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Pour les horlogers, le devoir de diligence n’est plus une...
Economie

Pour les horlogers, le devoir de diligence n’est plus une option

lundi, 16 novembre 2020
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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7 min de lecture

En matière d’approvisionnement en pierres et métaux précieux, le devoir de diligence devient une question pressante pour les horlogers face aux risques d’image et de réputation liés à l’exploitation minière en zones sensibles. La Fondation de la Haute Horlogerie veut les accompagner dans cette indispensable transition sociale et environnementale.

Poser la question, c’est y répondre ! Pour tout ce qui concerne l’approvisionnement en pierres et métaux précieux, les horlogers et joailliers peuvent-ils aujourd’hui fermer les yeux sur leur provenance ? En d’autres termes, peuvent-ils faire l’économie du devoir de diligence censé leur « fournir les informations dont ils ont besoin pour identifier les risques dans leur chaîne d’approvisionnement afin d’en prévenir, voire d’en atténuer les impacts négatifs », selon les termes du Responsible Jewellery Council ? Plus personne n’ignore en effet que l’extraction minière en zones sensibles sert encore et toujours à financier les conflits armés locaux comme le terrorisme et que l’exploitation artisanale n’est de loin pas exempte des pires exactions au rang desquels prostitution, enrôlement des enfants et travail forcé, sans parler des atteintes à l’environnement sous forme de déforestation ou de pollution au mercure.

© Eric Sauvage – Piaget
© Eric Sauvage – Piaget

Des films comme Blood Diamonds ou Dirty Gold War, tout comme les enquêtes des ONG sur terrain, ont suffisamment alerté la communauté internationale pour que tout amateur de produits de luxe se sente potentiellement concerné. Pour les acteurs de cette industrie qui vend du rêve et de l’émotion, autant dire que le risque d’image et de réputation est devenu tel qu’ils n’ont plus guère le choix. Ne pas s’engager dans la voie du développement durable et socialement responsable revient à s’exposer à des retours de flamme potentiellement dévastateurs. Et cela passe par un devoir de diligence sur l’origine des matériaux et leur traçabilité.

« L’industrie horlogère et le devoir de diligence »

C’est ce message qu’a voulu faire passer la Fondation de la Haute Horlogerie (FHH) lors d’un récent séminaire en ligne intitulé « L’industrie horlogère et le devoir de diligence en 2021 » tenu en collaboration avec des représentants du Responsible Jewellery Council (RJC) et de l’OCDE. Avec pour mission de promouvoir une horlogerie d’excellence responsable dans le monde, la FHH se propose en effet depuis 2018 de « sensibiliser, former et accompagner l’industrie horlogère et joaillière dans sa transition sociale et environnementale », selon les propos liminaires d’Isabelle Hildebrand, Sustainability Manager auprès de la FHH. Et les besoins sont loin d’être anecdotiques, comme le souligne l’Étude Deloitte 2020 sur le secteur horloger. Si 90 % des cadres interrogés pour la réalisation de cette enquête estiment que la durabilité est une question importante pour l’industrie horlogère suisse, « seule la moitié d’entre eux communique activement sur ses initiatives et moins d’un tiers publie un rapport sur la durabilité ». En face, 50 % des consommateurs sondés par Deloitte tiennent compte du facteur durabilité lors de l’achat d’une montre.

Toute stratégie visant à implémenter le devoir de diligence doit passer par un audit indépendant.

Dans cet environnement, impossible de ne pas tenir compte du soutien mondial croissant apporté aux approvisionnements responsables, comme le rappelait Louis Maréchal, Chef section minerais extractifs auprès de l’OCDE. Soutien qui passe notamment par un cadre légal et réglementaire de plus en plus contraignant, à l’exemple de la nouvelle législation européenne qui entrera en vigueur le 1er janvier 2021 sous la forme d’un règlement relatif aux minerais provenant des zones de conflit. Un règlement largement inspiré du Guide OCDE sur le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement responsables en minerais que Louis Maréchal est venu présenter. Objectifs : identifier et mieux gérer les risques sur la totalité de la chaîne logistique minière dans le but de promouvoir les investissements responsables dans les pays producteurs en tant qu’aides au développement durable. Sans entrer dans les détails d’un processus complexe et évolutif, il s’agit de mettre en place un système de gestion permettant d’identifier et évaluer les risques afin de pouvoir y répondre de manière adéquate. Toute stratégie visant à implémenter le devoir de diligence doit ensuite passer par les fourches caudines d’un audit indépendant et par l’étape finale consistant à rendre compte de l’exercice de manière formelle dans un rapport.

Accompagnement de la FHH

L’approche du RJC, soutenue par les acteurs de la branche, qui sont au nombre de 1’300 dans ses rangs, dont 152 en Suisse, repose sur le principe d’autorégulation, par opposition à un cadre légal contraignant tel que celui proposé par l’initiative pour des multinationales responsables qui sera soumise à votation populaire en Suisse le 29 novembre. Comme est venu l’expliquer Nawal Aït-Hocine, Strategic Advisor au RJC, la mission de son organisation consister à devenir « le standard de référence qui certifie les bonnes pratiques de la mine à la vitrine pour l’industrie horlogère et joaillière ». À cet effet, le RJC a travaillé sur deux approches complémentaires : le Code des pratiques (CoP), qui promeut la transparence et des pratiques responsables au sein de l’entreprise, et la Chain of Custody (CoC), qui instaure la traçabilité des approvisionnements en pierres et métaux précieux. Tout l’enjeu du devoir de diligence repose ainsi sur la transparence dans la chaîne d’approvisionnement à laquelle doivent tendre les différents acteurs de la branche. Et pour y parvenir, le RJC propose de suivre un processus d’implémentation qui n’est pas sans rappeler les étapes retenues par l’OCDE.

La FHH propose trois nouvelles formations dans le cadre de son accompagnement vers une horlogerie responsable.

Dans le but d’aider ses membres engagés dans cette voie, l’organisation vient d’ailleurs de mettre à disposition une « boîte à outils » spécialement conçue pour la chaîne d’approvisionnement des diamants et pierres de couleur. Dans le même ordre d’idées, la FHH propose trois nouvelles formations dans le cadre de son accompagnement vers une horlogerie responsable. À côté du cycle « Gold Essentials » dédié à toutes les facettes de la filière de l’or, elle propose ainsi une série de cours sous forme de séminaires en ligne visant à rendre autonomes les participants dans la mise en œuvre de la Chaîne de traçabilité (CoC) du Responsible Jewellery Council en vue d’une certification. Dès janvier prochain, « CSR Essentials » sera également disponible dans le cadre d’une sensibilisation aux enjeux de la responsabilité sociale des entreprises. Le mot de la fin à Deloitte : « L’évolution des exigences des consommateurs, le désir de l’entreprise elle-même de s’inscrire dans la durabilité et les médias sont autant de moteurs pour une plus grande transparence. » Le devoir de diligence n’est plus une option !

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