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Points de vue

« Mon atout : je ne sais pas faire autre chose que de l’horlogerie »

mercredi, 21 avril 2010
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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5 min de lecture

Vianney Halter, fondateur de Janvier Manufacture, était à Baselworld cette année, sans nouveau produit mais avec toujours cette même conviction profonde que les créateurs horlogers ont leur mot à dire. Un mot qui souvent dérange… Entretien.

Vianney Halter fait partie de cette génération de maîtres horlogers indépendants qui ont largement contribué à réinventer l’horlogerie d’aujourd’hui. Rencontré à Baselworld, il livre ses impressions sur les récents développements d’un secteur durement touché par la crise financière et économique de ces dix-huit derniers mois.

Comment voyez-vous cette année 2010 ?

Vianney Alter : Je pense que cette année 20010 sera très moyenne pour la profession. Nous avons vécu un véritable tremblement de terre l’an dernier et les ruines sont encore à reconstruire. Toute la question est de savoir comment nous allons nous y prendre.

Qu’entendez-vous par là ?

En ce qui me concerne, j’ai un certain recul par rapport à l’horlogerie dans son ensemble. Et je me dis que nous devrions éviter les erreurs du passé où l’on pouvait faire n’importe quoi sans se soucier de savoir si les montres en question allaient trouver preneur. Cette année encore, j’ai vu des produits, de véritables OVNI, qui s’adressent à des acheteurs compris comme de véritables imbéciles. Après 2009, on aurait dû se dire, plus jamais ça ! Mais je constate que ce n’est pas forcément le cas. L’horlogerie, comme les banques, est à nouveau prête à verser dans les mêmes travers qui ont précipité sa chute. Alors quand je vois les sous-traitants tirer la langue, cela ne me laisse pas insensible.

Qu’est-ce que cette situation signifie pour Janvier Manufacture ?

Nous continuons à nous battre pour exister avec un avantage certain en ce qui me concerne : je ne sais pas faire autre chose que de l’horlogerie ! Ainsi je garde espoir en continuant à faire ce que j’aime, à donner du travail et à contenter le client. Cela dit, il ne faut pas se leurrer. Il sera plus difficile d’entretenir une marche des affaires satisfaisante. L’euphorie de ces dernières années a été telle que les clients se décidaient vite. Aujourd’hui, il a appris à réfléchir et pondérer ses choix. Raison pour laquelle, il est essentiel de lui redonner confiance et de lui faire comprendre que certains garde-temps, par le travail réalisé, l’expérience qui y est incluse et la technicité qu’ils intègrent, peuvent très bien répondre à une décision d’achat réfléchie. En d’autres termes, je vais poursuivre dans ma propre voie en étant sincère et cohérent par rapport à mes produits dont le prix doit correspondre à leur valeur intrinsèque. Le client doit comprendre qu’en achetant une marque, il paie en grande partie sa notoriété. Dans la mesure où les Maisons horlogères sont aujourd’hui conduites par des managers, on a clairement l’impression que la chaîne de valeur ajoutée sert essentiellement à tondre le client.

Vous semblez dressez un état des lieux plutôt sombre ?

Si on appliquait à l’automobile les mêmes principes que l’horlogerie a adopté ces dernières années, il n’y aurait plus de voiture sur les routes ! Je sais, j’exagère mais il faut bien reconnaître que la crise financière a touché un secteur en plein délire. Cela dit, ces dix dernières années n’ont pas manqué de créer également une saine émulation dans la branche même si elle s’est développée en parallèle avec beaucoup d’opportunisme. Et je comprends également que les marges des entreprises servent à entretenir des structures souvent lourdes et néanmoins indispensables. Il ne faut toutefois pas croire que l’horlogerie sera à même de reproduire les schémas connus au début de la décennie. Le niveau de connaissance des clients a fortement progressé, sa boulimie d’achat s’est apaisée et son délai de réflexion va s’allonger. Dans ce contexte, il n’a y pas d’autre salut que d’offrir un produit dont le prix ne trahit pas sa valeur dans un souci d’équité et de vision humaniste. Qualité du travail, éthique professionnelle, pertinence des idées, voilà des concepts qui se sont perdus en cours de route et qu’il s’agit aujourd’hui de réapprendre.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Depuis trois ans, je travaille à l’amélioration de mes produits en exécutant de plus en plus de composants à l’interne. Je sortirai un nouveau modèle quand ce sera le bon moment, un modèle bien né. En d’autres termes, je suis en train de consolider les structures dans une recherche d’amélioration constante et en visant le long terme. Après dix ans de production Vianney Halter, il y avait une réflexion à mener sur la base des pièces en retour afin de comparer ce que nous étions capables de faire au début et aujourd’hui. Ce qui nous donne une très bonne mesure des progrès réalisés en termes de qualité. Janvier Manufacture a toujours été basée sur une valorisation du capital humain apte à réaliser de bons produits, fonctionnels et que l’on puisse entretenir et restaurer. En ce sens, rien n’a changé. Nous continuons à réaliser des garde-temps dans une entreprise à taille humaine, des garde-temps qui se veulent proches des aspirations de nos clients et qui font honneur à l’artisanat d’art.

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