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Richemont : ces cinq années qui ont tout changé
Economie

Richemont : ces cinq années qui ont tout changé

Wednesday, 03 July 2013
Par Quentin Simonet
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Quentin Simonet

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8 min de lecture

En un lustre, Richemont a doublé ses ventes et son bénéfice. Le groupe de luxe établi à Genève, qui fête ses 25 ans d’activité, voit les plus belles pages de son épopée encore à écrire.

C’est certainement avec la satisfaction du devoir accompli que Johann Rupert, président du groupe Richemont, peut partir en année sabbatique. Les bases du Groupe sont des plus solides, les résultats proprement hallucinants et les perspectives on ne peut plus réjouissantes, quand bien même des soubresauts conjoncturels à venir ne sont pas à exclure. Mais que de travail, de ténacité et d’abnégation, à tel point que le président du numéro 2 mondial du luxe a senti le besoin de souffler un peu, d’élargir ses horizons ! Une idée de son emploi du temps chronophage ? C’est en découvrant son agenda rempli une année à l’avance qu’il aurait pris la décision de son congé, a-t-il expliqué lors d’une conférence avec les analystes. Un seul exemple : à son ami qui lui a suggéré un voyage au championnat du monde de rugby, il dut répondre par la négative en raison d’un trop-plein de réunions ! Autant pour l’anecdote. Une chose est sûre toutefois, une fois rasséréné, Johann Rupert reviendra aux affaires, plus vaillant que jamais. Dans une année. Peut-être bien courte.

Bienvenue dans la troisième dimension

Une rétrospective sur cinq ans permet en effet de réaliser à quel point le groupe sis à Bellevue, dans le canton de Genève, a changé de dimension pour entrer dans une nouvelle ère. Comme d’autres acteurs du luxe, il a certes bénéficié de l’essor du marché pour les produits de qualité et de l’appétit presque insatiable des pays émergents à leur égard, Asie en tête. Rares sont toutefois les compagnies du secteur à pouvoir afficher de tels résultats, des résultats qui affolent les compteurs. En cinq petites années, les ventes et les bénéfices de Richemont ont quasiment doublé. Le chiffre d’affaires est passé de EUR 5,418 milliards à EUR 10,150 milliards, soit une progression de 87 %. La joaillerie pèse désormais 51 % de l’ensemble, l’horlogerie 27 %, Montblanc 8 % et les autres activités 14 %. Dans la région Asie-Pacifique, la progression s’est révélée encore plus réjouissante avec des ventes qui ont explosé à EUR 4,16 milliards contre EUR 1,47 milliard en 2009. L’an dernier, la Chine et Hongkong ont réalisé à eux seuls EUR 2,6 milliards de chiffre d’affaires.

Le bénéfice net a suivi la même courbe ascendante. De EUR 1,07 milliard en 2009, il a atteint EUR 2,005 milliards sur l’exercice 2012-2103 achevé fin mars. Plus impressionnant encore, le bénéfice d’exploitation d’un groupe comptant en son sein les Maisons Cartier, IWC, A. Lange & Söhne ou encore Panerai et Jaeger-LeCoultre a tout simplement atteint des sommets. Il est passé de EUR 968 millions à EUR 2,426 milliards sur le dernier exercice, soit une croissance de 150 % pour une marge opérationnelle de 24 %. Celle du pôle Joaillerie donne tout simplement le vertige pour s’inscrire à 35 %. Deux fois mieux que Nestlé.

Plus de 1'000 boutiques

Au risque d’une comparaison incongrue, on peut désormais dire que Richemont est un empire où le soleil ne se couche jamais. Du moins ses rayons commerciaux touchent l’ensemble de la planète. En effet, elle possède dorénavant pour ses marques, dont Roger Dubuis, Piaget ou encore Van Cleef & Arpels, plus de 1’000 boutiques monomarques en propre ou en franchise à travers le monde. Ce réseau génère désormais 54 % de l’ensemble des ventes du Groupe. À l’inverse, le chiffre d’affaires réalisé par les détaillants ne pèse plus que 46 %. Un écart qui risque encore de se creuser puisque les ventes des premières ont progressé de 17 % l’an dernier, contre 12 % pour le réseau traditionnel, qui pesait encore 54 % dans les comptes du Groupe il y a cinq ans. Les actions ont connu une fortune similaire. Sur 25 ans, ajustées d’une vaste réorganisation en 2008 (séparation des activités tabac et luxe) et de différents fractionnements du titre, elles sont passées de CHF 2,20 le 12 octobre 1988 à CHF 74,50 à fin mars 2013. Il y a peu, le titre atteignait un record absolu de CHF 93,10 à la bourse suisse.

