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Lumineux, mon cher horloger !
Regards de connaisseurs

Lumineux, mon cher horloger !

mercredi, 08 novembre 2017
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Yannick Nardin
Rédactrice indépendante

“Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles, mais par manque d’émerveillement.”

Gilbert Keith Chesterton

« Une montre c’est une fenêtre sur le génie humain ! » Et si tout n’avait pas été dit ?

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6 min de lecture

Si la nuit tous les chats sont gris, toutes les montres n’ont pas le même pelage ou plutôt le même visage. Certaines passent incognito, alors que d’autres font le show. Pleins feux sur la luminescence et les dernières créations horlogères en la matière.

Qui n’aime pas créer un effet « wouahouuu », en mode loup-garou (sportif) ou effeuillage (distingué) une fois la nuit tombée ? Eh bien, les horlogers en sont fans, eux aussi ! Avant tout pour des objectifs purement fonctionnels, car il est très utile de rendre visibles des indications là où il n’y a pas de lumière – dans la nuit ou sous l’eau. Depuis l’invention des premières matières luminescentes au XIXe siècle, la phosphorescence représente un élément essentiel des « montres instruments ». Mais, au-delà de cet univers sportif, elle se réduisait le plus souvent à un discret bonus. Aujourd’hui, des possibilités techniques prospèrent sous le soleil des innovations et l’imagination de certains horlogers se libère. Et si la luminescence s’envisageait aussi comme un élément créatif et distinctif fort, toutes catégories confondues ? Après les collaborations de MB&F et de Sarpaneva avec Black Badger en 2015 (voir encadré Les brillants outsiders), Montblanc et Bovet ont présenté cette année des montres qui se démarquent. Suivez l’étoile, le règne de la luminescence ne fait que commencer !

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Black Badger – les brillants outsiders

Vous êtes plutôt Plasma Purple, Aqua Blue, Emerald Yellow ou Sky Blue ? La firme canadienne Ambient Glow Technology (AGT) a développé son propre matériau luminescent destiné à de multiples applications – notamment en architecture et en décoration puisqu’elle se mélange par exemple à du sable et donc à du ciment. James Thompson, fondateur de Black Badger Advanced Composite, utilise la technologie luminescente AGT pour son propre composite. Il crée des bagues aux anneaux visibles dans la nuit. En 2015, deux collaborations ont fait entrer Black Badger dans les mécaniques horlogères : Stepan Sarpaneva pour sa série Korona K0 Northern Lights, ainsi que MB&F pour la HMX et sur la Starfleet Machine. L’excellent potentiel de luminescence provient en partie de l’épaisseur du matériau, comme c’est aussi le cas pour le Lumicast de RC Tritec et pour la HyCeram SLN d’Invicon, à base de Swiss Super-LumiNova.

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Céramique magique

Montblanc a développé en 2014 le concept de « cadran mystérieux », doté d’effets de luminescence insoupçonnables de jour. La marque l’a d’abord présenté sur un modèle classique, Hommage à Nicolas Rieussec, dont le tour d’heure en céramique blanc cassé révélait de nuit des chiffres arabes. « Cette année, nous avons décliné le concept du “cadran mystérieux” en version noire sur la TimeWalker ExoTourbillon Chronograph LE 100 all black DLC. Son excellente luminosité, avec un bandeau visible de nuit uniquement, correspond aux exigences d’une montre de sport. Avec, en plus, la magie de cette luminescence inattendue. Son affichage très noir de jour s’accorde parfaitement à son design racing, même avec un mouvement rhodié en noir. Les “cadrans mystérieux” permettent de créer des effets d’animation inédits, avec, pourquoi pas un jour, une signature visuelle nocturne forte. »

En plus de la traditionnelle dépose de pigments, une vaste gamme de nouveaux matériaux peut être rendue luminescente, des composites à la céramique, et tout cela en différentes couleurs.
Davide Cerrato

Réalisée par la société autrichienne Invicon, la technique possède réellement quelque chose de magique ! Il s’agit en effet d’une conséquence inattendue d’un accord parfait de céramiques « ton sur ton », l’une luminescente et l’autre non. Comme leurs teintes correspondent parfaitement – avec quasiment toutes les variations de couleur imaginables – impossible de les distinguer à la lumière. Et voici comment procède en coulisses le « deus ex machina » : une première couche de céramique, la HyCeram, est gravée au laser des motifs désirés (chiffres ou dessins). Ensuite, ces cavités sont remplies de céramique luminescente, la HyCeram SLN, qui contient 35 à 70 % de pigments de Swiss Super-LumiNova (SLN). Enfin, le tout est parfaitement poli. Et alors, it’s a kind of magic : invisibles de jour, les motifs se révèlent dans le noir.

