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Michel Parmigiani, cardiologue horloger
Portraits

Michel Parmigiani, cardiologue horloger

lundi, 16 janvier 2017
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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9 min de lecture

Artiste de la restauration horlogère, Michel Parmigiani s’est nourri de cette expérience pour lancer sa marque il y a 20 ans. Celle-là même qui promet une rupture « historique » par l’entremise de son mouvement Senfine. Rencontre.

Il n’existe pas d’équivalents sur la planète horlogère. L’Atelier de restauration Parmigiani Fleurier a en effet passé son stéthoscope sur le cœur défaillant de pièces parmi les plus rares et les plus prestigieuses des collections d’horlogerie ancienne. Rien d’étonnant à cela. Pour Michel Parmigiani, la restauration est un art autant qu’une science qu’il exerce depuis le démarrage de ses activités en tant qu’indépendant en 1976 à Couvet, village de son enfance situé dans le Val-de-Travers (Neuchâtel). Il suffit de feuilleter le dossier de restauration du Pistolet à oiseau chanteur, une merveille du début du XIXe siècle attribuée aux frères Rochat, ressuscitée après 12 mois de travail, pour se rendre compte de l’ampleur que peut représenter une telle tâche. D’autant que ce Pistolet automate d’une complexité ébouriffante avait subi les affres du temps comme celles d’interventions dommageables.

SIHH 2017 Fabergé - Oeuf de Youssoupoff / Parmigiani Fleurier - Le Chat et la Souris
L’Oeuf de Youssoupoff réalisé par Fabergé au début du 20e siècle et l’horloge de table Le Chat et la Souris de Parmigiani Fleurier dont le mécanisme des heures tournantes en est inspiré. © Fred Merz / Lundi13
Une source d’inspiration inépuisable

Certes moins complexe mais d’une beauté aussi saisissante, l’Œuf de Youssoupoff, autre merveille de la collection Maurice-Yves Sandoz, trône cette fois dans toute sa splendeur au centre de l’atelier de restauration. Lui aussi vient de connaître sa cure de jouvence avant de passer sous les feux de la rampe du Salon International de la Haute Horlogerie. Comme toutes ces pièces anciennes, impossible, en admirant le travail d’orfèvrerie et d’émail flingué de cet œuf enchâssé dans un trépied aux jambes à pattes de lion, de ne pas ressentir le vécu de l’objet. Cadeau destiné à son épouse Irène pour célébrer leurs 25 ans de mariage, comme en témoigne le « XXV » serti à la base de l’horloge, cet œuf avait été réalisé par la Maison Fabergé au début du XXe siècle. Devenu propriété du prince Félix Youssoupoff, il renvoie à ces heures crépusculaires du trône impérial de Russie durant lesquelles il joua un rôle non négligeable pour avoir participé à la conjuration – si ce n’est l’avoir initiée – ayant mené à l’assassinat de Raspoutine.

Michel Parmigiani, inspiré par les splendeurs du passé, laisse volontiers son esprit vagabonder sur les prolongements possibles de tel ou tel chef-d’œuvre.

Contrairement au pistolet, cet œuf de style Louis XVI avec indications horaires tournantes en émail garni d’émeraudes pour les demi-heures et de barrettes avec brillants pour les heures n’avait subi qu’une usure naturelle. Une fois le diagnostic établi, la restauration n’a pas posé de problèmes majeurs. Pour Michel Parmigiani, il n’était toutefois pas question d’en rester là. Comme les splendeurs du passé sont pour lui source inépuisable d’inspiration, il laisse volontiers son esprit vagabonder sur les prolongements possibles de tel ou tel chef-d’œuvre. En ce qui concerne l’Œuf de Youssoupoff, c’est le concept même des heures tournantes que l’on retrouve comme principe mécanique de l’horloge de table Le Chat et la Souris. La griffe du chat sculpté dans un bloc d’obsidienne sert d’index horaire, à l’image de l’aspic serti qui vient s’enrouler autour de l’œuf de Fabergé.

En ce qui concerne mon activité de restaurateur, j’ai l’habitude de dire que 500 ans d’histoire sont passés entre mes mains.
Michel Parmigiani
Vive émotion !

« En ce qui concerne mon activité de restaurateur, j’ai l’habitude de dire que 500 ans d’histoire sont passés entre mes mains, explique Michel Parmigiani. Et si j’ai appris à comprendre le langage codé des anciens, j’ai appris également l’humilité devant ces pièces extraordinaires nées d’une maîtrise parfaite de la mécanique et d’une quête esthétique qui forcent l’admiration. Certains travaux resteront ainsi à jamais gravés dans ma mémoire, comme ceux effectués sur l’une des Pendules Sympathiques de Breguet jugée irrécupérable qui m’a demandé un an d’efforts. Ou encore les 5 000 heures passées sur le Pistolet à oiseau chanteur que nous avons entièrement reconstruit en trois dimensions. Quelle émotion après un travail de si longue haleine d’entendre à nouveau le sifflet original de l’oiseau parfaitement synchronisé avec ses mouvements ! Comme le mécanisme était complètement grippé, l’oiseau n’avait plus chanté depuis plus d’un siècle ! »

Dès l’an 2000 et en moins de six ans, la Maison Parmigiani Fleurier s’est vu intégrée dans un groupe horloger à même de produire tous les composants de ses montres.

