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On a banalisé la lune !
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On a banalisé la lune !

lundi, 15 août 2016
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Franco Cologni
Président du Comité Culturel de la FHH

“Le talent nécessite toujours de l’effort, de l’engagement, des heures passées à perfectionner un geste qui devient, jour après jour, un don.”

Entrepreneur dans l’âme, Franco Cologni, pourtant homme de lettres, s’est rapidement lancé dans les affaires pour devenir un personnage clé du groupe Richemont.

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5 min de lecture

Notre satellite croît et décroît sur d’innombrables poignets telle une décoration sans véritable fonction. Vidée de sa signification profonde, la lune est devenue un motif banal. Un triste constat…

Dans des publications comme des expositions d’audience internationale, nous avons souvent affirmé que l’horlogerie est fille de l’astronomie. Le regard admiratif que nous dédions aux horloges monumentales ornant les palais et les places, où la rotation des constellations et des signes du zodiaque accompagne le défilement des heures, est le résultat d’une passion qui habite l’être humain depuis toujours : la célébration de la mesure du temps.

Je parle de célébration parce que la beauté de ces horloges n’est évidemment pas qu’esthétique ou formelle : au fil des siècles, au contraire, elles ont été des véhicules d’information essentiels pour ceux qui faisaient dépendre des saisons, des étoiles et des phases de la lune la fertilité de leurs champs, la meilleure marée pour lever l’ancre, le choix du moment idoine pour lancer une opération importante. Des traces précieuses sont restées de ce besoin évocateur et fascinant, y compris sur les montres-bracelets. Aussi bien en matière de Haute Horlogerie technique et précieuse qu’avec des complications plus modestes, pensées pour aller à la rencontre d’un public moins exigeant, l’indication des phases lunaires est décidément un des éléments les plus populaires et répandus.

Les phases de lune, dont dépendent les marées mais aussi nos états d’âme – tristesse ou accès de folie, sagesse ou mélancolie –, se sont muées en simple décoration.

Mais si le regard est assouvi par ces lunes merveilleusement émaillées ou serties de diamants qui parcourent leur orbite silencieuse sur le cadran des montres, l’esprit et la raison ne peuvent que se demander à qui servent les informations cycliques que proposent les phases de la lune. Nul ne recourt plus à l’observation de la lune pour prendre ses décisions, importantes ou non. Nul ne scrute plus les phases de la lune avec l’œil expert du marin qui calcule sa route, de l’agriculteur qui prépare ses semailles ou de l’astronome qui étudie le mouvement des étoiles. Rares sont ceux qui savent nous dire si nous sommes dans une phase de lune croissante ou décroissante. Notre satellite croît et décroît sur d’innombrables poignets, apportant sa lueur sur des cadrans plus ou moins nobles, plus ou moins raffinés, mais sans autre motif qu’une démarche essentiellement esthétique.

Et quand bien même il existe des applications électroniques qui nous permettent de paramétrer notre montre en fonction de la phase de lune effective, très rares sont ceux qui se donnent la peine de vérifier que les quartiers de lune qui apparaissent sur leur cadran correspondent bel et bien à ceux qui scintillent dans le ciel. Les phases de lune, dont dépendent les marées mais aussi nos états d’âme – tristesse ou accès de folie, sagesse ou mélancolie –, se sont muées en simple décoration. Une décoration splendide, bien sûr, mais derrière la course de notre satellite ne figurent plus l’attente, l’espoir ou la poésie. Il n’y a plus que le regard amusé mais distrait de celui qui vérifie la position des aiguilles et s’arrête un instant sur l’avancée des secondes. Pas sur celle, cyclique et mystérieuse, des astres. En somme, une décoration sans véritable fonction. Or, lorsqu’un élément perd de sa signification la plus profonde, il devient banal. Quelle triste pensée : on a banalisé la lune !

Nous devrions apprendre à être plus sages, plus poétiques mais aussi un peu plus romantiques.

Mais, comme je l’écrivais, du moment que les phases de lune sont présentes sur pratiquement toutes les montres « compliquées », il me plairait de lancer un mouvement soucieux de redécouvrir leur valeur : pas uniquement un beau symbole mobile qui modifie chaque jour le cadran mais une évocation du temps cyclique et bienveillant des saisons. Celui-là même qui inscrit chaque instant dans le cours plus long et plus humain d’un regard qui scrute au-delà des limites.

Chevauchant l’Hippogriffe, le paladin Astolphe retrouva sur la lune, précisément, le bon sens perdu par Roland, furieux. Et nous aussi, en regardant les précieuses évolutions qui se déroulent sur notre poignet, nous devrions apprendre à être plus sages, plus poétiques mais aussi un peu plus romantiques.

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