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Robert Redford, l’homme qui ne supporte pas la frime au...
Histoires de montres

Robert Redford, l’homme qui ne supporte pas la frime au poignet

vendredi, 02 novembre 2018
Par Frank Rousseau
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Frank Rousseau

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9 min de lecture

Malgré le poids des ans, l’éclat de ses yeux bleus n’a rien perdu de son intensité. Vêtu d’un jean délavé, Robert Redford possède encore cette autorité naturelle qui distingue les « grands » du cinéma. Entretien.

D’une simplicité désarmante, l’ex-cowboy de Butch Cassidy, l’inoubliable ermite de Jeremiah Johnson, le réalisateur humaniste d’Au milieu coule une rivière et L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux ne s’embarrasse pas de sa légende. Il ne pense surtout plus au temps qui passe. Encore moins à l’âge de 82 printemps. Du galop d’un de ses pur-sang à la trotteuse de sa première montre, il n’y avait finalement qu’un pas !

Vous souvenez-vous de votre première montre ?

Oui, c’était un cadeau de ma mère. Quand j’avais 11 ans, les docteurs ont constaté que j’avais une légère polio. C’était avant la découverte du vaccin Salk, le premier vaccin contre la poliomyélite. Mon cas était bénin, contrairement à d’autres gosses infortunés qui vivaient dans une sorte de poumon d’acier. Bref, il m’a fallu plusieurs semaines avant que je me rétablisse et, pour me récompenser, ma mère m’avait offert une montre militaire avec une boussole. Elle m’avait dit : « Tu vas en avoir besoin, nous allons séjourner dans le parc de Yosemite. Tu as besoin de changer d’air. » La vision de ces arbres, de ces rivières, de ces cascades a été comme une grande claque. J’ai tout de suite compris que je n’étais définitivement pas un gars des villes. J’ai enfin constaté assez rapidement que cette nature était convoitée et qu’on allait à court terme la sacrifier pour des raisons bassement économiques ou immobilières. Il était vital pour moi de m’opposer à cette société de consommation, vouée à un développement sauvage.

Robert Redford
Robert Redford

Et encore, à l’époque, les déséquilibres n’étaient pas aussi importants que ceux d’aujourd’hui. C’est pour ça que je reste plus que jamais impliqué dans la protection de la nature. À quoi bon faire des enfants si nous ne pouvons rien leur laisser ? Vous savez, j’ai grandi dans une ville-champignon à Los Angeles. Une ville qui m’étouffait, dans tous les sens du terme. Pour me permettre d’évacuer mes toxines, ma famille m’emmenait donc au parc de Yosemite ou dans les déserts environnants. Sur place, je suis tombé amoureux de la nature et j’ai appris à la connaître. J’avais déjà à l’esprit l’idée d’acheter un jour une terre dans les montagnes de l’Utah pour y élever des chevaux. L’intérêt que je porte aux “Natives” (les Indiens, ndlr) est venu par la suite, car j’étais révolté par l’attitude du gouvernement à leur encontre. Je pense, entre autres, aux réserves ou à la politique de ghettoïsation. Mon engagement s’est encore accentué quand j’ai constaté que nos dirigeants privilégiaient la course à la productivité au détriment de la nature. Cette politique à court terme, cette incapacité à se projeter dans l’avenir et à mesurer les conséquences de nos actes me heurte profondément.

Et la montre en question, vous l’avez encore ?

Hélas non, j’ai 82 ans et tellement d’eau a coulé sous les ponts ! La montre en question était très simple. Elle n’avait rien d’une montre de luxe. Mais je la regrette encore.

Vous souvenez-vous de votre première belle montre ?

C’était le cadeau d’une femme quand je vivais à Paris. En 1956, après quelque temps passé dans une université du Colorado, j’ai décidé de suivre l’enseignement des Beaux-Arts à Paris. Ce voyage a été un sacré électrochoc. Je découvrais mon propre pays sous un angle nouveau. C’est à cette époque que je me suis rendu compte que mes compatriotes étaient plutôt imbus d’eux-mêmes…

Je déteste ce qui est cliquant.
Robert Redford
Que demandez-vous à une montre ?