Un quart de siècle de transformations

Si la demi-décennie écoulée a été exceptionnelle en tous points, force est de constater que le Groupe avait déjà semé les graines de son succès durant les années précédentes. À l’occasion des 25 ans de la compagnie, Johann Rupert est d’ailleurs revenu sur les points forts de cette odyssée tels que détaillés dans le rapport annuel 2012-2013. Sur trois pages, il en relate les moments clés avec, à ses origines, la création du groupe Rembrandt en Afrique du Sud par Dr Anton Rupert. Un groupe actif dans le tabac, les services financiers, le vin, les spiritueux, les mines d’or comme de diamants et, déjà, le luxe. Le groupe Richemont sera créé à la suite du spin-off de tous les avoirs non sud-africains. En septembre, la Compagnie financière Richemont voit ainsi le jour à Zoug avec des participations minoritaires dans Cartier Monde (47 %) et Rothmans International (30 %). Ce dernier possédait de son côté des parts également dans Cartier et Alfred Dunhill, lui-même investi dans Montblanc et Chloé. Coté à la bourse de Zurich, le Groupe, emmené par Johann Rupert en tant que président exécutif, pesait alors CHF 2,9 milliards de capitalisation boursière et présentait ses comptes en livres sterling.

L’année suivante, c’est la reprise des 30 % de Rothmans aux mains de Philip Morris. En 1993 survient la première restructuration avec la séparation entre Rothmans et les activités luxe regroupées dans Vendôme Luxury Group (VLG), qui dispose dans son portefeuille de Cartier, Chloé, Karl Lagerfeld, Sulka, Montblanc, Baume & Mercier, Piaget, Dunhill et Hackett. En 1994, le fabricant de fusils de chasse haut de gamme Purdey vient rejoindre cette grande famille. La diversification financière se poursuit également avec l’achat de 15 % dans Canal+, transformé en 3 % de Vivendi en 1999. Des parts revendues au prix fort.

Côté horlogerie, le Groupe reprend Vacheron Constantin en 1996, suivi une année plus tard d’Officine Panerai. Expansions, restructurations et consolidations se poursuivent en parallèle dans le tabac. En 1998, Richemont s’empare des 30 % qui lui manquaient encore dans VLG. Rothmans fusionne avec British American Tobacco pour devenir le numéro 2 mondial du secteur. Richemont, qui en détient 35 %, décide de se concentrer sur le luxe. Ainsi, le groupe acquiert 60 % de Van Cleef & Arpels, puis 100 % en 2003. Une année auparavant, Richemont s’implante à Genève. Les Manufactures horlogères de Mannesmann tombent aussi dans son escarcelle. Ce qui ajoute les marques Jaeger-LeCoultre, IWC et A. Lange & Söhne. Un investissement de CHF 3,08 milliards. « Cette acquisition est une étape stratégique majeure pour Richemont, qui renforcera sa position parmi les premiers fabricants mondiaux de montres de luxe. » Le Groupe ne pouvait mieux dire.

Le quartier général du groupe Richemont à Bellevue © Richemont
« Un marathon de sprints successifs »

En 2008 intervient la scission des activités du Groupe en une division luxe en Suisse et un véhicule d’investissement au Luxembourg, Reinet, recouvrant les intérêts dans le tabac. La société n’en oublie pas pour autant d’élargir ses activités avec, en 2007, une prise de participation dans la maison de couture Azzedine Alaïa et, plus récemment, l’acquisition de Net-a-porter.com, premier détaillant en ligne d’articles de mode. En 2008 toujours, Richemont inaugure son nouveau siège à Bellevue, aux portes de Genève. La manufacture d’horlogerie Minerva, Roger Dubuis et le fabricant de boîtes Donzé-Baume viennent aussi rejoindre les rangs, parmi d’autres.

« C’était un marathon de sprints successifs », souligne Johann Rupert. Et c’est exactement l’impression que cela donne. Un quart de siècle de croissance, de transformations et de verticalisation de la production. Et le président de préciser aussitôt : « Ce n’est pas la fin de l’histoire de Richemont. » Sous-entendu : les plus belles pages restent encore à écrire. Et de citer le slogan ou précepte de Vacheron Constantin, l’une des marques du Groupe : « Faire mieux si possible, ce qui est toujours possible. » Tout un programme pour les co-CEO Richard Lepeu et Bernard Fornas, qui devraient permettre à Johann Rupert de dormir sur ses deux oreilles durant son année sabbatique.

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