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Quand l’horlogerie s’entiche des arts
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Quand l’horlogerie s’entiche des arts

Tuesday, 15 July 2014
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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6 min de lecture

L’horlogerie est-elle véritablement le 12e art. Si tel n’est pas le cas, elle n’en relève pas moins, sous une forme quasi déconnectée de sa fonction première, d’une « activité artistique » lui permettant de dialoguer avec les muses.

Pour les amateurs d’événements artistiques et culturels, le calendrier de ces trois derniers mois tel que proposé par les Maisons horlogères s’est révélé d’une richesse peu commune. Ainsi, on a pu assister au lancement de l’Art Commission d’Audemars Piguet lors du dernier Art Basel (lire L’invitation d’Audemars Piguet à l’art contemporain) ; partenaire officiel du Festival du film de Shanghai, Jaeger-LeCoultre y a organisé une vente aux enchères au profit de la croissance de l’industrie du cinéma chinois ; toujours à Shanghai, Girard-Perregaux a célébré son partenariat avec le futur musée de l’Académie des Arts et des Sciences du cinéma qui sera érigé à Los Angeles ; « grand mécène » des salles Louis XIV au Louvre, comme de la restauration achevée du Petit Trianon à Versailles, Breguet a fêté avec le plus grand musée du monde la réouverture tant attendue de ces galeries ; Jaquet Droz, « presenting partner » du Béjart Ballet Lausanne, conviait ses aficionados à deux représentations à Versailles ; à Paris, Vacheron Constantin organisait un dîner de gala en l’honneur de Brigitte Lefèvre, directrice de la Danse de l’Opéra national de Paris, dont la manufacture est le mécène depuis 2007 (lire Un dialogue permanent avec les courants artistiques).

Inutile de prolonger la liste, le dialogue entre art et horlogerie semble bien prendre place entre gens de « bonne compagnie ». Certains partenariats ou initiatives sont d’ailleurs déjà parties intégrantes du panorama culturel contemporain à l’instar de Chopard avec le Festival de Cannes, de Jaeger-LeCoultre avec la Mostra de Venise ou encore du Programme Rolex de mentorat artistique, qui « réunit les grands maîtres de sept disciplines et les associe avec de jeunes artistes au futur prometteur ». Un programme qui vise à « offrir une contribution significative à la culture mondiale » et qui, du côté mentorat, a notamment compté à son bord le musicien Youssou N’Dour, le cinéaste Martin Scorsese, l’écrivain Mario Vargas Llosa, la chorégraphe Trisha Brown ou encore l’architecte Peter Zumthor. On ne saurait davantage passer sous silence la Fondation Cartier pour l’art contemporain, qui a pris ses quartiers dans un bâtiment réalisé par Jean Nouvel à Paris ou, plus récemment, la M.A.D Gallery, ouverte en 2011 à Genève par MB&F en tant que lieu dédié à l’art cinétique. Une formule qui a fait mouche, désormais dupliquée à Taipei. Quant à Vacheron Constantin, outre ses divers engagements en faveur de la musique et des ballets, la Maison soutient depuis quelques années Les Journées européennes des Métiers d’art.

C’est ce changement de paradigme qui a sauvé l’horlogerie suisse.
« De l’art appliqué à l’horlogerie »

C’est précisément à ces disciplines que l’on pense immanquablement lorsque l’on évoque les tutoiements de l’horlogerie avec le monde des neuf muses. Depuis quelques années, les Maisons ont d’ailleurs fait preuve d’une rare inventivité, non seulement pour remettre au goût du jour des techniques ancestrales comme l’émail plique-à-jour, la peinture miniature ou le sertissage mystérieux, mais également pour révéler des pratiques inconnues en horlogerie comme la marqueterie de paille ou de fleurs pétrifiées, la plumasserie, la verrerie Mille Fiori ou le laqué japonais maki-é. Certaines se mettent même en quête des métiers inédits pour lesquels une manufacture comme Cartier dispose d’une équipe entière de découvreurs. À l’actif de ces défricheurs : la sculpture en camée d’agate, la granulation étrusque, la micromosaïque de verre, l’incrustation en Liquidmetal (Lire L’ivresse des métiers d’art). Mais cette maestria, certes de plus en plus poussée, fait-elle des garde-temps qui en sont les supports des objets d’art, voire des œuvres d’art ?

