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Pendulettes, ces objets d’art horloger (I)
Modes & Tendances

Pendulettes, ces objets d’art horloger (I)

jeudi, 29 novembre 2018
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Marie Le Berre
Rédactrice indépendante

“Comment le temps fait-il pour tourner rond dans des horloges carrées ?”

Quino

« Porter à la connaissance du plus grand nombre des informations qui relèvent d’un secteur par trop méconnu. Vulgariser, au sens propre du terme. »

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8 min de lecture

En ce début du XXIe siècle, les pendulettes participent sensiblement à la valorisation de la Haute Horlogerie, offrant un « terrain de jeu » exceptionnel. Patek Philippe et Cartier entament les joutes.

Elles s’y sont quasi toutes mises. Du moins toutes les Maisons pour qui l’horlogerie mécanique fait sens lorsque sublimée par les métiers d’art. Dans un univers où l’électronique est devenue une question de survie, les pendulettes ou pendules de table font ainsi figure de véritables anachronismes. Qu’à cela ne tienne, elles véhiculent toujours cette part d’émotion que peuvent encore générer des engrenages horlogers, surtout si on les compare à des sculptures cinétiques. Faut-il rappeler que la pièce maîtresse du Salon International de la Haute Horlogerie 2017, celle devant qui tous les visiteurs sans exception sont tombés en pâmoison, était La Fée Ondine de Van Cleef & Arpels, automate horloger aussi sublime que poétique. Dans le même registre, on découvrait cette année Precious Signature by Harry Winston, « une pendulette de table doublée d’un automate qui redéfinit l’essence même de l’accessoire de luxe », selon la judicieuse définition de la Maison. Au cœur de cette pièce, un mécanisme mis au point par Jaquet Droz, dont on connaît la maestria en matière d’automates, capable de signer des documents à votre place.

Precious Signature © Harry Winston
Precious Signature © Harry Winston

Même des Maisons comme Louis Vuitton ou Panerai se sont essayées à l’exercice. Panerai, davantage connue pour ses montres de combat, a ainsi proposé ses propres modèles dont une pendule réalisée en l’honneur de Galilée. Horlogers et artistes de tous horizons continuent ainsi de conjuguer leurs talents pour mieux séduire un public pas aussi rare qu’on pourrait le croire. On trouve ainsi des marques qui s’adonnent à l’exercice de manière occasionnelle, aux côtés de celles pour qui les pendulettes constituent des collections identitaires. Tour d’horizon.

À n’en pas douter, Patek Philippe a fait œuvre de pionnier dans la sauvegarde des métiers d’art menacés de disparition.
Patek Philippe, un cas à part

« Les pendulettes Dôme constituent – de par leurs dimensions – un support idéal pour les techniques décoratives », peut-on lire sur le site de Patek Philippe, une maison qui défend les métiers d’art comme nulle autre. Elle a d’ailleurs été la première à réagir contre la déperdition de ces savoir-faire dans la seconde moitié du XXe siècle. Dès les années 1940, Henri Stern a ainsi commencé à constituer une remarquable collection, exposée depuis 2001 au sein du Patek Philippe Museum de Genève. En parallèle, la manufacture s’est fait un point d’honneur à maintenir la production de pièces mettant en valeur le travail des artisans d’art, au risque de ne pas trouver preneur pour certaines d’entre elles qui sont restées en stock durant des années quand elles n’ont pas rejoint le musée. À n’en pas douter, Patek Philippe a fait œuvre de pionnier dans la sauvegarde de spécialités menacées de disparition. Et alors que l’engouement pour le haut artisanat – une terminologie Patek Philippe – est de retour, la Maison poursuit aujourd’hui son œuvre non seulement avec ses collections courantes, qui intègrent des modèles savamment décorés, mais aussi à travers une gamme dédiée particulièrement riche. Chaque année, Patek Philippe réalise ainsi une collection Métiers de Haut Artisanat composée d’une quarantaine de pièces uniques, montres-bracelets, montres de poche ou pendulettes Dôme.

