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Musées publics ou musées privés ?
Histoire & Pièces d'exception

Musées publics ou musées privés ?

mardi, 22 janvier 2008
Par Luc Debraine
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Luc Debraine

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5 min de lecture

L’éventuelle fermeture définitive du Musée de l’horlogerie de Genève pose la question du remplacement de ce type d’institution par des espaces privés, de plus en plus nombreux.

Rouvrira, rouvrira pas ? Fermé depuis un important cambriolage fin 2002, le Musée de l’horlogerie de Genève est dans l’expectative. Le projet de rénovation et sécurisation de ce bâtiment historique, estimé à 13 millions de francs, a été gelé en fin d’année dernière. Les autorités genevoises ont d’autres priorités. En particulier la restauration, voire l’agrandissement du Musée d’art et d’histoire. Lequel pourrait accueillir à nouveau les prestigieuses collections horlogères de la Ville, comme il y a plus de 35 ans, avant qu’elles ne prennent place dans la villa Bryn Bella, à la route de Malagnou. C’en serait fini du Musée d’horlogerie. À moins que n’aboutisse la récente motion du Parti radical genevois : celui-ci réclame la construction d’un nouveau bâtiment, pour un coût à peine supérieur au projet bloqué de rénovation : 15 millions. Mais la procédure risque d’être ardue. Et longue.

L’automne dernier, lorsque bruissaient les premières rumeurs de fermeture du musée, un argument invoqué était le nombre croissant de musées privés qui, eux aussi, proposent des histoires de l’horlogerie. Pourquoi dès lors dépenser des millions si des musées qui ne coûtent rien aux contribuables remplissent le même rôle? Des espaces de surcroît de plus en plus nombreux sur l’axe Genève-Bâle ?

Un musée Internet ?

Arnaud Tellier, le directeur du Musée Patek Philippe à Genève, confiait au journal Le Temps, en octobre dernier, qu’il regrettait le blocage de la rénovation du musée de Malagnou : «Cet attentisme politique est une injure faite à des efforts patrimoniaux et muséaux entrepris depuis plus de 100 ans. C’est se moquer du travail historique de la Société genevoise des arts et d’une collection d’horlogerie toujours extrêmement riche, malgré le cambriolage de 2002 ». Reste que le somptueux Musée Patek Philippe est un bon exemple d’institution privée qui ne retrace pas seulement sa propre histoire, mais également celle de l’horlogerie en général, voire de l’histoire du temps. Au gré des quatre étages, l’espace muséal est scindé en deux collections, l’une dédiée aux montres du passé, l’autre au patrimoine Patek Philippe.

L’existence même de ce grand musée généraliste en plein centre de Genève fait réfléchir un professionnel comme Dominique Fléchon, responsable des expositions et des contenus éditoriaux au sein de la Fondation de la Haute Horlogerie : «Est-il pertinent d’avoir deux grands musées de l’horlogerie dans une ville aussi petite que Genève, sachant en plus que ce genre d’institution n’attire pas des foules de visiteurs ? Le musée Patek Philippe montre l’histoire de sa propre marque. Mais il dédie aussi un important espace à l’histoire de l’horlogerie en général, avec des pièces d’autres manufactures, par exemple des pièces exceptionnelles de Breguet, ainsi qu’une belle collection d’émaux. Pour moi, c’est suffisant. Surtout que si un passionné désire aller plus en profondeur dans l’histoire complexe de l’horlogerie, il peut désormais tout apprendre sur Internet. C’est ainsi : le Web se substitue de plus en plus à l’ancien modèle culturel des musées ».

Le visiteur a l'impression que chaque manufacture a inventé la montre la plus plate, la plus petite, la plus complexe du monde.
Dominique Fléchon
Un travail indispensable

«Il faut toutefois souligner que les musées horlogers privés sont avant tout des outils de marketing, poursuit Dominique Fléchon. L’histoire horlogère y est parfois tronquée, partielle, partiale. En les parcourant, le visiteur a l’impression que chaque manufacture a inventé la montre la plus plate, la plus petite, la plus complexe du monde. C’est une vraie limite. »

Ajoutons qu’un musée public de l’horlogerie comme celui de Genève ou celui de La Chaux-de-Fonds a des responsabilités et des compétences scientifiques précises. Sa mission est de conserver, restaurer, sauver, inventorier, mettre sur pied des expositions et des colloques de spécialistes, de publier leurs recherches, d’organiser des concours, de créer du matériel pédagogique pour les enfants. Son agenda n’est pas du tout le même que celui des espaces privés, aussi compétents que soient ces derniers. Son travail patrimonial et scientifique est d’autant plus indispensable que les grands musées publics de l’horlogerie ne sont pas légions dans le monde.

Profondeur historique privée

Dans le même temps, poussés par une conjoncture économique favorable, les musées ou espaces horlogers privés se multiplient en Suisse romande. La logique entrepreneuriale est claire : l’histoire d’une manufacture est de plus en plus un atout identitaire, donc commercial. Montrer son propre passé, c’est donner une dimension, un sens, une profondeur historique supplémentaire à ses créations du moment.

C’est ainsi que Jaeger-LeCoultre au Sentier, Chopard à Fleurier, Swatch sur le pont de la Machine à Genève ont récemment inauguré des espaces d’exposition, en attendant ceux de Tag Heuer à La Chaux-de-Fonds ou de Zenith au Locle. Certains ont rénové de fond en comble leur musée, comme Audemars Piguet au Brassus, d’autres accueillent des expositions temporaires ouvertes à tous dans leurs propres locaux, à l’enseigne de François-Paul Journe à Genève. Pour privatisé qu’il soit, ce temps-là se montre particulièrement dynamique !

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