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Pénurie de composants chinois pour les horlogers ?
Economie

Pénurie de composants chinois pour les horlogers ?

lundi, 2 mars 2020
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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En termes d’importations, la Chine est le principal fournisseur des Maisons horlogères helvétiques. Les garants du Swiss Made oseront-ils se plaindre de goulets d’étranglement sur des composants dont ils préfèrent de beaucoup taire la provenance ? Jusqu’ici, c’est l’omerta.

Cette fois, les Bourses ont dévissé. Après avoir vécu sur un petit nuage en 2019, les marchés financiers commencent à prendre la mesure des répercussions du coronavirus sur la croissance mondiale. Et autant dire qu’ils n’aiment pas cela. À partir du 19 février, les indices ont ainsi commencé à enregistrer de sévères corrections, de l’ordre de 8 % en trois jours de cotation. « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ! » Ainsi devisait Napoléon. Maintenant que la Chine est aux soins intensifs, le monde prie pour une guérison rapide. Car depuis plus d’un mois, la 2e économie mondiale tourne au ralenti. Les autorités n’ont certes délivré aucun chiffre officiel, mais selon les estimations l’activité en Chine serait à l’arrêt dans une proportion comprise entre 30 et 50 %. Faute de personnel comme de moyens de transport pour acheminer les marchandises, nombre d’usines restent pour l’instant portes closes. Sans parler de la consommation en chute libre, comme viennent de le confirmer les statistiques des ventes de voitures avec 5’000 véhicules acquis sur les 15 premiers jours de février contre 60’000 sur la même période 2019.

Autrement dit, 40 % de la valeur d’une montre suisse peut très bien recouvrir des composants en provenance de l’étranger.

Dans ce contexte, il n’y a pas de raison pour que l’horlogerie suisse soit épargnée côté production. Ce qui amène la délicate question des importations horlogères, notamment de Chine, pour des produits estampillés « Swiss Made ». Rien de mal à cela, pourrait-on dire, puisque la législation helvétique, revue en 2013, est suffisamment « arrangeante » pour le permettre. « Les nouveaux critères diffèrent selon les catégories de produits ou de services, précise la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH). En l’occurrence, Swissness fixe à 60 % le taux minimal de valeur suisse pour les produits industriels, dont les montres. » Autrement dit, 40 % de la valeur d’une montre « suisse » peut très bien recouvrir des composants en provenance de l’étranger. Et lorsque l’on sait la différence de tarif horaire entre une heure travaillée en Suisse et une heure travaillée en Chine, on comprend aisément que ces fameux 40 % laissent une large marge de manœuvre aux producteurs helvétiques.

Importations en croissance

Si l’on se penche maintenant sur les statistiques des importations horlogères en Suisse, on note une constante augmentation sur les deux dernières décennies. Alors qu’elles n’étaient que de 1,1 milliard en 1990, elles ont passé à 2,6 milliards en 2010 pour culminer à 3,8 milliards l’an dernier, dont près de 800 millions représentent des produits horlogers chinois. Ce qui fait de l’empire du Milieu le premier fournisseur des Maisons helvétiques de la branche. « De ce montant, environ 200 millions sont à mettre au compte de montres terminées, précise Jean-Daniel Pasche, Président de la FH. Si bien que les composants d’origine chinoise qui entrent dans les montres suisses ont représenté entre 500 et 600 millions de francs suisses à l’importation l’an dernier. Cela dit, pour l’instant, personne n’a fait état d’une quelconque pénurie. Ce qui est tout à fait plausible compte tenu de l’état des stocks et de la baisse de consommation que l’on observe depuis l’épidémie du coronavirus. On peut toutefois se demander si une quelconque Maison oserait ouvertement se plaindre d’une telle situation. Les problèmes d’approvisionnement ne sont donc pas totalement à exclure dans les semaines à venir. Tout est question de durée dans cette crise sanitaire. »

L’effondrement du marché chinois, inéluctable ce premier semestre, aura peut-être le double effet Kiss Cool.

Comme le souligne Jean-Daniel Pasche, c’est peut-être aussi l’occasion pour les Maisons horlogères d’envisager des alternatives suisses à ces composants chinois. Alternatives qui existent auprès de la sous-traitance du pays, certes à d’autres prix en sachant que le coût d’une boîte de montre chinoise représente moins d’un dixième de celui pratiqué en Suisse. Mondialisation oblige, des pans industriels entiers se sont déplacés vers la Chine ces 30 dernières années. Et pour ce qui est de l’horlogerie suisse, la législation n’est pas assez sévère pour les faire revenir. L’effondrement du marché chinois, inéluctable ce premier semestre, aura donc peut-être un « double effet Kiss Cool » avec une chute des ventes de montres suisses en Asie du Sud-Est, impossibles à écouler ailleurs faute de composants. En termes de pastilles rafraîchissantes, on fait mieux.

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