Dôme Fantaisie cubiste en email cloisonné © Patek Philippe
Dôme Fantaisie cubiste en email cloisonné © Patek Philippe

Rien de tel que les Dôme pour préserver et renouveler ces métiers qui tiennent tant à cœur à la manufacture. Créées en 1950, ces pendulettes sont aujourd’hui dotées d’un mouvement mécanique alimenté par un moteur électrique pour une taille comparable à celle des mouvements de montres de poche. À noter que la cellule photoélectrique brevetée, dite « solaire », des Dôme qui les animait n’est plus produite depuis les années 1990. L’heure s’affiche ainsi sur des cadrans relativement petits et discrets qui font la part belle aux somptueux décors réalisés sur les parois tout en rondeurs caractéristiques du modèle.

Dans la collection Métiers de Haut Artisanat 2018, qui compte exceptionnellement 55 pièces, 18 sont des pendulettes Dôme. Comme de coutume, elles sont pour la plupart parées de décors en émail cloisonné, constitués d’alvéoles de différentes couleurs délimitées par des fils d’or. Certaines sont rehaussées d’or ou d’argent, en paillons, en feuilles ou en poudre, voire sous la forme d’appliques gravées à la main. D’autres se distinguent par des techniques très rares comme l’émail grisaille au blanc de Limoges ou l’émail en relief, que l’on connaît aussi sous le nom d’émail de Fauré, du nom de l’atelier dans lequel il a été inventé. Quant aux thèmes de l’année, ils sont inspirés par la nature (oiseaux, fleurs, savane au soleil couchant, planètes), l’art (porcelaines de Perse, papillons Art déco) ou les cultures du monde (femmes indiennes, calligraphie arabe).

Les Pendules Mystérieuses de Cartier ont volontiers été jugées révolutionnaires dès leur naissance.
Les mystères de Cartier

Il est des pendulettes dont la réputation tient en premier lieu à leurs mouvements. C’est le cas des Mystérieuses de Cartier, jugées révolutionnaires dès leur naissance. Pas étonnant que ces pendulettes figurent parmi les objets d’art les plus prestigieux de la marque. Elles reposent sur une invention de l’horloger Maurice Couët, qui a travaillé en exclusivité pour Cartier à compter de 1911. Sa première Mystérieuse a vu le jour l’année suivante. Certes, elle ne constituait pas une création ex nihilo – d’autres pendules du genre l’avaient précédée, à commencer par celles du célèbre illusionniste Jean-Eugène Robert-Houdin dévoilées en 1839 –, mais elle représentait une avancée significative dans l’évolution du système. Le secret réside dans la réalisation de deux aiguilles flottantes, sans lien apparent avec le mouvement. En réalité, elles sont fixées sur deux disques transparents, eux-mêmes engrenés par un mécanisme dissimulé dans l’encadrement. En 1920, Maurice Couët présentait ainsi un système à un seul axe central, alternative au système initial à deux axes latéraux. Cette invention a permis à Cartier de diversifier les constructions et de multiplier les effets esthétiques.

Pendule Mysterieuse type portique © Cartier
Pendule Mysterieuse type portique © Cartier

On distingue plusieurs modèles types de ces Pendules Mystérieuses, le plus épuré étant le tout premier, le Modèle A de 1912. De style Art déco avant l’heure, il se caractérise par un corps transparent rectangulaire, rehaussé de décors plutôt sobres, et par un socle en pierre dure, voire en or. Au nombre des pendules les plus sophistiquées figurent les Portique et les versions à sujet lancées dans les années 1920. Les premières se distinguent par des structures en forme de portiques japonais et des cadrans suspendus à la manière d’un gong, les secondes par des sculptures décoratives d’animaux ou de figurines.

Les pendulettes sont entrées dans l’univers Cartier dès le début du XXe siècle et leur production n’a jamais cessé depuis. Aujourd’hui encore, elle se poursuit à raison de quelques pièces par année. Les Mystérieuses, qui ont connu leur âge d’or entre 1912 et 1930 avec près d’une centaine de pièces produites sur la période, en font naturellement partie. En outre, elles sont à l’origine de la Collection Cartier historique avec un premier exemplaire acquis sur le marché de l’art en 1973. Aujourd’hui, elles s’exposent à travers le monde, notamment lors d’une présentation exceptionnelle de 19 d’entre elles au Salon International de la Haute Horlogerie 2018. Prolongement de l’histoire, Cartier a donné une nouvelle dimension à ces mécanismes fascinants en les faisant passer, depuis 2013, de la pendulette à la montre.

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