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Pendule à planisphère française de la Wallace Collection
Histoire & Pièces d'exception

Pendule à planisphère française de la Wallace Collection

vendredi, 22 mars 2013
Par Helen Jacobsen
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Helen Jacobsen

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11 min de lecture

La Wallace Collection est un musée national situé en plein cœur de Londres, dans un hôtel particulier. Ses 25 galeries abritent une collection unique en son genre de peintures françaises du 18ème siècle, de mobilier et de porcelaine, de magnifiques tableaux de maîtres anciens, ainsi que une armurerie de renommée mondiale. Sa collection horlogère comprend plus de 30 pendules françaises de toute beauté.

La Wallace Collection de Londres est célèbre, entre autres, pour sa magnifique collection de meubles du 18ème siècle dont la plupart sont d’origine royale et ont meublé les palais de l’Ancien Régime. La famille royale ne représentait cependant qu’une partie de la clientèle en matière d’arts décoratifs du 18ème siècle et la Wallace Collection comprend également une splendide collection de meubles et objets coûteux commandés par les personnalités les plus fortunées de l’époque : richissimes banquiers et financiers. Parmi ces objets, la magnifique pendule à planisphère, ou pendule astronomique, datant d’environ 1750, qui fut commandée par le banquier royal, Jean Paris de Montmartel (1690-1766). Cette pendule témoigne non seulement de l’énorme fortune de Montmartel mais également de son intérêt pour les développements scientifiques et technologiques de l’époque – semblable à celui des nombreux collectionneurs de montres et de pièces horlogères d’aujourd’hui.

Un objet de première importance

Montmartel conservait cette pendule à son domicile parisien, à l’Hôtel Mazarin, dans son grand cabinet. C’est la pièce dans laquelle il avait l’habitude de gérer ses affaires et tenir des réunions avec ses confrères financiers. Cette pendule était sans aucun doute un objet important lui permettant d’impressionner ses pairs – nous savons qu’il était fier de cette pièce horlogère car elle figure bien en vue sur un de ses portraits le représentant assis à son bureau dans son cabinet. Cette pendule lui permettait non seulement de savoir l’heure qu’il était à Paris à la seconde près (temps solaire et temps moyen) mais également de savoir l’heure qu’il était dans n’importe quel pays de l’hémisphère nord et d’indiquer à ses visiteurs le jour et le mois de l’année, le signe zodiacal ainsi que les heures de lever et coucher du Soleil et de la Lune.

Les mécanismes de la pendule sont logés dans un meuble extravagant et somptueux, en placage d’amarante et autres bois, rehaussé de bronze doré. Le haut du cadran est surmonté du motif très répandu représentant le triomphe de l’Amour, soit un groupe sculptural en bronze patiné qui fut un élément décoratif très prisé dès le début du 18ème siècle. Le Temps, représenté comme un vieil homme, est assis sur un nuage en bronze doré et sa main gauche est attachée derrière le dos ; l’un des deux cupidons représentant l’Amour, lui a volé sa faux en bronze doré. Nous ne savons pas qui a réalisé le meuble mais la conception des montures en bronze a été attribuée à Jacques Caffieri (1678-1755), un bronzier remarquable qui travailla pour les Bâtiments du Roi pendant de nombreuses années et dont les œuvres ont décoré de nombreux palais royaux. Au cours de son histoire, le meuble a subi de légères modifications des éléments décoratifs et un socle a été ajouté afin de le surélever ; à l’époque de Montmartel, les cadrans auraient été à la hauteur des yeux d’une personne debout.

Une division uniforme du temps.
Un mouvement d’exception

Le mouvement, véritable chef d’œuvre de conception, a été conçu par Alexandre Fortier, notaire et inventeur parisien connu pour avoir travaillé à de nombreuses reprises avec l’horloger Michel Stollewercke (devenu maître horloger en 1746 et décédé en 1768). Le fond du cadran est gravé « Alexandre fortier invenit/Stollewerck fecit Aparis ». Le cadran en laiton est composé de cinq cadrans principaux et de quatre guichets affichant chacun différentes informations, est décoré de gravures. Le mouvement est logé derrière le cadran mais les parties latérales et l’arrière du boîtier sont composés de panneaux de verre permettant d’admirer le mouvement.

La pendule comprend un mouvement à poids 15 jours et une sonnerie à chaperon à ressort sonnant les heures et les demi-heures en fonction de l’heure solaire apparente sur une cloche placée directement au-dessus du mouvement. Le mouvement est aujourd’hui doté d’un échappement Brocot. Le jour solaire, défini comme étant le temps écoulé jusqu’à ce que le soleil revienne au méridien, est sujet à variation car la terre se déplace à vitesse variable autour du Soleil et l’inclinaison du Soleil par rapport à l’équateur varie selon les saisons. Le temps moyen surmonte cette variation grâce à une division uniforme du temps. La différence entre le temps moyen et le temps solaire varie entre -17 minutes et +14 minutes. Au 18ème siècle, les horlogers savaient comment afficher ces variations et la nommèrent l’équation du temps. Le mouvement de la pendule mesure le temps moyen mais les aiguilles percées et dorées sont entraînées par une cage mobile dont la position est régie par une came réniforme lui conférant un mouvement variable permettant d’atteindre l’équation du temps. La pendule sonne ainsi les heures en fonction du temps solaire, lorsque l’aiguille dorée des minutes est positionnée sur l’heure et non lorsque l’aiguille en acier bleui atteint XII. La pendule est également dotée d’un cadran indiquant les secondes.

