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Only Watch : « Se réunir en laissant son ego de côté »
Points de vue

Only Watch : « Se réunir en laissant son ego de côté »

lundi, 28 septembre 2015
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Fabrice Eschmann
Journaliste indépendant

“Il faut se méfier des citations sur Internet !”

« Une grande histoire aux multiples auteurs : ainsi en est-il de la vie. Ainsi en va-t-il aussi de l’horlogerie. Sans rencontres, point d’histoire. »

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6 min de lecture

La sixième édition de la vente aux enchères caritative a rassemblé 44 pièces uniques. Un record dans l’histoire d’Only Watch sous le marteau d’Aurel Bacs.

Les trois premières ventes ont été assurées par Osvaldo Patrizzi, cofondateur d’Only Watch, et les deux dernières par Antiquorum. D’où vient la volonté de reprendre le marteau ?

Je connais Luc Pettavino, le président de l’Association monégasque contre les myopathies, à l’origine d’Only Watch, depuis de nombreuses années. Il me savait proche d’un certain nombre de manufactures à travers leurs dirigeants ou leurs actionnaires. Nous discutions donc depuis quelque temps sur la meilleure formule à adopter pour Only Watch. Et puis, en automne 2014, nous avons décidé de travailler ensemble. Cela s’est fait naturellement.

C’était important pour vous ?

Oui ! Il y a d’abord la cause, une action de charité qui correspond parfaitement à mes valeurs. Nous avons la chance d’avoir la vie que nous menons en Suisse. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Je veux rendre un peu de ce que je reçois. Il y a aussi le plaisir de travailler avec 44 manufactures qui ont parfaitement joué le jeu. Il y a enfin, il faut le reconnaître, le prestige de diriger une telle enchère. Bref, il y avait mille bonnes raisons pour que j’accepte immédiatement.

Jusqu’ici, les sessions se sont toutes déroulées à Monaco, lors du Monaco Yacht Show. Pourquoi venir à Genève cette année ?

Nous nous sommes rendu compte qu’une grande partie des collectionneurs de montres ne faisait pas le déplacement de Monaco. Nous avons également compris que les manufactures engagées dans la vente ne pouvaient pas toujours soutenir leur pièce jusqu’au bout, faute de temps pour venir sur le Rocher. À Genève, nous sommes plus proches de toute cette communauté. De plus, la date du 7 novembre marque l’ouverture du grand week-end genevois des enchères horlogères pour lesquelles entre 500 et 1’000 collectionneurs d’Asie et des États-Unis seront présents. Nous perdrons peut-être quelques amateurs de yachts, mais cela sera beaucoup plus pratique avec une infrastructure déjà en place.

Êtes-vous parti pour plusieurs éditions ?

Il n’y a rien de convenu. Luc Pettavino peut revoir ses choix à chaque édition.

La vente compte 44 lots, un record en dix ans d’existence d’Only Watch. Comment avez-vous fait ?

Les inscriptions ont commencé dès l’annonce de mon association avec Only Watch. Pendant mes discussions avec Luc Pettavino déjà, plusieurs manufactures m’avaient appelé pour m’inciter à reprendre le marteau. Puis, je suis allé rendre visite à toutes les marques, au SIHH et à Baselworld. Parfois simplement pour expliquer le projet et dévoiler la nouvelle formule. Certains pensaient qu’il fallait obligatoirement mettre les couleurs monégasques sur le cadran. Ce n’est évidemment pas le cas.

Y a-t-il un règlement formel ?

Non, il n’y a pas de prescriptions contractuelles. C’est plutôt une philosophie : créer une montre unique ! Que cela soit par un matériau différent, un cadran original, voire un mouvement exclusif. Mais cette dernière option est quasi impossible vu le coût extrêmement élevé !

Osvaldo Patrizzi aimait à dire qu’Only Watch était un « championnat du monde de l’horlogerie ». Est-ce toujours le cas ?

