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Pendule aux vestales du Musée National des Arts Décoratifs...
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Pendule aux vestales du Musée National des Arts Décoratifs de Madrid

lundi, 08 juillet 2013
Par Maria José Almagro
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Maria José Almagro

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11 min de lecture

Vestales portant le feu sacré. Œuvre de Godon. (1789-1791). No d’inv. CE05690. 56  x 45 x 14 cm (Fig. 1).

Cette exceptionnelle pendule française de la fin du XVIIIe siècle équipée d’un mouvement de Paris, similaire à la pendule de Marie-Antoinette du Musée des Arts Décoratifs de Paris, est une des pièces maîtresses de la collection de pendules du Musée National des Arts Décoratifs de Madrid. Elle a probablement appartenu au roi Charles IV d’Espagne car un modèle dont la description correspond à cette pièce figure dans la documentation des pendules de ce souverain. Tout laisse supposer qu’elle a été volée lors de la guerre civile espagnole puisqu’elle a été transmise au musée par l’intermédiaire du Service de récupération artistique. Une pendule dont la description est similaire figure en effet dans une nomenclature des pièces de 1941 établie par ledit service.

Sur un socle ovale de marbre blanc, soutenu par quatre lions de bronze doré, figurent deux magnifiques vestales vêtues de tuniques classiques portant sur un brancard recouvert d’une draperie dorée un autel en forme de petit temple triangulaire couronné du feu sacré. La riche draperie recouvrant le brancard dévoile le cadran à l’avant, encadrée de motifs en forme d’acanthes flanqués de deux griffons rampants. Des plaques de porcelaine de Sèvres décorent l’avant de l’autel et le socle de marbre blanc. La plinthe avant montre une scène associée à Dionysos dans laquelle un groupe de  putti  élabore du vin, tandis que la plaque arrière comporte une frise de style étrusque composée de feuilles d’acanthe et d’un brûle-parfum fumant au centre. Sur les côtés, deux médaillons, de style Wedgwood, représentent sur le devant les figures agenouillées d’Uranie et de Calliope, symboles de l’Astronomie et de la Géométrie, et à l’arrière, une figure masculine couronnée de pampres versant le vin d’une amphore dans la coupe de la figure féminine figurant à l’autre extrémité. (Fig. 2)

Pendule aux vestales (Fig. 2)
Dernière restauration en 1996

Le cadran de porcelaine blanche (Fig. 3) est décoré de feuilles d’acanthe émaillées dans les tons doré, vert, bleu et rouge, caractéristiques de Coteau, qui entourent les 12 médaillons en émail bleu où figurent les chiffres des heures en bronze doré. Ce même motif est repris entre les cadrans secondaires. Les aiguilles de bronze doré sont de type ajouré ; celle des heures se termine par une fleur de lys. Les jours du mois en chiffres arabes, les mois en langue espagnoles et les jours de la semaine avec le symbole de leur planète figurent sur les cadrans secondaires. Cet affichage permet de conclure que cet objet devait être une commande destinée à un client très important, très certainement le roi Charles IV d’Espagne. Le cadran comporte la signature « F.L. Godon/ Maquinísta y Reloxero de Camara de SMC », tout comme on le constate sur plusieurs pendules appartenant au Patrimoine National. Le cadran porte également la signature « Coteau » sous le chiffre VI.

Lorsque la pendule est entrée au musée, il manquait le récipient contenant le feu au-dessus de l’autel ainsi que les deux magnifiques vases ornés de fleurs. Le brancard de la vestale à l’arrière avait disparu, de même que le gland de l’étole posée sur le lion de devant. L’aiguille des heures avait également perdu sa pointe. Quant au mécanisme, il n’avait plus de balancier. Comme on le voit sur une photo récente, (Fig. 4) la pendule a maintenant retrouvé le brancard tenu par la vestale, ainsi que le gland disparu mais il manque encore les vases ornés, le feu et l’extrémité de l’aiguille des heures. Dans son état actuel, la pendule possède toutefois tous les éléments communs aux modèles similaires : les deux vases fleuris des deux côtés de l’autel, ajoutés à la place de la jarre et la grande coupe qui devaient exister autrefois sur l’original, ainsi que le récipient contenant le feu et les aiguilles restaurées. Selon les informations du musée, la dernière restauration de la pendule date de 1996, réalisée par l’horloger Juan José Montalva de Madrid qui a dû ajouter ces derniers éléments.

Pendule aux vestales (Fig. 4)
Parallèles et chronologie

On connaît à ce jour une quinzaine de pièces similaires à ce modèle très prisé. La première de la série a certainement été la pendule déjà mentionnée de Marie-Antoinette du Musée des Arts Décoratifs de Paris. Une pendule présentant des caractéristiques identiques figurait en effet sous le nº 43 dans un inventaire de Robín de 1793 parmi la collection de pendules de la souveraine (Verlet, 1987, p. 466-7 ; Lery, 1931 p. 95). Ayant fait l’objet de publications à plusieurs reprises, (Tardy, 1949, p. 277 ; Augarde, 1996, p. 241 ; Kjellberg, 1997 p. 261-2), cette belle pendule a été réalisée dans les années 1780 par plusieurs artistes prestigieux comme le célèbre horloger Robín, le bronzier Thomire ou Dugourg, créateur de l’ensemble décoratif qui s’est inspiré à son tour des gravures de Hubert-Robert réalisées en 1771-1773. Ils ont également travaillé en collaboration avec le fameux Coteau pour les émaux du cadran.

