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L’or, un « alien » béni du ciel
Regards de connaisseurs

L’or, un « alien » béni du ciel

mercredi, 13 septembre 2017
Par Flavia Giovannelli
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Flavia Giovannelli

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8 min de lecture

Il y a quelques années, la science a pu prouver l’origine extraterrestre de l’or. Un détail qui rend d’autant plus émouvant le fait de porter un fragment d’étoile au poignet… En outre, ce métal affiche éhontément son statut de valeur refuge, une particularité largement confirmée cet été.

Depuis que des chercheurs britanniques ont prouvé, en 2012, que l’or de la croûte terrestre était en fait d’origine extraterrestre, il est impossible de regarder de la même manière ses bijoux ou sa montre lorsqu’ils sont taillés dans ce métal noble. Selon la revue Nature, ces scientifiques ont pu démontrer que le phénomène était le résultat de plusieurs bombardements de météorites, survenus il y a près de quatre milliards d’années. Cette collision de corps célestes, peut-être gros comme la lune, a alors entraîné un dégagement de chaleur ayant provoqué la fonte de métaux précieux et leur incorporation dans les processus géologiques terrestres qui ont ensuite engendré des gisements métallifères. Un véritable trésor serait même caché à plus de 3 000 kilomètres de profondeur. Une information qui a de quoi susciter bien des convoitises, même si, bien sûr, le dit trésor est parfaitement inaccessible, à l’inverse des quantités qui se trouvent bien plus proches de la surface terrestre.

Des lingots d'or à la Banque nationale suisse
Une richesse à travers les âges

Depuis les débuts de l’histoire des civilisations, l’or a toujours revêtu une dimension particulière pour ses propriétés uniques. Ce sont les Grecs et les Phéniciens qui, au VIe siècle avant notre ère, ont commencé à le monnayer. L’appellation « riche comme Crésus », du nom du roi de Lydie, riche des sables aurifères de la rivière Pactole, appellation qui a traversé les âges, rappelle qu’or et prospérité vont de pair. Il est également intéressant d’apprendre que du temps de la Rome antique on avait largement compris l’importance de contrôler l’exploitation des mines. Les dirigeants romains de l’époque avaient même mis en place des méthodes ingénieuses d’extraction, il est vrai aux dépens de la santé et de la sécurité des malheureux chargés de cette tâche pour la gloire de Rome. La puissance des Empires était à ce prix, l’hégémonie de Byzance, puis de Babylone l’illustre parfaitement. Autre anecdote illustrant le pouvoir de l’or : à la suite de la découverte du Nouveau Monde par les Conquistadors au XVIe siècle, des quantités impressionnantes de ce métal précieux ont déferlé vers l’Espagne. Par effet de levier, cette augmentation de la masse monétaire a fini par y provoquer une forte inflation qui, au final, a affaibli l’économie du pays pour longtemps. Autre étape importante : la mise en place de l’étalon-or international à la fin du XIXe siècle. Un système qui a servi de référence absolue pour assurer la stabilité des échanges dans un monde de plus en plus vaste.

De l’or natif (jaune, 4 mm de diamètre le grain le plus grand) du gisement de skarn aurifère de Nambija, Équateur. La taille de l’or visible est énorme, car normalement on ne voit pas l’or dans un gisement aurifère !

Aujourd’hui, le cours de l’or est fixé par le LBMA Gold Price de Londres à partir de l’offre et de la demande, comme pour n’importe quelle matière première mais avec quelques particularités. L’offre peut en effet émaner soit du secteur minier, soit de celui du recyclage. Quant à la demande, elle provient de trois catégories de consommateurs : les industriels, les fabricants de montres et bijoux ou les investisseurs. « L’or existant en circulation serait de l’ordre de 180 000 tonnes tandis que, parallèlement, la production mondiale annuelle d’or se situe autour de 2 600 à 2 700 tonnes par an, commence Lluís Fontboté, professeur au département des Sciences de la Terre à l’université de Genève, spécialiste des ressources minérales. Dans ce contexte, le prix ne repose pas uniquement sur la production minière. Ainsi, en admettant que celle-ci augmente de 10 % par an, cela n’aurait presque pas d’influence sur le prix par rapport aux variations de l’or déjà en circulation sur les marchés. Son cours dépend surtout de la politique des banques centrales et des besoins du secteur privé. »

