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Maxime Rius, l’horloger de Parmigiani en Russie
Economie

Maxime Rius, l’horloger de Parmigiani en Russie

jeudi, 21 août 2014
Par Jean-Didier Revoin
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Jean-Didier Revoin

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5 min de lecture

Parmigiani Fleurier a dépêché à Moscou un horloger atypique et volubile. Normand, Maxime Rius a installé l’atelier de la Manufacture à Moscou et s’occupe tout seul de monter ou remettre en état les montres de ses clients russes et kazakhs. Portrait.

En 2011, c’est sûr, Maxime Rius aurait préféré partir en Asie. Mais la vie est faite de concours de circonstances, comme il le dit lui-même. Devant l’opportunité d’allier sa passion pour l’horlogerie à celle des voyages, il n’a pas hésité à partir pour Moscou. « Je n’avais rien à perdre ; j’étais célibataire ; j’avais 27 ans ; je me suis lancé. Et aujourd’hui, je n’ai aucun regret », se remémore cet horloger atypique en arborant un large sourire. Impossible en effet de résister à la proposition de Parmigiani Fleurier : passer en trois ans d’horloger SAV à horloger Senior SAV Complications, le tout en vivant à l’étranger. « Une progression aussi rapide serait impossible en Europe », souligne le jeune homme.

Mais avant d’en arriver là, ce Normand âgé aujourd’hui de 30 ans a traversé bien des péripéties depuis le jour où, 15 années plus tôt, il s’est retrouvé « scotché » devant la vitrine d’un atelier d’horlogerie alors qu’il se promenait avec ses parents. « C’est ça que je veux faire ! » se souvient-il, amusé, d’avoir déclaré à ses parents, qui, sur le moment, n’y croyaient pas trop.

Mais poussé par son goût pour la minutie et la mécanique, Maxime Rius est prêt à bien des sacrifices. Il lui faut d’abord quitter sa Normandie natale pour Morteau, dans le Doubs, la Mecque française de l’horlogerie, où il est admis au lycée professionnel. Cette première étape d’un long périple lui enseignera surtout ce qu’il ne veut pas faire, à commencer, chose surprenante, par travailler en Suisse. « Il y a assez de gens qui sortent de l’école et dont c’est le but : ils n’ont pas besoin de moi ! » confie Maxime avec aplomb. Par-dessus tout, il souhaite transmettre sa passion, ses connaissances et, ainsi, continuer d’évoluer. « Je ne veux pas rester cloisonné dans un environnement, l’essentiel est de se sentir bien là où on vit. À cette époque déjà, j’avais envie d’ailleurs », se rappelle l’intéressé.

Cette période de « flottement », comme il l’appelle, va durer trois mois.
Direction Beyrouth

Lorsqu’il décroche l’opportunité de quitter le Doubs pour aller former des horlogers au Liban en tant que volontaire, il n’hésite pas une seconde et lâche sa dernière année de DMA (Diplôme des métiers d’art) pour Beyrouth. Mais l’expérience tournera court avec l’assassinat du Premier ministre Rafiq Hariri six mois après son arrivée. Pour sa propre sécurité, il est prié de quitter le pays.

En une semaine, la chaleureuse exubérance du Liban est remplacée par le calme de la Normandie, où habitent ses parents. L’exaltation d’un parcours professionnel mené tambour battant s’est brusquement effacée pour laisser place au vide. Cette période de « flottement », comme il l’appelle, va durer trois mois, avant qu’il ne trouve le moyen de rebondir. Il passe d’abord un peu plus de deux ans à Orléans, où il travaille pour une grande enseigne de réparation de montres. L’occasion d’acquérir une bonne expérience du « tout venant », comme il dit. Il obtient ensuite l’agrément Rolex pour travailler au Havre. « Je l’ai eu grâce à ma motivation, car j’étais tellement stressé que j’ai raté la montre lors du test », précise Maxime Rius. Mais la bijouterie du Havre perd son agrément et Rolex lui propose alors un poste à Paris, dans sa boutique des Galeries Lafayette.

Au contact quasi direct d’une clientèle majoritairement internationale, il se met alors sérieusement en quête d’un nouvel emploi à l’étranger. Et, sur un coup de pouce de la providence, son destin va basculer : une connaissance lui signale que Parmigiani Fleurier cherche un horloger qui puisse s’installer à Moscou. Même si ce n’est pas la destination à laquelle il songe, il veut tenter sa chance et dépose sa candidature. Comme cela fait deux ans que la firme du Val-de-Travers cherche à pourvoir le poste, sa candidature est examinée avec attention.

Les clients veulent tout, tout de suite, et discutent les prix.
Maxime Rius
Moscou : le choc

Les deux parties tomberont rapidement d’accord. Après un stage de formation de trois mois en Suisse, pour travailler de manière autonome sur les calibres de base de la manufacture, c’est le grand départ. Il arrive à Moscou un jour d’avril 2011 et c’est le choc : la langue, l’immensité de la ville, le visage fermé des gens qu’il croise dans la rue. « Au début, les caractères cyrilliques sont une pure galère mais, heureusement, l’accueil et le soutien de l’équipe Parmigiani à Moscou m’ont permis de m’intégrer rapidement. Une fois qu’on est dans le bain, tout va plus vite ; la froideur des gens n’est qu’une façade, car en fait ils sont plutôt enclins à faire la fête », explique l’horloger. Corollaire de cet état d’esprit, le rythme moscovite est très exigeant. « Les clients veulent tout, tout de suite, et discutent les prix. L’avantage, c’est que l’on sait où on va. Ça marche ou ça ne marche pas », précise Maxime Rius.

Tout seul à gérer les réparations dans son atelier, Maxime est obligé de se remettre en question tous les jours. Ici, il doit trouver la solution à n’importe quel problème que rencontre un garde-temps qui atterrit entre ses mains alors qu’en Suisse les postes sont clairement définis. Alors c’est sûr, le contact avec les collègues lui manque parfois. « Aux Galeries Lafayette, en raison de la proximité des boutiques des autres marques, j’avais l’impression de faire partie d’une grande famille où je pouvais partager mes points de vue. Ça me manque un peu ici à Moscou compte tenu de la taille de la ville et de l’éloignement des magasins des différentes marques horlogères », poursuit Maxime Rius. Mais ne croyez pas que ce Normand s’ennuie. Fraîchement marié, bientôt papa, il vient d’intégrer un groupe de métal russe comme nouveau batteur.

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