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Nonobstant la récession, l’intérêt pour les métiers de...
Economie

Nonobstant la récession, l’intérêt pour les métiers de l’horlogerie reste intact

vendredi, 23 octobre 2009
Par Quentin Simonet
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Quentin Simonet

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6 min de lecture

Aucune classe n’a dû être fermée. Légère baisse des effectifs toutefois cette année. Les capacités seront cependant augmentées l’an prochain.

Chahutés par les vents glaciaux de la récession, les horlogers suisses doivent s’adapter. Parfois pour des questions de survie, ce processus passe inexorablement par des mesures draconiennes de réduction des coûts. L’emploi est ainsi durement impacté. Il ne se passe pas une semaine ou presque sans qu’une société horlogère, même parmi les plus prestigieuses, n’annonce des suppressions de postes de travail ou, moindre mal à court terme, des réductions d’horaire de travail. Ces perspectives quelque peu moroses ont-elles eu des répercussions sur l’attractivité du métier d’horloger auprès des jeunes ? Son pouvoir de séduction en a-t-il pâti, alors que la formation permet d’asseoir l’avenir de ce secteur encore hautement artisanal ? S’il est légitime de nourrir quelques craintes à ce sujet, elles semblent pour l’heure infondées. Même s’il convient d’apporter ça et là quelques nuances.

Aucune classe fermée

« L’intérêt pour la profession d’horloger dans ses différentes déclinaisons n’a pas fléchi depuis le début du marasme conjoncturel », témoigne Lucien Bachelard, directeur de l’Ecole Technique de la Vallée de Joux, haut-lieu de l’horlogerie suisse. L’établissement a enregistré 90 nouvelles inscriptions, soit un nombre similaire à celui de l’an passé. « Les apprentis qui entrent chez nous aujourd’hui arriveront sur le marché du travail dans trois ans. D’ici là, la terre tournera à nouveau dans le bon sens. Et ils en sont conscients », ajoute le directeur. Celui-ci rappelle également que les entreprises de la région comme Breguet, Jaeger-LeCoultre ou Audemars Piguet ont quasi doublé leur production ces dernières années. Autant de montres qui devront être révisées dans quelques années, synonyme d’un besoin conséquent en personnel qualifié.

Nous organisons deux formations de réinsertion pour demandeurs d’emploi qui conduisent au certificat d’opérateur en horlogerie, options assemblage et posage-emboîtage.
André Mazzarini

Même son de cloche à la Chaux-de-Fonds. Philippe Merz, directeur du CIFOM (Centre interrégional de formation des montagnes neuchâteloises), parle seulement d’un léger fléchissement des inscriptions aux examens d’entrée : plus de 70 postulants se sont inscrits en 2009, contre une centaine l’année précédente, pour 24 places ouvertes en module de base. Sur l’ensemble des modules, le CIFOM compte 147 participants à ce jour. Pour André Mazzarini, responsable de formation au Centre interrégional de perfectionnement (CIP) de Tramelan, la situation a peu changé en un an. « Nous organisons deux formations de réinsertion pour demandeurs d’emploi qui conduisent au certificat d’opérateur en horlogerie, options assemblage et posage-emboîtage. Ces deux cycles ont démarré en avril et en septembre sans problème. » Seul bémol pour le module de formation de base à Tramelan : alors que le Centre avait enregistré une centaine de candidats en 2007 et 2008, il n’en a reçu qu’une trentaine cette année. Le CIP dispense une formation modulaire pour adultes menant au CFC d’horloger-praticien. Ce qui le met dans une situation particulière par rapport aux écoles constituées d’apprentis. Cela dit, aucun des établissements ou des lycées techniques contactés entre Genève et Granges, cluster de l’horlogerie suisse, n’a dû se résoudre à fermer des classes.

Des diplômés en attente

Et pour l’année prochaine ? « Nous sommes au début du processus d’inscriptions qui dure jusqu’en mars 2010. Il est donc trop tôt pour répondre », explique Jean-Marc Matthey, responsable Horlogerie au centre de formation professionnelle de Bienne. Il n’existe pour l’heure pas de chiffres pour l’ensemble de la branche en ce qui concerne 2009. L’année dernière, les nouveaux contrats d’apprentissage ont augmenté de 4,5% par rapport à 2007, passant de 383 à 401. A l’autre bout de la filière de formation, l’évolution est presque stable : le nombre de certificats fédéraux de capacité (CFC) délivrés en 2008 est de 206 contre 216 l’année précédente, selon les dernières données de la Convention patronale de l’industrie horlogère (CPIH).

L’intérêt pour la profession et ses différents métiers ne semble pas avoir été écorné. La réalité pour la volée d’apprentis arrivés sur le marché du travail en 2009 est cependant bien moins confortable que les années précédentes. Sur les quinze diplômés de l’Ecole Technique de la Vallée de Joux, moins du tiers a trouvé un employeur. Les autres ont prolongé leur cursus ou sont partis à l’étranger apprendre une langue. « Comme s’ils étaient en voie d’attente », selon l’expression de Lucien Bachelard alors qu’il y a peu, les marques usaient de tous les moyens de séduction pour les attirer à la sortie des classes.

Retour à la croissance ?

L’avenir est toutefois loin d’être bouché. A la Vallée de Joux, l’école construit un nouveau bâtiment, qui abritera deux ateliers et une salle de théorie, grâce à un partenariat privé-public. Il sera opérationnel à la rentrée 2010. Jean-Marc Matthey, à Bienne, est également ravi d’annoncer que « l’ouverture d’une nouvelle classe l’an prochain pour la formation de deux ans ». Deux exemples qui illustrent que les horlogers anticipent un prochain retour à la croissance. A Tramelan, André Mazzarini se veut légèrement plus prudent : « Le marché s’étant tellement emballé ces dernières années, il est très difficile de savoir à quel niveau il se stabilisera et ce que cela signifiera en termes d’emploi pour les entreprises. » Un avis corroboré par Daniel Wegmüller. Le recteur de la ZeitZentrum Uhrmacherschule à Granges, estime « qu’une légère baisse du nombre d’étudiants peut être envisagée à moyen terme ».

Selon de nombreux économistes, grâce à de solides fondamentaux, l’horlogerie devrait passer ce mauvais cap pour en ressortir renforcée. D’ailleurs, selon, Philippe Merz, directeur du CIFOM, l’enquête datant de 2008 de la CPIH sur les besoins élevés en formation est toujours d’actualité, même s’ils doivent être modérés en raison de la crise. Et de conclure mi-ironique, mi-cynique : « Quant à faire des prévisions, je laisse cela aux vrais économistes, qui se trompent bien mieux que moi. »

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