>SHOP

restez informés

Inscrivez-vous à notre newsletter mensuelle pour recevoir des infos et tendances exclusives

Suivez-nous sur toutes nos plateformes

Pour encore plus d'actualités, de tendances et d'inspiration

© 2019 - Copyright Fondation de la Haute Horlogerie Tous droits réservés

Quand le saphir sublime l’horlogerie
Modes & Tendances

Quand le saphir sublime l’horlogerie

mercredi, 11 septembre 2019
fermer
Editor Image
Marie Le Berre
Rédactrice indépendante

“Comment le temps fait-il pour tourner rond dans des horloges carrées ?”

Quino

« Porter à la connaissance du plus grand nombre des informations qui relèvent d’un secteur par trop méconnu. Vulgariser, au sens propre du terme. »

Lire plus

CLOSE
7 min de lecture

Difficile à travailler, le verre saphir bénéficie de développements récents qui permettent aux horlogers de jouer la transparence comme jamais auparavant, exemples spectaculaires à l’appui. Les plus grands défis ne sont toutefois pas ceux qui sautent aux yeux. La preuve avec MB&F.

Voilà maintenant près d’une dizaine d’années que le verre saphir prend de l’ampleur dans la composition des montres, en particulier dans celle des boîtiers avec des formes complexes, jusque-là inédites. Certes, les premiers boîtiers en saphir datent des années 1980, mais ils n’atteignaient pas le degré de sophistication de ceux des années 2010. Ils pouvaient être facettés mais pas sculptés comme aujourd’hui. On le sait, le matériau de type corindon est très dur – juste derrière le diamant sur l’échelle de Mohs – et très résistant aux rayures. Il présente en outre les avantages de la légèreté – comparable à celle du titane – et de la transparence, bienvenue pour qui cherche à faire valoir le génie horloger. Il est cependant des plus difficiles à travailler : usinage, polissage, perçage et assemblage constituent de véritables gageures.

Produire des boîtiers en saphir, c’est long, risqué et donc coûteux.

D’une manière générale, on part de plaques de saphir opaques que l’on meule avec des outils en diamant (enlèvement de poudre), un procédé bien plus long que le fraisage des métaux (enlèvement de copeaux), même si l’on trouve désormais des machines sophistiquées à 5 axes développées par certains spécialistes pour répondre à la nouvelle demande. Lors du polissage, lui-même de longue durée, il faut s’attendre à tomber sur des inclusions qui rendront certaines pièces inutilisables. Les risques augmentent avec les perçages et assemblages, car le verre saphir, sensible aux pressions, peut se casser à tout moment. Des pertes souvent importantes sont toujours à prévoir. Produire des boîtiers en saphir, c’est long, risqué et donc coûteux. Normal donc que la tendance reste limitée.

Quelques marques audacieuses

On s’accorde généralement à reconnaître le caractère pionnier de Richard Mille. La marque a fait sensation quand elle a présenté la RM 056 logée dans le premier boîtier maison tout en verre saphir en 2012. Elle a alors dévoilé au grand jour un champ de possibilités qu’elle n’a cessé d’explorer. Cette année encore, elle franchissait un nouveau cap avec le sertissage. Depuis 2015, d’autres ont commencé à investir ce créneau, notamment 4N avec la Sapphire Planet (2015), Hublot avec la MP-05 Laferrari Sapphire (2016), Rebellion avec la 540 Magnum Sapphire (2016), Bell & Ross avec la BR-X1 Chronograph Tourbillon Sapphire (2016), Greubel Forsey avec le Double Tourbillon 30º Technique Sapphire (2016), Armin Strom avec la Dual Time Resonance Sapphire (2019) et Girard-Perregaux avec la Quasar (2019). Dans ce lot, les degrés de complexité sont variables : on distinguera des formes et des constructions plus ou moins élaborées, avec des boîtiers monoblocs ou en plusieurs parties – jusqu’à 8 pour la Rebellion – et des assemblages plus ou moins contraignants, par collage, brasage (grâce à la possibilité de métalliser le saphir) ou vissage. Sauf que les réalisations les plus novatrices passent peut-être inaperçues… à l’exemple de celles qui ont été initiées par MB&F.