Un exemplaire presque identique appartient à la Collection Corcoran de Washington. On pense qu’elle a également appartenu à Marie-Antoinette (Augarde, 1996, p. 240-1 nº 189). Signée par Robín, elle comporte sur l’avant du socle de marbre une plaque rectangulaire de porcelaine avec le même motif végétal de rameaux et de brûle-parfum flanqué de décorations rocaille. Les figures latérales de l’astronomie et de la géométrie, au lieu d’être en porcelaine de style Wedgwood, sont des plaques réalisées en bronze doré et inversées par rapport à celles de la pendule du Musée des Arts Décoratifs de Paris. Il est possible que ce détail soit dû à une restauration postérieure suite à la perte des plaques originales car le sens des figures est inversé. On connaît trois autres pièces antiques ornées de plaques de Sèvres, une signée par Raguet-Lepine de la Collection Dalva Brothers de New York et deux de l’horloger Godon, réalisées pour la Duchesse de Saxe-Teschen, sœur de Marie-Antoinette, et celle pour le roi d’Espagne ici décrite (Kjellberg, 1997, p. 261-2).

Des copies de ce modèle ont réalisées pour le compte de clients importants tout au long du XIXe siècle. Dans un inventaire du marchand Daguerre établi après sa mort, le 15 Frimaire de l’an V, figure la vente d’un modèle plus simple mais plus voyant, pour le prix de mille francs (Ach. Nat. Min. Cent. XXXV/633). Ce modèle (Fig. 5) présente des vestales en bronze patiné et non doré ; les plaques de Sèvres à l’avant du socle ont été remplacées par des plaques plus simples en bronze repoussé et découpée représentent une scène d’enfants jouant avec une chèvre. La draperie dorée qui recouvre les brancards y est ornée de reliefs identiques à ceux de la pendule du Musée national des Arts Décoratifs à Madrid. Ce deuxième modèle plus simple est aujourd’hui connu à dix exemplaires :

  1. Pendule vendue chez Sotheby’s de Monaco en février 1982, signée Sauvajeot, avec des léopards en bronze patiné soutenant la base noire ornée de plaques de bronze doré continues et non découpées. D’après la signature de l’horloger, il est possible qu’il s’agisse de la pendule actuellement au Musée de Minneapolis ;
  2. Pendule vendue chez Sotheby’s de Londres en juin 1988 signée par « Lepine horloger du Roy » avec des lions sur le socle ;
  3. Pendule vendue aux enchères chez Sotheby’s de Monaco en décembre 1998 signée par « Robin/ aux Galeries du Louvre », vestales et lions en bronze patinée, plaques dorées continues ;
  4. Pendule vendue chez Christie´s de Monaco (Fig. 5), en décembre 1997 signée par « Lepine, place des victoires » autel noir, vestales et lions en bronze patiné sur socle blanc orné de plaques dorées continues et non découpées ;
  5. Pendule de la galerie d’antiquités Pascal Izarn de Paris, signée par Manière, socle blanc avec lions en bronze patiné et aiguilles en forme de serpent (Kjellberg, 1997 p. 267 ; Augarde, 1996, p. 241) ;
  6. Pendule, vendue à Paris, d’abord en 1974 et ensuite dans la Col. Ader en 1991, signée par Manière, avec vestales et lions en bronze patiné, autel et socle blancs, plaques dorées découpées sur fond sombre (Kjellberg, 1997 p. 267 ; Augarde, 1996, p. 241) ;
  7. Pendule vendue par la Galerie Koller de Zurich en novembre 1995, similaire à celle de la Col. Ader de Paris, mais sans la coupe et la jarre ;
  8. pendule du Musée de l’Hermitage ;
  9. pendule du Musée de l’Hermitage ;
  10. Pendule de l’Ambassade de Grande-Bretagne à Paris avec la figure d’Athéna à la place de l’autel.

D’après les données conservées, il est possible de déduire que, bien qu’inspirée de la pendule aux vestales Marie-Antoinette de 1788, cette pendule a dû être réalisée par l’atelier de Godon quelques années plus tard, enrichie de divers détails. En effet, dans une liste de pièces envoyées en 1791 par Godon à la Maison Royale d’Espagne, figure, parmi quatorze autres pièces, une pendule dont la description coïncide avec celle-ci, décrite textuellement comme « une pendule exquise sur brancards portés par deux figures sur le piédestal ». Elle apparaît également sur une facture présentée par Godon en 1792 à la Maison Royale pour des pièces non payées (Arada Huete 2011, p.106-7). D’après les plaques anciennes de porcelaine, mais surtout d’après la documentation mentionnée, la pendule peut être datée de 1789-90.

mnartesdecorativas.mcu.es

Bibliographie

Aranda, A.: La medida del tiempo. Relojes de reyes en la corte española del siglo XVIII. Patrimonio Nacional 2011
Augarde, J.D.: Les ouvriers du temps. La pendule à Paris de Louis XIV à Napoléon Ier. Gèneve, Antiquarium 1996
Kjellberg, P.: Encyclopédie de la Pendule Française du Moyen Age au XXe. siècle. Paris, 1997
Lery, E.: “Les pendules de Marie-Antoniette” Revue de l’histoire de Versailles,1931, p. 95-100
Tardy: La Pendule française. 2e partie. De Louis XVI à nos jours. Paris, 1949
Verlet, P.: Sevres. Le XVIIIe siècle. Gerard de Prat Paris, 1953
Verlet, P.: Les bronzes dorés français du XVIIe. siècle. Grand Manuels Picard, Paris, 1987

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