D’autres informations sont affichées avec beaucoup d’élégance.
Élégance de l’affichage

Le rouage astronomique comporte un mécanisme de calendrier perpétuel. Lorsque la roue de la date avance, elle arme un ressort spiral qui, quand elle atteint la fin du mois, est débloquée par un levier et ramenée au début du mois. De petits guichets sur le cadran indiquent la date, les jours et les mois de l’année.

D’autres informations sont affichées avec beaucoup d’élégance. Le planisphère, une représentation gravée de l’hémisphère nord avec le pôle Nord au centre et les degrés de longitude autour de la circonférence, occupe le centre du cadran. Sur le bord extérieur de l’anneau argenté sont gravés les signes du zodiaque et un disque doré en forme de Soleil tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre pointe le signe correspondant à la période en cours. Un espace peint en bleu représentant la voûte céleste sépare ce Soleil de la Lune qui est représentée par disque argenté gravé d’un visage. Le disque de Lune tourne autour d’un anneau intérieur tournant lui-même une fois par an, calibré de 1 à 29½, indiquant ainsi l’âge de la Lune en jours. Ce phénomène est représenté par le disque en acier bleui qui couvre ou découvre le disque de Lune pour refléter les différentes phases de la Lune.

Sur l’anneau argenté le plus proche du planisphère sont gravés en chiffres arabes les heures en deux séquences de 1 à 12, représentant la période de minuit à midi (ante meridiem) et la période de midi à minuit (post meridiem). Le planisphère lui-même – un disque en laiton – tourne dans le sens contraire et indique l’heure à chaque degré de longitude.

Hommage à la volonté perpétuelle de l’Homme à travers les siècles de comprendre, mesurer et contrôler le temps.
Œuvre d’art et prouesse technologique

Il est intéressant de noter que le méridien correspondant au degré 0 sur le planisphère ne passe pas par Greenwich, ni même par Paris dont le méridien fut utilisé en France pendant de nombreuses années, mais par Ferro (El Hierro) dans les Canaries. La notion de longitude a été découverte par les Grecs mais c’est Ptolémée qui utilisa le premier un méridien cohérent pour son Manuel de géographie (vers l’an 150 apr. J.-C.). Il utilisa un emplacement assez proche des îles Canaries puisqu’il était important que ce point de référence soit suffisamment éloigné de la pointe la plus à l’ouest de l’Afrique. Les calculs changèrent légèrement au fil des siècles mais, aux 16ème et 17ème siècles, un seul et même emplacement était généralement utilisé. Louis XIII et Richelieu décrétèrent en effet que Ferro devait correspondre au degré 0. En 1750, Paris était devenu le méridien de référence le plus fréquemment utilisé, il peut donc paraître surprenant que cette pendule si moderne par plusieurs aspects affiche toujours le méridien de Ferro. Montmartel était actionnaire de plusieurs compagnies d’outremer et de commerce international ce qui explique sans doute son intérêt prononcé pour une pièce horlogère aussi complexe.

Sous le planisphère se trouvent deux cadrans indiquant le lever et le coucher du Soleil et de la Lune, tous deux peints de manière à représenter la voûte céleste diurne et nocturne. Deux guichets sous le cadran principal affichent le mois et la date. L’affichage est mû par les roues en laiton argenté du mécanisme du calendrier perpétuel qui s’ajuste automatiquement. Lorsque la roue calendrier avance, elle arme un ressort spiral qui, lorsque la roue atteint le dernier jour du mois, est débloquée par un levier et retourne au premier jour du mois. Le point auquel la roue est relâchée est régi par une came dotée de crans de différentes profondeurs pour permettre la variation de la durée des mois. Il existe une pendule plus récente, signée Fortier et Stollewerck, dotée d’un système plus sophistiqué prenant en compte les années bissextiles.

A la Wallace Collection, cette pendule fonctionne constamment, pour le plus grand plaisir de nos visiteurs. Après 260 ans, elle indique toujours parfaitement l’heure et peut encore être utilisée pour prévoir les phases de la Lune et l’heure du coucher du Soleil, tout en indiquant l’heure qu’il est au Japon. Œuvre d’art et prouesse technologique, cet objet unique en son genre a fasciné des générations de visiteurs. Il rend hommage à la volonté perpétuelle de l’Homme à travers les siècles de comprendre, mesurer et contrôler le temps. ■

www.wallacecollection.org

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