Chez MB&F, le saphir fait partie de l’ADN de la marque depuis ses origines.

Si le premier boîtier tout saphir signé MB&F ne date « que » de 2017, en l’occurrence l’Horological Machine No6 (HM6) Alien Nation, le matériau fait bel et bien partie de l’ADN de la marque depuis ses origines. Adepte de l’art cinétique, le fondateur, Maximilian Büsser, a toujours cherché à mettre en avant les particularités techniques de ses créations. L’histoire a commencé dès 2007, avec le lancement de la HM1 dotée de grandes glaces en forme de « 8 » sur le dessus et le dessous de la montre. Par la suite, le saphir a fait l’objet de recherches de plus en plus poussées, non seulement pour s’imposer comme matériau de prédilection dans les éditions Sapphire Vision – HM2 SV en 2008, HM6 SV en 2016 – mais aussi et surtout pour adopter des formes très particulières, en adéquation avec les designs maison.

HM6 Alien Nation, record du nombre de pièces en 2017 © MB&F
HM6 Alien Nation, record du nombre de pièces en 2017 © MB&F

Avec la HM3 Frog de 2010, MB&F a inauguré les dômes extrêmement incurvés, accentuant considérablement le problème de la transparence. Pour que le verre saphir soit parfaitement transparent, il faut que l’épaisseur soit partout identique, sans la moindre imperfection. Toute variation produit une déformation des pièces visibles au travers. On comprend aisément la difficulté d’obtenir un résultat irréprochable avec des courbes très prononcées. Le travail est d’autant plus délicat qu’il n’existe aucun instrument de mesure si ce n’est l’œil humain. Chez MB&F, chaque pièce est dûment scrutée avant utilisation.

Des problèmes de plus en plus épineux

Le problème est devenu plus épineux avec une pièce relativement discrète qui entrait dans la composition du boîtier de la HM4, dessiné d’après l’avion A-10 Thunderbolt, en 2010 également. Il s’agit de la section transparente, réalisée d’un seul tenant avec droites et courbes, qui entoure la construction à deux nacelles pour offrir une vision à 360° sur une partie du moteur. Le directeur technique, Serge Kriknoff, a dû parcourir le monde et a essuyé de nombreux refus avant de trouver le « friend » qui accepte de relever le défi consistant à produire la centaine de pièces nécessaires à la collection. Finalement, après hésitations, un Suisse a relevé le gant.

La HM6 Alien Nation de 2017, logée dans un boîtier tout saphir, est un concentré du savoir-faire de la Maison.

Problème plus épineux encore : la réalisation des petites gouttes bien incurvées qui recouvrent les deux balanciers de la HM9 de 2018. En fait, plus la dimension des rayons est petite, plus la réalisation et l’obtention d’une transparence parfaite sont difficiles. Jamais auparavant on n’était allé aussi loin. Précisons que la HM9 comporte sur le dessus un total de trois fenêtres en verre saphir subtilement différenciées : parois absolument régulières sur les côtés pour ne pas nuire à la perception des pièces en mouvement permanent, paroi convexe au centre pour produire un effet légèrement grossissant sur les composants fixes.

HM9, gouttes incurvées au-dessus des deux balanciers (2018) © MB&F
HM9, gouttes incurvées au-dessus des deux balanciers (2018) © MB&F

Par ailleurs, MB&F dispose d’un procédé d’assemblage exclusif pour les pièces en verre saphir collées. Comme beaucoup d’autres marques, elle utilise des pellicules Asulab, mais elle a développé des posages spécifiques, pour assurer une précision optimale, et un four novateur pour maîtriser à la perfection la force d’adhésion. Cela lui permet de préserver au mieux les composants et de réduire les risques de casse lors du collage ou du décollage, une éventualité à prendre en compte dans le cadre du SAV. La HM6 Alien Nation de 2017, logée dans un boîtier tout saphir, est naturellement un concentré de savoir-faire accumulés par MB&F depuis sa création. Outre son architecture spectaculaire, elle a battu un record en totalisant 12 pièces en verre saphir collées ou vissées. La production de ce vaisseau impressionnant habité d’aliens a été limitée à 4 pièces uniques.

Haut de page