MB&F Novelties at Baselworld 2016

Pour encore mieux dompter les ténèbres, le matériau présente tous les avantages liés à la céramique. Résistance à l’usure et bien sûr aux griffures, possibilité de différents effets de finitions ou encore application possible sur plusieurs types de matériaux ouvrent de nombreuses perspectives. On pense par exemple à l’ajout d’éléments luminescents directement sur la couronne ou la lunette, sans nécessiter d’encapsulage ou autre forme de protection.

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Luminescence #healthy

« À l’époque où nous utilisions de la matière luminescente radioactive comme le radium ou le tritium, nous passions des contrôles médicaux très réguliers. Lors de la transition de la technique vers la Super-LumiNova, les locaux où l’on pratiquait la pose ont dû être consciencieusement décontaminés. La légende dit que certaines maisons de La Chaux-de-Fonds – la métropole horlogère – seraient toujours radioactives ! » explique Frédéric Thierry, Directeur de Monyco, entreprise majeure dans le domaine de la pose de matières luminescentes depuis 1926.

Outre la toxicité, quelle différence entre ces matériaux luminescents ? Le radium – interdit en 1968 – et le tritium – utilisé dès la fin des années 1940 – irradient de la lumière (et de la radioactivité !) par nature. Au contraire, les pigments de Super-LumiNova l’emmagasinent pour l’émettre à nouveau la nuit. En revanche, zéro radioactivité pour cette matière à base de strontium. Plus précieuse que l’or, elle a vite supplanté ses prédécesseurs. Pourtant, auprès des collectionneurs et des nostalgiques, l’aura des cadrans garnis de tritium et de radium n’est pas près de s’éteindre. Certains, comme Omega, cherchent d’ailleurs à reproduire sa patine unique sur des modèles contemporains par des index jaunis artificiellement. Autre possibilité pour jouir de la longue durée d’émission luminescente du tritium (environ 25 ans) : la technologie de MB-Microtec, qui encapsule du gaz de tritium dans des microtubes en verre minéral, utilisés par exemple chez Ball Watch.

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Pinceau lumineux

C’est une première mondiale : début 2017, Bovet dévoilait une montre dont le cadran présentait une peinture miniature de papillon phosphorescent de nuit ! Par la suite, la marque déclinait la technique sur une composition de fleurs en bouquet ainsi que sur un dessin de tigre. Last but not least, créé spécialement pour la vente aux enchères caritative Only Watch 2017, le cadran Secret Beauty flirte quant à lui (oh, si légèrement !) avec la pudeur. Réservée de jour, une geisha se dévoile dans l’ombre – hommage à la tradition des montres érotiques.

Sarpaneva Watches – Korona K0 Northern Lights – day and night

Si la technique permet une grande liberté dans le choix des sujets, la réalisation n’en reste pas moins exigeante. Pour l’artiste qui réalise les miniatures, il s’agit de peindre deux tableaux – l’un en peinture traditionnelle et l’autre en pigments de SLN (Super-LumiNova), visible de nuit uniquement. L’artiste peintre réalise directement la peinture luminescente en pleine lumière. Difficile mais pas impossible : de nombreux allers-retours entre jour et nuit lui permettent de vérifier son travail. En peinture miniature, l’épaisseur de la SLN, matériau granuleux, peut constituer une difficulté autant qu’un atout. Sa texture permet par exemple de jouer avec les volumes et de créer un effet velours. Vient ensuite le moment de peindre la peinture « traditionnelle » non luminescente. Et comme elle vient par-dessus la SLN, elle adopte un régime maxi-minceur pour l’obscurcir le moins possible. Enfin, l’artisan applique un nouveau « coup de phare » phosphorescent sur certains endroits stratégiques. Ainsi, le cadran comporte réellement deux peintures miniatures, superposées et pourtant totalement distinctes. L’éventail de possibilités laisse rêveur : motifs et inscriptions visibles de nuit uniquement, peinture sur émail comme sur d’autres matériaux, ou même mélange avec de la poudre d’or.

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Une reine helvético-nippone, la Swiss Super-LumiNova

Si le brevet de la Super-LumiNova est tombé en 2014, les constantes améliorations réalisées par Nemoto au Japon et RC Tritec en Suisse, en coentreprises, ont pour but de leur conserver une longueur d’avance sur le marché de la luminescence (avec de nouveaux brevets à la clé). En 20 ans, l’intensité lumineuse aura quasi doublé ! Dernières évolutions en date : deux nouvelles couleurs d’émission dans la nuit – blanc et violet – s’ajoutent à celles traditionnelles du vert et du bleu. Le Lumicast, un matériau composite luminescent dans la masse, se fixe désormais également par rivets plutôt que par colle, ce qui permet des angles plus précis.

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Ainsi brille la luminescence horlogère version 2017 : sportive, mystérieuse et design chez Montblanc, ou alors pour la première fois purement artistique chez Bovet. À travers la phosphorescence, le monde de la nuit révèle une dimension totalement différente. Les horlogers prêts à explorer cet autre côté devraient se multiplier… Gardez les yeux ouverts, cela se verra !

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