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Quand la passion des montres fait monter l’adrénaline
Points de vue

Quand la passion des montres fait monter l’adrénaline

Thursday, 07 June 2012
Par Danièle Chambas
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Danièle Chambas

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6 min de lecture

Julien Schaerer, directeur opérationnel auprès d’Antiquorum Genève depuis fin 2010, vient de boucler les deux ventes genevoises de printemps de la Maison de ventes aux enchères sur un résultat total de 13,8 millions de francs. Portrait.

À 37 ans, Julien Schaerer, expert et commissaire-priseur de la maison de ventes aux enchères Antiquorum, qu’il a rejointe en 2005, a déjà une longue carrière derrière lui pour avoir travaillé chez Sotheby’s, Phillips, de Pury & Luxembourg et Bonhams. Très calme et d’une redoutable efficacité, il avoue un amour immodéré pour les montres et les pendulettes Arts déco mais aussi pour les voitures anciennes. Entretien avec un homme cultivant l’art de vivre en toute simplicité.

Quand a débuté votre passion pour les montres ?

Julien Schaerer, directeur opérationnel, Antiquorum Genève : Dès ma naissance puisque mon père était déjà un collectionneur. Ma marraine m’a offert ma première montre, une Enicar, à 10 ans. Je l’ai d’ailleurs toujours. Puis, dès mes 16 ans, j’ai commencé à collectionner des Rolex en économisant franc par franc. Au même âge et pendant mon temps libre, je fonctionnais comme assistant pour les expositions de montres lors des ventes de Sotheby’s. J’ai continué ma collection avec la marque Tudor et plusieurs pendulettes Arts déco. Mon rêve, peut-être bien impossible : une pendulette mystérieuse de Cartier. Elles sont si belles !

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

Tout m’enchante. Il y a d’abord la rencontre avec les clients, les « previews » organisés dans le monde entier et ce contact quotidien avec des pièces d’horlogerie datant de 1650 à 2012. Je cherche d’ailleurs à affiner mes connaissances quotidiennement par la lecture des magazines spécialisés et par la visite des forums horlogers le week-end. Arrivent enfin les ventes aux enchères, l’aboutissement de plusieurs mois de travail.

Votre souvenir le plus émouvant ?

Ce fut la vente des objets ayant appartenu au Mahatma Gandhi, à New York en mars 2009. À la suite des pressions du gouvernement indien et jusqu’à la dernière seconde, nous ne savions pas si la vente aurait lieu ou non. Nous étions protégés par des agents du FBI, car nous avions reçu des menaces de mort sur le site internet. Autant dire que l’émotion était à son comble face à une salle tout aussi comble. Estimés entre 20’000 et 30’000 dollars, les célèbres lunettes rondes de Gandhi, sa montre à gousset Zenith, ses sandales en cuir et un bol sont partis pour la somme incroyable de 2,1 millions de dollars ! C’est dire l’importance du côté sentimental dans pareilles ventes aux enchères.

Et votre plus grande déception ?

Il s’agit du retrait, en novembre 2010 à Genève, des cinq Rolex « Oyster Perpetual » ayant appartenu à sir Edmund Hillary, le vainqueur de l’Everest. On a parlé de pressions du gouvernement néo-zélandais. En fait, ces pièces historiques nous avaient été confiées par sa veuve et seconde épouse lady June, mais les enfants de son premier mariage ont considéré qu’elles leur appartenaient. La veille de la vente, les montres ont dû être retirées. Elles auraient à coup sûr réalisé un score très haut, peut-être même un record. Elles sont aujourd’hui dans un musée en Nouvelle-Zélande.

Comment prépare-t-on une vente ?

Tout commence par un travail d’expertises lors duquel environ 80 % des pièces proposées par nos clients sont refusées. Parmi les 20 % restants, les deux tiers proviennent de collectionneurs qui vendent et achètent régulièrement. Le solde est proposé par des personnes qui nous confient leurs montres à Genève ou lors des journées d’expertise que nous organisons en Europe. Personnellement, je ne m’astreins à aucune préparation physique en vue du « marathon » que représente une vente qui peut durer jusqu’à huit heures. En revanche, pour la gorge et la voix, très sollicitées, je commence à sucer des pastilles deux jours avant la vente et je bois beaucoup d’eau. L’adrénaline fait le reste.

Le marché a-t-il beaucoup évolué ?

Grâce à Internet, les clients et les collectionneurs sont mieux informés. Ils connaissent la valeur des pièces, leur histoire. Ils lisent des revues spécialisées. Ils sont donc plus exigeants quant à la qualité, à la provenance et au prix des lots proposés. Depuis les années 1980, le marché a connu une constante progression, suivie de quelques réajustements en 2008, pour repartir à nouveau l’année suivante. À l’heure actuelle, le marché évolue rapidement et devient très sélectif. Les très belles pièces se vendent à leurs prix maximaux et celles se situant à des niveaux intermédiaires partent à des prix que l’on peut juger très corrects si la qualité est au rendez-vous. On remarque également que la clientèle chinoise est devenue plus difficile. Nous en avons fait l’expérience lors de la session de mai avec les montres de poche. Cela dit, en termes d’offres, il n’y a plus guère de place si l’on songe que Christie’s, Sotheby’s et Antiquorum organisent à elles seules une vingtaine de ventes par année.

Et les marques ?

Patek Philippe caracole en tête depuis plus de 20 ans ; Rolex suit d’un peu plus loin. Supplanter ces deux marques ? Impossible, car elles regroupent la plus importante communauté de collectionneurs. Suivent, avec d’autres, Vacheron Constantin, F.P.Journe, Audemars Piquet et Jaeger-LeCoultre.

Un conseil ?

Pas de précipitation ! Il vaut mieux acheter un modèle pas trop coté mais porter une attention particulière à sa qualité. Si le choix est bon, sa valeur va monter.

Quelle montre portez-vous ?

Une Rolex Daytona en acier, une 6263, qui fait donc partie de la première série de ces montres dont le premier modèle date des années 1960.

1975-2000 : naissance à Morges d’une mère anglaise et d’un père suisse. Études à Morges, Genève et Boston conclues par un BSBA en marketing
2000-2001 : employé dans le secteur publicitaire à New York
2001-2003 : expert horloger chez Phillips, de Pury & Luxembourg
2003-2005 : responsable du secteur horloger pour l’Europe chez Bonhams
2005-2007 : expert horloger chez Antiquorum New York
2007-2010 : directeur et commissaire-priseur chez Antiquorum New York
Depuis 2010 : directeur des opérations Antiquorum Genève

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