Qu’elle soit sobre, déjà, je déteste ce qui est cliquant. Je ne supporte pas la frime au poignet. Je n’achète pas une montre parce qu’elle me positionne socialement mais pour me donner l’heure. J’admire cependant la belle ouvrage, le savoir-faire, l’innovation et la qualité du travail. Je sais indéniablement reconnaître une montre réalisée dans l’amour de l’art et le respect de certaines traditions par rapport aux « trucs » vite faits, qui tombent en rade très rapidement. Ce que j’aime dans les métiers liés à l’horlogerie, c’est qu’ils sont peuplés de gens passionnés qui ne comptent pas leurs heures. Un comble lorsqu’on évolue dans ce milieu.

En tant que réalisateur, on vous dit obsédé du détail. Une approche très suisse, finalement…

Quand vous avez un budget à gérer, vous ne pouvez pas vous permettre d’être futile. C’est vrai que j’aime la précision. Tenez, par exemple, pour L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, j’ai passé en revue quelque chose comme 300 ranchs dans le Montana. Pour camper cette histoire, je voulais une propriété située à côté d’une rivière avec un certain type de configuration. Cela m’a pris six mois pour le trouver. Alors si vous qualifiez quelqu’un qui recherche la perfection de… maniaque, alors oui, j’en suis certainement un.

De toutes celles que vous avez portées à l’écran, quelle est la montre que vous avez le plus appréciée ?

J’ai bien aimé la Rolex Sub 1680 que mon personnage portait dans Les Hommes du Président. Pour le myope que je suis, c’était un « plus » de pouvoir lire l’heure grâce à des aiguilles bien visibles.

Enfant, on ne cessait de vous répéter que vous n’étiez pas beau. Quand avez-vous compris que votre plastique allait au contraire vous ouvrir des portes ?

J’ai mis du temps à accepter que je n’étais pas si laid que ça ! (rires) Au départ, c’était flatteur. Jusqu’à ce que je comprenne que l’on mettait en avant davantage mon apparence physique que mon travail. Fatalement, cela a fini par me peser. Je me sentais comme prisonnier de cette image. Du coup, j’ai voulu m’en défaire. Je ne prêtais plus attention au descriptif que l’on faisait de ma personne. J’ai varié les rôles parce que je ne désirais pas que l’on m’enferme dans une niche.

Quels sont les accessoires « fashion » indispensables aux yeux de Robert Redford ?

Une écharpe en laine pour ne pas attraper froid et pour le look intemporel. Une montre « classique » qui vous donnera l’heure même si je suis toujours en retard ! (rires) Si possible taillée pour l’action et mon mode de vie rustique. Une montre de plongée, par exemple. Une paire de lunettes d’aviateur, là aussi avec une forme classique pour être sûr de traverser les époques. Non pas pour frimer mais pour essayer de passer inaperçu et surtout pour préserver mes yeux lorsque le soleil se réverbère sur la neige. Les miens sont bleus et par définition très sensibles.

Que faites-vous pour tuer le temps ?

Tellement de choses ! Tout d’abord, je vis dans l’Ouest américain. Dans les montagnes. Mon temps libre, je le consacre à des activités proches de la nature : monter à cheval, faire de la randonnée, de l’escalade. Je possède aussi une propriété à Santa Fe, au Nouveau-Mexique. La région est superbe. Là-bas, le ciel est dégagé et dépourvu de toute pollution. Vous n’avez aucune usine. Juste le ciel, la terre et un horizon à perte de vue ! Je pense qu’il y a tellement à apprendre de la nature ! Quand je marche dans les montagnes de l’Utah ou dans le désert du Nouveau-Mexique, je prends le temps d’écouter le bruit d’un ruisseau ou d’un animal. Souvent, je m’émerveille en voyant des fleurs éclore ou des abeilles butiner. J’ai besoin de ce contact avec la nature, car il me permet de compenser la dureté du monde dans lequel nous vivons.

Qu’est-ce qui est sacré pour vous ?

Le luxe de pouvoir arriver en retard sans avoir à me justifier ! (rires)

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