Il reste de gros progrès à faire dans l’extraction de ce minerai précieux, tant en termes d’efficience qu’en matière de développement durable.
Pas de pénurie en vue

Lluís Fontboté est également coauteur de recherches menées par une équipe internationale qui a fait grand bruit ce printemps. Dans la revue Geochemical Perspectives, ces chercheurs expliquent tout au long de leur publication de 180 pages que l’on ne doit pas craindre de pénurie prochaine de ce minerai. Pour eux, ce sont des idées reçues, qui résultent d’une approche erronée ou plutôt d’une confusion. « Ceux qui véhiculent de telles craintes se fondent sur des statistiques, émanant souvent des États, qui ne prennent en compte que les réserves, c’est-à-dire une infime partie des gisements existants », résume Lluís Fontboté. À l’encontre de spécialistes reconnus, comme ceux formant Le Comptoir national de l’or, selon qui on aurait déjà extrait près de 60 % de l’or mondial, cette équipe universitaire juge que la réalité géologique est largement sous-estimée, même si cela n’exclut pas les efforts importants à réaliser dans l’exploration. En résumé, les amoureux de ce métal fin peuvent se réjouir de la nouvelle, d’autant que son utilisation à des fins non monétaires est toujours plus recherchée. Notamment dans de nombreux secteurs industriels, ainsi qu’en horlogerie, bijouterie, joaillerie et orfèvrerie.

On le sait donc, il reste de gros progrès à faire dans l’extraction de ce minerai précieux, tant en termes d’efficience qu’en matière de développement durable. Sachant qu’il est réparti plutôt inégalement sous la surface de la Terre, il conviendra d’identifier les meilleures localisations. En schématisant, on sait qu’il existe essentiellement deux types de gisement, entraînant deux types d’exploitation : l’or transporté dans des solutions hydrothermales et celui véhiculé par les rivières, recherché par les orpailleurs. Aujourd’hui, l’or est extrait en majorité dans des grandes mines fortement automatisées. Comme l’utilisation du mercure a été totalement bannie dans ces mines, les méthodes d’extraction répondent aux normes de sécurité.

La mine de Pierina, au Pérou. Le contenu d’or est de l’ordre de 1 g/t.
Demande soutenue

Les problèmes viennent plutôt des méthodes d’extraction artisanales, très difficiles à quantifier et à contrôler. Une chose est sûre toutefois, elles restent largement pratiquées, notamment dans les pays du Sud ou les régions peu développées du globe. Et comme l’ont démontré nombre de rapports d’ONG, cette exploitation artisanale entraîne de fortes pollutions de l’eau, de l’air et des terres, ainsi qu’un large phénomène de déforestation, sans parler de la criminalité qui l’entoure. Depuis des années, les principaux acteurs de la branche ont été sensibilisés à la question tant par les Nations Unies que par l’OCDE ou par les États eux-mêmes. Différentes certifications, tant sociales qu’écologiques, ont certes été adoptées, mais il n’existe pour l’instant pas de solutions globales aux problèmes engendrés par cette source de « richesses ».

La mine de Pierina, au Pérou. Le contenu d’or est de l’ordre de 1 g/t.

Du fait de la particularité de la demande, qui émane aussi bien du secteur financier que des acteurs de l’économie réelle, le cours de l’or reste assez volatil. Après avoir connu un pic à près de 1 900 dollars l’once en 2011, ce dernier varie depuis le début de l’année dans une fourchette comprise entre 1 200 et 1 300 dollars. À moyen et long termes, les économistes sont plutôt positifs en ce qui concerne son évolution. Certes, son rôle de valeur refuge sera sans doute moindre si la conjoncture continue à se redresser. Mais la demande devrait rester soutenue de la part du secteur de la bijouterie/joaillerie, surtout sur les marchés asiatiques. L’Inde, en particulier, pour des raisons à la fois culturelles mais aussi démographiques avec une population qui a déjà dépassé le milliard, pèsera lourd dans la balance. Ce qui est plutôt favorable aux groupes de luxe qui ont déjà largement appris à travailler avec les fluctuations de cours. Dans tous les cas, une conclusion s’impose : l’or est né sous une bonne étoile !

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