Les termes que vous utilisez sont intéressants. Un championnat ? Non, ce n’en est pas un ! Les manufactures ont avant tout envie de contribuer à la récolte de fonds pour lutter contre les myopathies. Une petite marque qui offre une pièce à 20’000 francs réalise un effort beaucoup plus important qu’une grande Maison qui met à disposition une montre à 500’000 francs. Dans ce sens, chaque donation est appréciable. Une compétition ? Celle de la créativité, alors ! Il faut avoir du courage pour rendre une pièce unique ! Mais cela doit rester sur un plan ludique.

Avez-vous refusé des inscriptions ?

Bien sûr ! Pour le bien de la vente, il y a des limites à ne pas franchir. Quelques marques asiatiques voulaient profiter de la renommée internationale d’Only Watch pour proposer des montres à quartz d’une valeur de 50 francs. Nous avons dû jouer les gardiens du temple et refuser une dizaine de pièces.

Toutes les montres sont-elles véritablement offertes à Only Watch ?

Entièrement offertes. De même, ni Phillips, ni mon bureau Bacs & Russo ne prenons de frais, pas plus que nous facturons les heures de travail. Le prix marteau est le montant versé à l’association monégasque.

Globalement, que pensez-vous de ces 44 lots ?

Je suis absolument ravi ! Je sais les centaines d’heures que les manufactures ont passé à réaliser ces pièces. Et je suis heureux de voir que quelques-unes de mes idées ont été concrétisées ! C’est la première fois que j’assiste à ce processus…

Quelles idées ?

Je ne vous les dirai pas ! Mais j’ai donné quelques conseils pour faire en sorte qu’une montre unique plaise à un collectionneur. Sinon, je suis également ravi de la présence de Tudor cette année, tout comme de celle d’indépendants comme Richard Mille, F.P.Journe ou Laurent Ferrier. Leurs créations sont vraiment spectaculaires.

Justement, n’est-il pas difficile de réunir dans une même vente des maisons dont les montres atteignent des sommets et d’autres beaucoup plus modestes ?

Et pourquoi donc ?

Parce qu’une marque qui a de grandes ambitions pourrait être échaudée par un résultat perçu comme décevant face aux 2,95 millions d’euros que Patek Philippe a réalisés en 2013, par exemple…

Il est tout à fait normal qu’il y ait des géants et des plus petits dans une vente aux enchères, c’est dans la nature des choses. Tout le monde ne peut pas jouer dans la même catégorie. Maintenant, si une manufacture souhaite du succès pour sa montre, elle veillera à inviter les collectionneurs qui lui sont proches.

Après ce résultat faramineux de 2013, sept marques n’ont pourtant pas renouvelé l’expérience, dont le joaillier Bakes & Strauss, Montblanc ou encore Roger Dubuis. Ont-elles été découragées ?

Non. Passablement de manufactures sont extrêmement occupées durant l’automne. Il y a le salon Watches & Wonders à Hong Kong, bientôt le SIHH à Genève. Plusieurs ont très gentiment décliné notre invitation pour ces raisons et nous ont directement offert un chèque.

Vous qui êtes un spécialiste de Rolex, pouvez-vous expliquer pourquoi cette marque n’est pas présente ?

Je suis déjà très heureux de la présence de Tudor ! Peut-être est-ce un prélude à quelque chose de plus grand… Assurément, d’autres grandes maisons ont encore leur place à Only Watch.

Y a-t-il un nombre de lots à ne pas dépasser pour ce genre de vente ?

Pour ma dernière vente thématique, qui proposait des Rolex Day-Date, j’avais quelque 60 pièces. Je crois que je n’ai ennuyé personne lors de cette session…

Comment définiriez-vous l’esprit Only Watch ?

Qu’importe la marque, qu’importe la montre, l’essentiel est de se réunir en laissant son ego de côté afin de venir en aide à des enfants malades. Dans un élan de générosité, certaines manufactures étaient prêtes à nous offrir leur tourbillon le plus cher ! Mais qu’est-ce qui est préférable : prendre le risque de vendre une montre valant 300’000 francs pour 100’000 ou voir une montre valant 100’000 francs adjugée à 300’000 ? Parfois, less is more. Ce n’est pas une démonstration de savoir-faire. Ce sont la créativité et le courage qui sont recherchés.

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