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« Qui ne nous veut pas ne nous mérite pas ! »
Points de vue

« Qui ne nous veut pas ne nous mérite pas ! »

mardi, 18 mars 2008
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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8 min de lecture
 

Interview « Qui ne nous veut pas ne nous mérite pas ! » Lorsqu’on lui demande pourquoi certaines marques prestigieuses ne soutiennent pas la mission de la Fondation de la Haute Horlogerie qu’il préside, Franco Cologni cite volontiers, comme une perche tendue, ce proverbe italien, soulignant que les valeurs horlogères à défendre méritent tous les combats. Qu’est- ce que la Haute Horlogerie ? Pourquoi la Fondation de la Haute Horlogerie (FHH) n’est-elle plus responsable du Salon international de Genève ? La FHH est-elle inféodée au groupe Richemont, raison pour laquelle nombre de marques refuseraient d’y adhérer ? Son président Franco Cologni fait le point.

Pour vous, quelle est la définition de la Haute Horlogerie ?

Franco Cologni : Pour moi, la Haute Horlogerie est une savante combinaison de culture et de savoir-faire, de tradition et d’innovation, de créativité et de réalisation dans le domaine d’activités spécifiques qu’est la réalisation de garde-temps à la technologie et l’esthétisme poussés. La différence entre horlogerie, belle horlogerie et Haute Horlogerie tient à ce que cette dernière implique une quête d’excellence et de perfections techniques et précieuses, deux domaines dans lesquels il est possible d’exprimer tous ses talents. On comprend donc très bien que ce ne sont pas les marques qui constituent le périmètre de la Haute Horlogerie mais bien leurs produits dans la mesure où les Maisons peuvent très bien être appelées à couvrir plusieurs segments de marché. Le rôle des marques et la mission de la Haute Horlogerie est de chercher à développer cette excellence en consentant les investissements nécessaires pour y parvenir. Si tel est le cas, une marque peut alors revendiquer être partie intégrante de la Haute Horlogerie technique et précieuse. Ce qui ne veut toutefois pas dire que l’ensemble de ses produits pourra s’y ranger.

Comment fonctionne la Fondation de la Haute Horlogerie dans cet environnement ?

Comme le pôle culturel de la Fondation n’a pas de ressources propres il se doit d’agir avec des partenaires. Les seuls bénéfices qu’elle touche proviennent finalement des activités qu’elle développe en faveur des marques de Haute Horlogerie lors de manifestations spécifiques. Et là, je suis bien obligé de parler de marques car il serait stupide de dire que la Fondation a des produits comme partenaires. Cela dit, les marques ont pour mission de défendre les valeurs propres à la Haute Horlogerie. C’est pourquoi la FHH a mis en place un périmètre de 56 marques qui ont fait preuve d’une telle volonté. Parmi ces 56 marques, 23 sont devenues nos partenaires directs et contribuent, en conséquence, au financement de la Fondation.

Pourquoi certaines grandes marques n’ont-elles donc pas adhéré à cette mission qui se voudrait pourtant commune à l’ensemble de la Haute Horlogerie ?

Nous pouvons très bien les nommer puisqu’il s’agit principalement de Rolex, Patek Philippe et des marques du groupe Swatch qui, si elles ont jusqu’ici fait preuve d’un intérêt de principe pour la Fondation, n’ont jamais manifesté une réelle intention d’en devenir partenaires. La raison en est simple : pour les dirigeants de ces Maisons, la marque est tout, les produits n’étant que son émanation, son expression. De plus, ils font preuve d’un certain orgueil en pensant ne pas avoir besoin de se référer à une culture, un savoir-faire communément partagé. En un mot, ils pensent comme Léonard de Vinci tout savoir et n’avoir besoin de personne. Cette situation est parfaitement atypique car dans la plupart des professions, les esprits éclairés n’hésitent pas à partager culture et connaissance. Fondamentalement, si je peux encore comprendre la primauté que ces Maisons horlogères accordent à la marque, je suis en revanche incapable de comprendre pourquoi elles ne voudraient pas faire figure de primus inter pares en partageant le sommet de l’art horloger suisse et en contribuant à son développement générique.