En parlant de montres mécaniques, Ludwig Oechslin, ancien directeur du Musée international d’Horlogerie de La Chaux-de-Fonds (Suisse), spécialiste autant que créateur de mouvements mécaniques complexes, met les choses en perspective : « Jusqu’à la crise des années 1970, l’horlogerie suisse tentait de convaincre le consommateur en mettant l’accent sur l’utilité et la précision des montres, explique-t-il dans un entretien donné à Swissinfo. C’est seulement après cette crise que l’on s’est rendu compte qu’il y avait un intérêt, une beauté dans la mécanique même de la montre et que l’on a commencé à en jouer. C’est ce changement de paradigme qui a sauvé l’horlogerie suisse. » Autant pour le ballet des « moteurs » mécaniques désormais admis au panthéon de l’esthétisme fonctionnel. Les métiers d’art viennent-ils donc ajouter ce supplément d’âme qui fait d’un garde-temps une pièce d’un art souverain ? Franco Cologni, directeur du Comité culturel de la Fondation de la Haute Horlogerie, n’en est pas persuadé : « Tout comme dans le théâtre, qui est un travail d’équipe, on retrouve dans les métiers d’art une contribution commune servant à faire d’une pièce un objet d’exception. Dans ce contexte, l’art horloger n’est pas de l’Art mais de l’art appliqué à l’horlogerie, c’est tout différent. »

L’horlogerie aux côtés de l’art contemporain...
En quête d’une forme d’absolu

La place qu’occupe désormais l’horlogerie au sein des Maisons de ventes aux enchères n’en est pas moins un signe patent de cette nouvelle aura, tout comme les prix stratosphériques atteints par certaines pièces. Ces deux dernières années, Christie’s a ainsi mis à l’encan huit Patek Philippe qui sont parties chacune pour plus de EUR 2 millions. On retrouve ainsi l’horlogerie aux côtés de l’art contemporain, des peintures de grands maîtres ou des antiquités gréco-romaines, pour schématiser. On en serait presque à oublier la fonction première de ces artefacts répondant pourtant à l’appellation de « garde-temps ». « Depuis les années 1970 et l’apparition du quartz, le mouvement mécanique est devenu techniquement obsolète, confiait à Europastar le fondateur de MB&F, Maximilian Büsser. On peut donc affirmer qu’à partir de ce moment la montre mécanique ne devrait plus être qu’un objet d’art, singulier ou édité en multiples exemplaires, comme le font les artistes. Mais, hélas, il n’y a pas assez de véritables égoïstes dans l’horlogerie, c’est-à-dire des gens qui pensent non pas en termes de marché mais avant tout à eux, à leur propre création, sans véritable souci de plaire ou de déplaire. »

Dans ce contexte, place à l’horlogerie d’art, celle qui sait allier technique et métiers d’art. Celle qui sait également « donner la parole » aux artistes comme l’a fait Greubel Forsey avec le microsculpteur Willard Wigan. De cette approche naissent des pièces certes exceptionnelles mais qui gardent forcément une connotation commerciale. Sans soulever le vaste débat consistant à savoir ce qui, intrinsèquement, fait l’artiste, à savoir la cote qu’il rencontre auprès du public ou sa faculté créatrice, force est de constater que l’horlogerie a répondu à la question à sa manière. Nulle Maison de la branche ne saurait concevoir pour la simple beauté du geste un objet qui ne réponde pas au désir profond d’amateurs, quand bien même ceux-ci sont en quête d’une certaine forme d’absolu dans la mesure du temps.

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