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Points de vue

« Nous devons rester modestes vis-à-vis de nos pères »

lundi, 25 janvier 2010
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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6 min de lecture

Pour Michel Parmigiani, comprendre, maîtriser et promouvoir les savoir-faire horlogers ancestraux doit faire partie de la charte de toute Maison de la branche qui se respecte.

Rencontré au Salon International de la Haute Horlogerie, Michel Parmigiani, grand orchestrateur de la marque éponyme, s’est plu à évoquer cet aspect du savoir horloger sans lequel l’industrie d’aujourd’hui ne serait assurément pas ce qu’elle est.

Quelle est la philosophie qui sous-tend vos collections de l’année ?

Michel Parmigiani : Dans la famille Bugatti, nous poursuivons la saga avec l’Atalante qui s’inspire de la voiture du même nom, la Bugatti Atalante 57S Sport, l’une des seules voitures de tourisme des années 30. Ce chronographe fly-back est doté du calibre PF 335entièrement manufacturé et succède ainsi à la montre-bracelet Type 370 au mouvement tubulaireque nous cessons de fabriquer car nous avons atteint les 200 pièces, chacune vendue 200’000 francs suisses (136’000 euros). Chez Parmigiani, nous préférons limiter la production plutôt que d’envahir le marché, pour garder l’esprit propre à la marque, pour promouvoir la rareté et favoriser ainsi la valorisation intrinsèque de l’objet avec les années.

Comme nous l’avons annoncé en septembre dernier, le partenariat avec Bugatti se poursuit donc et prendra également la forme d’un Tourbillon 7 jours qui équipera le tableau de bord de la future Galibier, un modèle à la mécanique avant-gardiste qui correspond en tout point à notre recherche de mouvements exclusifs. Cette montre pourra ainsi être retirée du tableau de bord et se muer en montre-bracelet, en montre de poche ou en pendulette de bureau. Sinon, pour nos collections 2010, nous avons effectué certaines petites modifications ou adaptations de nos modèles existants afin de maintenir leur attractivité sans tout bousculer.

Mais si l’on revient à votre question, les recherches effectués par Fibonacci sur la mathématique des harmonies ne cesse de m’inspirer. Ses observations sur les codes de la nature représentent une source qui nourrit mon travail de recherche sur l’harmonie des proportions, une des particularités de la marque. En ce sens, je me sens un peu comme le gardien du Temple qui tente de préserver la science du passé et le savoir-faire des artisans dans l’émaillage, le sertissage, la ciselure et ce bastion qu’est l’horlogerie à complications. On parle ici de continuité des savoirs afin de faire perdurer l’ensemble de ces arts.

En 1996 Parmigiani réalisait les premières esquisses de la montre savonnette Fibonacci. Célébrant la complication mécanique, elle révèle une répétition minutes couplée à un quantième perpétuel © Parmiginani Fleurier SA
En 1996 Parmigiani réalisait les premières esquisses de la montre savonnette Fibonacci. Célébrant la complication mécanique, elle révèle une répétition minutes couplée à un quantième perpétuel © Parmiginani Fleurier SA
Est-ce un leitmotiv chez Parmigiani ?

En effet, je suis très attaché à ces professions en raison de mes activités dans la restauration de pièces anciennes. Je pourrais dire que 500 ans d’histoire horlogère sont passés entre mes mains. C’est pourquoi je suis très sensible à cette démarche qui consiste à maîtriser et promouvoir ces travaux, ces savoir-faire qui, pour certains, ont malheureusement disparus, notamment dans l’émaillerie. Que l’on prenne par exemple certaines pièces d’orfèvrerie de la Collection Sandoz qui fait l’objet d’une exposition au SIHH 2010, de nos jours, nous serions incapables de réaliser de telles prouesses.

Quand vous avez fondé votre propre marque, vous êtes-vous déjà attaché à promouvoir ces métiers ?

En effet, j’ai toujours eu ces disciplines à cœur. Le coup de patte du graveur est par exemple une maîtrise qui s’acquiert au fil des années et qui demande de comprendre pour faire juste et de manière efficace. A l’époque, dans les temps anciens, c’est souvent le défi de réaliser tel ou tel objet d’art qui a conduit les artisans à se dépasser. Le défi de la faisabilité nous a amené des merveilles. C’est pourquoi nous devons rester modestes vis-à-vis de nos pères qui sont arrivés à des résultats surprenants vu les moyens de l’époque et que l’on peut difficilement dupliquer même avec les meilleures moyens modernes. L’expérience de la restauration développe l’esprit d’analyse, éduque l’œil et apprend à être efficace. Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire que l’on doive faire l’impasse sur les technologies actuelles qui permettent de faire des choses extraordinaires comme par exemple la soudure au laser.

Les pièces de la Collection Sandoz que vous avez restaurée ont-elles représenté un travail spécialement intéressant ?

J’ai eu beaucoup de pièces anciennes très intéressantes à restaurer. Mais celles de la Collection Sandoz font assurément partie de celles-là. Maurice-Yves Sandoz, artiste, musicien et poète a rassemblé une collection faite de véritables merveilles grâce à sa sensibilité et à sa reconnaissance de la belle ouvrage. Aujourd’hui, il est de notre devoir de continuer dans cette voie et de s’inspirer de ces objets merveilleux. A l’instar de l’écologie qui ne peut plus laisser personne insensible, notamment dans l’univers industriel, nous avons pour tâche de maintenir et promouvoir cette somme de savoir.

Pensez-vous que les métiers d’art sont menacés du fait des contingences de rentabilité financière ?

Il faut bien l’avouer, l’horlogerie contemporaine c’est avant tout du business. Un business qui peut évidemment susciter une certaine banalisation et donc un abandon progressif de ces savoirs. C’est pourquoi il est très important d’instaurer des garde-fous. Le Label Qualité Fleurier en est un, né d’une réflexion autour du déclin observé dans la qualité de production des montres mécaniques. Il s’agit là d’une mesure universelle qui s’adresse à des montres terminées avec des critères précis de qualité et de finition. Mais comme la barre est placée très haut, la démarche est évidemment couteuse. Alors si les aspects financiers l’emportent, tout cela est bien vite oublié. Dans le même ordre d’idée, je me demande si c’est une bonne chose pour un groupe horloger d’être coté en Bourse dans la mesure où les contraintes financières semblent bel et bien dicter leur loi.

Pour ce qui nous concerne, nous avons décidé de faire nos montres, de la boîte au cadran en passant par tous les composants, y compris ceux qui sont stratégiques. Cela représente de lourds investissements et une stratégie coûteuse, fort éloignée de l’esprit marketing actuellement prédominant. C’est pourquoi, je le répète, il est important de comprendre et maîtriser. Avec ce que nous avons mis en place, nous pérennisons la marque à travers son assise industrielle et artisanale. Mais à la différence des manufactures de l’époque qui fabriquait des produits de consommations, nous sommes clairement orientés vers la réalisation d’objets d’art.

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