Rolex estime ne pas avoir besoin de faire partie de la Haute Horlogerie et se présente comme une marque de luxe. Patek se pense au sommet de la pyramide et regarde de là-haut les autres acteurs de la branche. Quant au Groupe Swatch, il affirme que toutes ses marques font partie de la Haute Horlogerie. Ce qui n’est peut-être pas totalement faux étant donné son rôle dans le sauvetage de l’horlogerie suisse durant les années 80. Mais enfin, je ne pense pas que l’on puisse comparer une Breguet avec une montre Swatch quand bien même cette dernière est le fruit d’une réelle prouesse technologique et industrielle. A mon avis, dans ce métier, il faut savoir faire preuve d’humilité pour en défendre l’éthique dans un souci de transparence. C’est une question de valeurs.

Dernièrement, vous avez fait savoir que le Salon International de la Haute Horlogerie acquérait son autonomie, alors que jusqu’ici la Fondation en était responsable. Pourquoi cette évolution ?

Pour assurer son financement, la Fondation a quand même dû développer des activités générant du profit. Carmina non dant panem, comme disaient les Latins (la poésie ne nourrit pas son homme, ndlr). En d’autres termes, nous avons développé des partenariats avec des Maisons qui ont des ressources financières. Une des tâches de la fondation est donc d’organiser des manifestations un peu partout dans le monde qui mettent en exergue les produits faisant partie du périmètre de la Haute Horlogerie. Ce sont des manifestations à la carte auxquelles les différentes marques sont libres de participer ou non. Cela dit nous nous sommes rapidement rendu compte que dans la mesure où ces Maisons investissent pour créer ce type d’événements, elles ont des droits et des devoirs par rapport à l’ensemble de la manifestation. En conclusion, la Fondation a décidé de ne plus mélanger son entité dite à but non lucratif, qui concerne la promotion du savoir et de la culture de la Haute Horlogerie technique et précieuse dans le monde, avec ses activités « commerciales » liées à ces manifestations. Dorénavant, ce sont donc les marques qui prendront les décisions qui s’imposent en ce qui concerne ces différents salons et expositions et la FHH les organisera selon ses disponibilités.

Cela explique pourquoi le Salon International de la Haute Horlogerie sera à l’avenir une manifestation dont la responsabilité incombe aux exposants réunis dans un comité nouvellement créé. La Fondation, quant à elle, en devient simplement l’organisateur. Dans cet ordre d’idée, on peut très bien imaginer un certain nombre de Maisons désireuses de mettre en place une telle manifestation venir à la Fondation et lui proposer de l’organiser. A priori, il n’y a aucune raison pour que nous refusions une telle offre. Pour preuve, si le Salon de Bâle nous invitait demain à collaborer culturellement à sa manifestation, en âme et conscience, nous répondrions favorablement parce que Baselworld abrite également des produits et des marques de Haute Horlogerie qui font honneur à la profession. Au-delà de cela, tout ce que l’on a pu entendre à propos du SIHH et de la Fondation, c’est beaucoup de bruit pour rien comme l’aurait dit Shakespeare.

On peut toutefois entendre que la Fondation a beaucoup de peine à s’affranchir du Groupe Richemont ?

Quand on met sur pied une fondation telle que celle-ci, on est obligé de pratiquer la politique des petits pas. Il y a un aspect de notre travail qui n’est pas sans rappeler Don Quichotte et Sancho Pansa partis pour lutter contre les moulins à vent. Don Quichotte n’a certes pas gagné la partie mais cinq cents ans plus tard, il fait toujours partie de la culture universelle alors que les moulins à vent, eux, ont pratiquement disparu. Je terminerai en citant le proverbe italien Qui ne nous veut pas ne nous mérite pas !

Je tiens quand même à préciser que si l’on cite volontiers Richemont dans notre entourage, cela tient essentiellement au fait que ce groupe a compris toute l’importance qu’il y a à investir dans la défense des valeurs de la Haute Horlogerie et continue à le faire de manière prépondérante. Cela dit, à la Fondation, nous sommes des personnes ouvertes, à l’image de notre Journal. Alors si vous avez envie de faire passer un message, prenez la plume, écrivez-nous. Nous nous en ferons l’écho.

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