiel pour moi. Si je devais suivre un processus de croissance à tout prix, c’en serait fini de mon modèle d’entreprise. Je devrais mettre sur pied un département marketing, puis organiser mes expéditions pour, finalement, m’engager dans une course sans fin qui me mettrait à la merci de financements externes. Pas question. J’investis avec les moyens du bord. Je ne veux pas brûler les étapes. L’indépendance est trop importante pour y renoncer.

Comment êtes-vous organisé dans votre atelier ?

J’ai actuellement huit collaborateurs. Mais je travaille selon des exigences bien précises. Je veux que les jeunes horlogers apprennent à tout faire, de la fabrication des pièces à la décoration, en passant par l’assemblage, le polissage et les finitions. Quand ils savent maîtriser ces opérations, ils ont davantage de respect pour le travail des autres et se rendent compte, lorsqu’ils rayent une pièce par exemple, de ce que cela signifie en amont. D’autre part, si un composant vient à manquer, ils sont capables de le faire eux-mêmes. Cela prend peut-être plus de temps mais procure également plus de plaisir. Ce modèle est exigeant et demande sa part de réflexion mais il est formateur et fonctionne très bien, d’autant que l’horaire est totalement libre dans l’atelier. En d’autres termes, je suis à l’opposé du partage des tâches comme on le connaît dans l’industrie.

Les impulsions viennent donc de vous ?

En effet, les idées quant à la conception technique des montres viennent de moi, des idées que je travaille avec un ami constructeur. Idem pour l’esthétique car je ne veux pas de designer. Il ne s’agit pas d’un manque de respect pour cette profession mais je pense qu’il est important dans une entreprise comme la nôtre d’avoir une identité forte sur les gammes de produits. Et en plus, j’adore ça.

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