Cette expertise unique qui distingue Michel Parmigiani, cultivée aussitôt après ses neuf années d’études, a ainsi conduit le maître horloger à devenir, dès 1980, responsable de la maintenance de la collection Maurice-Yves Sandoz, d’une richesse inestimable. Elle va également amener des marques historiques comme Breguet, Piaget ou Vacheron Constantin à venir toquer à la porte de l’horloger en quête de solutions techniques. Car si Michel Parmigiani voue une admiration sans borne aux anciens, pas question de rester figé dans le passé. D’autant que la communauté d’esprit partagée avec Pierre Landolt, Président de la Fondation de Famille Sandoz – fondation aujourd’hui investie aussi bien dans l’horlogerie que dans la pharma, l’agroalimentaire, l’hôtellerie et les télécommunications –, va lui donner des ailes. En 1996, Michel Parmigiani se voit doté des moyens nécessaires pour monter son nom en marque. Des moyens qui vont d’ailleurs grossir de manière conséquente au fil d’acquisitions industrielles. Dès l’an 2000 et en moins de six ans, la Maison Parmigiani Fleurier se voit ainsi introduite dans un groupe horloger parfaitement intégré, à même de produire tous les composants de ses montres, de l’habillage aux mouvements, spiraux compris.

SIHH 2017 Parmigiani Fleurier Ionica - Kalpa XL Hebdomadaire
Parmigiani Fleurier Ionica, la première montre-bracelet de la Maison présentée en 1999, aujourd’hui disponible sous le nom de Kalpa XL Hebdomadaire. © Fred Merz / Lundi13
Des colonnes grecques au silicium

C’est en 1999 qu’apparaît ainsi l’Ionica, première montre-bracelet Parmigiani qui va devenir la Kalpa Hebdomadaire et dont le nom fait référence à l’architecture des colonnes grecques, un thème cher à l’horloger. Au départ, cette montre était dotée d’un calibre de base Frédérique Piguet à 8 jours de réserve de marche. Calibre bientôt remplacé par le PF 110 entièrement développé à l’interne. « Cette idée d’autonomie manufacturière, je l’avais bien avant le lancement de la marque, poursuit Michel Parmigiani. Mais le développement d’un mouvement de base, d’un tracteur en vue d’une production industrielle est très complexe. » Complexité parfaitement maîtrisée si l’on songe que cette première réalisation devait bientôt être suivie par tout ce que la technique horlogère compte comme complications, du tourbillon à la répétition minutes en passant par le calendrier perpétuel et le chronographe. Une fonction choisie pour célébrer en 2016 les 20 ans de Parmigiani Fleurier et qui représente aux yeux du maître des céans un développement technique majeur. En deux décennies, Michel Parmigiani a ainsi développé une trentaine de mouvements originaux, sans compter ceux réalisés dans l’univers des pendules ou pour le compte de tiers.

Si l’activité de la marque repose sur une base industrielle, l’horlogerie Parmigiani reste en grande partie artisanale.

Une telle créativité est suffisamment rare dans l’horlogerie pour être soulignée. D’autant plus que la démarche ne s’est jamais écartée de cette ligne tracée par les anciens. « Si notre activité repose certes sur une base industrielle, l’horlogerie Parmigiani reste en grande partie artisanale. Toutes les pièces, tous les composants doivent être repris et terminés à la main, confie Michel Parmigiani. C’est ce qui nous permet de créer du beau et de justifier notre motto « Mesure et art du temps ». À partir du moment où la main de l’homme intervient, la courbe représentative de la plus-value apportée à l’objet connaît une évolution exponentielle. Mais de nos jours, on peut tricher en faisant tout le travail en machine pour des questions bassement économiques et commerciales. À force, on finit par tout banaliser. Cela dit, la pression est forte. À nous de tenir ! » Question d’identité pour Parmigiani Fleurier, qui, malgré ses fortes attaches au passé, est loin d’être une marque « poussiéreuse ». Pour preuve, la montre Bugatti Type 370, dont le mouvement a été conçu comme un bloc-moteur transversal, une prouesse mécanique totalement inédite, aussi originale dans l’idée que complexe dans sa réalisation. Pour preuve, encore, le mouvement Senfine en cours de développement. Basé sur un nouveau concept de régulateur à articulations flexibles en silicium exemptes de tout frottement, ce calibre laisse entrevoir des réserves de marche se calculant en mois et non plus en jours. « Il s’agit là d’une technologie prometteuse, conclut Michel Parmigiani. Elle mérite certes encore des développements à venir, mais je pense que l’on peut déjà parler de rupture dans l’horlogerie contemporaine. » Un autre point d’histoire ?

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