>SHOP

restez informés

Inscrivez-vous à notre newsletter mensuelle pour recevoir des infos et tendances exclusives

Suivez-nous sur toutes nos plateformes

Pour encore plus d'actualités, de tendances et d'inspiration

© 2019 - Copyright Fondation de la Haute Horlogerie Tous droits réservés

L’or éthique, eldorado des temps modernes ?
Economie

L’or éthique, eldorado des temps modernes ?

lundi, 24 septembre 2018
fermer
Editor Image
Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

Lire plus

CLOSE
5 min de lecture

Quand Chopard dit, Chopard fait. Depuis juillet, la Maison s’approvisionne exclusivement en or éthique. Mais avec une proportion de 5 % dans la production horlogère et bijoutière mondiale, l’or durable reste aussi rare que les initiatives pour en faire « le » matériau de référence dans l’industrie du luxe.

La maison Chopard a-t-elle tenu promesse ? La promesse faite à Baselworld selon laquelle, à partir de cet été, elle s’approvisionnerait exclusivement en or éthique. « Nous arrivons à nos objectifs mais non sans peine, expose Karl-Friedrich Scheufele, coprésident de Chopard. Nous cherchons évidemment à mettre l’accent sur l’or Fairmined au travers de nos partenariats conclus avec des mines en Colombie et en Bolivie. Mais cela ne suffit pas, même si nous absorbons 85 % de la production annuelle Fairmined. Nous avons donc dû chercher d’autres solutions, par exemple via l’association Swiss Better Gold ou auprès du raffineur helvétique PX Group, qui dispose de son propre label. Pour le reste, nous nous fournissons exclusivement en or certifié RJC (Responsible Jewelery Council, ndlr). D’une manière générale, je pense que nous avons suffisamment agité les esprits pour que cela bouge tout au long de la chaîne d’approvisionnement, notamment auprès des fournisseurs. Mon espoir : que l’on ne parle bientôt plus d’or éthique, alors devenu la norme dans la profession. Comme le label “Bio”, qui tend à s’imposer. »

Ces cinq dernières années ont été bien courtes, car il n’a pas été facile d’arriver là où nous sommes aujourd’hui.
Caroline Scheufele

Karl-Friedrich Scheufele sera-t-il entendu, lui qui a engagé la maison Chopard avec sa sœur Caroline dans un « voyage vers le luxe responsable » dès 2013 ? Une chose est sûre, les progrès ont été lents et ardus, comme le confirme Caroline Scheufele : « Cinq années ont été bien courtes, car il n’a pas été facile d’arriver là où nous sommes aujourd’hui, expliquait-elle dans Hong Kong Tatler en août dernier. En réalité, il y a toujours un moment où il faut choisir. Choisir entre maintenir le statu quo et s’engager sur une voie plus contraignante et pourtant nécessaire. En tant qu’entreprise, nous savions pertinemment que nous pouvions faire quelque chose. » Au fil des ans, Chopard a ainsi régulièrement fait état des avancées de son projet, l’objectif étant d’augmenter progressivement la part d’or « durable » dans sa production de montres et bijoux, en sachant qu’un tel approvisionnement reste forcément limité. Au dernier Baselworld, la surprise était donc de taille lorsque la Maison annonçait qu’à partir de juillet 2018 la totalité de ses collections horlogères et joaillières serait désormais réalisée en or durable, métal qui ne couvrait jusque-là qu’un petit 5 % de ses besoins annuels de quelque 4 tonnes d’or.

Lingots d'or éthique
Lingots d'or éthique
Le dernier mot au consommateur

Et pourtant Chopard y est arrivé. L’enjeu n’en reste pas moins de taille si l’on considère qu’un petit 5 % de la production horlogère et joaillière mondiale peut actuellement être considéré comme de l’or éthique. Un métal rare et forcément précieux, qui passe par la filière des mines artisanales réparties dans 80 pays. Souvent clandestine, cette activité fournit bon an mal an dans les 400 tonnes d’or, soit un cinquième de l’extraction mondiale, et occupe 15 millions de travailleurs dans le monde. Depuis une quinzaine d’années, une filière s’est ainsi mise en place, à l’image de ce qui a été fait avec les bananes ou le cacao, dans le but de supprimer le mercure dans les processus d’extraction et d’assurer des conditions de travail dignes aux communautés de mineurs. Mais les avancées sont lentes, comme on a pu s’en rendre compte en Mongolie, où la Direction du développement et de la coopération suisse a mis en place un projet pilote dès le début des années 2000. Bonne nouvelle, les progrès réalisés dans ce pays sont des plus encourageants, mais rien n’assure toutefois que ce modèle soit applicable en Afrique ou en Amérique du Sud, comme le soulignait une conférence sur la question tenue cet été à Genève dont Le Temps s’est fait l’écho.

Faute de standards communs à un niveau international, la généralisation de l’or éthique risque bien de rester un vœu pieux.

Faute de standards communs à un niveau international, la généralisation de l’or éthique risque bien de rester un vœu pieux. Le « salut » viendra-t-il d’un consommateur plus exigeant quant à l’origine des métaux des montres et bijoux qu’il achète. Julian Moore, actrice et amie de Chopard, esquissait une réponse aux côtés de Caroline Scheufele : « J’ai rencontré certains de mes plus grands héros ces dernières années, disait-elle. Des gens incroyables comme Caroline Scheufele et Livia Firth (fondatrice d’Eco-Age et soutien de Chopard, ndlr), qui m’ont montré et parrainé sur ce que ce monde peut être, ce qu’il doit être en fait et, plus important encore, sur ce que nous pouvons faire pour y parvenir. Chopard, avec sa décision de s’approvisionner exclusivement en or éthique, ouvre la voie à une nouvelle approche plus responsable du luxe. C’est inspirant. » Reste à espérer que l’inspiration se propage. Et vite.

Haut de page