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Romain Gauthier le magicien
Portraits

Romain Gauthier le magicien

vendredi, 08 juillet 2016
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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9 min de lecture

Patient mais obstiné, talentueux mais travailleur, créateur horloger mais aussi sous-traitant, Romain Gautier s’est forgé à la force du poignet. Son portrait prolonge notre série des artisans-créateurs contemporains. Ceux qui proposent une autre approche de la mesure du temps d’un coup de… baguette magique.

« Les gens vont commencer à vraiment s’intéresser à Romain Gauthier à partir du moment où la marque aura une présence mondiale. » Sous-titrée, cette déclaration prononcée d’emblée par le maître des céans ne saurait être plus claire : la présence mondiale de Romain Gauthier est d’ores et déjà programmée. Question de temps ! Et du temps, Romain Gauthier en a à revendre, pourrait-on dire. Concrètement, avec des montres qui forcent le respect, mais également avec cette patience propre aux obstinés. Car si Romain Gauthier a pu prendre ses quartiers il y a deux ans dans des ateliers flambant neufs au Sentier, dans cette Vallée de Joux qui l’a vu naître, c’est à force de ténacité et d’une minutieuse orchestration. Celle qui lui a permis d’imposer son nom parmi les représentants de la nouvelle horlogerie, ces artisans-créateurs qui, aujourd’hui, renouvellent le genre comme les Truffaut, Godard ou Chabrol l’ont fait avec la Nouvelle Vague du cinéma français à la fin des années 1950.

Romain Gauthier a pris ses quartiers sur un site construit à sa mesure au Sentier, en plein cœur de la Vallée de Joux © Fred Merz
Romain Gauthier a pris ses quartiers sur un site construit à sa mesure au Sentier, en plein cœur de la Vallée de Joux © Fred Merz
L’anglage, une religion

Chez Romain Gauthier, les ateliers ont ainsi l’aspect du neuf, tout en fleurant bon l’huile de machine. Car s’il est une particularité propre à cette Maison, c’est qu’une bonne partie des 700 m2 de surface disponible est occupée par les machines à commande numérique, centres d’usinage et autres appareillages d’horloger. En d’autres termes, à part quelques pièces comme le spiral, le ressort de barillet ou la roue d’échappement, Romain Gauthier, avec ses 23 collaborateurs, est capable de tout produire, de tout usiner pour ce qui est des composants de ses garde-temps. Et avec un savoir-faire qui a largement contribué au développement de son entreprise. Mais ne brûlons pas les étapes. Une visite à l’étage s’impose avant toute évocation du passé. C’est précisément là que les montres de la marque se matérialisent entre les mains des horlogers après avoir passé entre celles des experts en finition. Une étape cruciale chez Romain Gauthier, pour qui la terminaison est un art, une forme d’apothéose de la science mécanique. Que l’on en juge : 20 heures de travail pour un pont de barillet, une semaine et demie pour un kit pont-platine. Autant dire que, chez Romain Gauthier, tout compromis a été à jamais banni du vocabulaire technique de la Maison, où l’anglage est devenu une véritable religion. Question de valoriser à sa juste mesure le travail fait à la main, composante incontournable de la Haute Horlogerie.

Ce souci du travail bien fait, qui doit toujours tendre vers la perfection, est une constante chez Romain Gauthier. Après un CFC (Certificat fédéral de capacité) en mécanique de précision, puis un diplôme de Technicien constructeur option machine obtenus à l’École technique de la Vallée de Joux, il fait ses premières armes chez François Golay, où il va développer le département naissant de décolletage. Il y restera neuf ans, non sans obtenir un MBA décroché à l’École de management et de communication de Genève en parallèle à ses activités professionnelles. L’avenir sourit aux audacieux et, pour Romain Gautier, il semble des plus prometteurs. À tel point que chez François Golay, aujourd’hui propriété du Swatch Group, on pense sérieusement à lui pour reprendre les rênes de l’entreprise. Romain Gauthier a toutefois d’autres idées en tête. « C’est vrai que je me suis investi dans cette société comme si c’était la mienne, explique-t-il. Mais cela faisait longtemps déjà que je travaillais à la réalisation de mon propre mouvement horloger, dont j’avais d’ailleurs présenté les plans à la direction. » Bien consciente que Romain Gauthier n’endosserait donc pas l’habit du dauphin, celle-ci, bonne joueuse, va lui permettre d’utiliser son parc machine durant les heures d’arrêt pour lui permettre d’usiner ses pièces. Cela lui prendra deux ans. Deux ans pour réaliser sa Prestige HM, un modèle heures-minutes bien né puisque, dès les premiers réglages, la montre fonctionnait déjà à pleine et entière satisfaction.

Avec une production de 80 pièces en 2016, Romain Gauthier apporte un soin tout particulier à la finition de ses mouvements et à la précision de ses calibres © Fred Merz
Avec une production de 80 pièces en 2016, Romain Gauthier apporte un soin tout particulier à la finition de ses mouvements et à la précision de ses calibres © Fred Merz
Parrainage d’exception

Inutile de dire qu’avec ce garde-temps on est loin de la génération spontanée. Car chez Romain Gauthier, il est question essentiellement de planification, jamais de hasard. N’avait-il pas réalisé son travail de MBA précisément sur le lancement d’une start-up horlogère ? En 2005, la théorie devient réalité avec la création de Romain Gauthier SA. La Prestige HM est sur le rail. Finalisée en 2006, elle est présentée l’année suivante à Baselworld. Sous l’œil attentif d’un certain Philippe Dufour, celui-là même que d’aucuns présentent comme le « pape » de l’horlogerie contemporaine. Autant dire qu’avec un tel « parrainage » les auspices auraient difficilement pu être meilleurs. Ils n’ont d’ailleurs pas menti. Première présence bâloise, premiers succès sous la forme de commandes fermes pour la Prestige HM. « Durant toute cette phase de lancement, Philippe Dufour m’a beaucoup aidé et conseillé, poursuit Romain Gauthier. Y compris pour la distribution en facilitant les contacts avec le groupe singapourien The Hour Glass. Par la suite, il a pris ses distances. Ce qui est tout à fait normal. Je devais prendre mon envol. »

Pas question toutefois pour le jeune chef d’entreprise de tenter une navigation à vue. D’autant plus que ses premières montres sont loin de constituer un socle suffisamment solide pour assurer la viabilité de l’entreprise. Et comme Romain Gauthier n’est pas homme à transiger quant à l’autonomie de son propre atelier – « l’indépendance stimule la créativité », aime-t-il à rappeler –, c’est en exploitant les compétences liées à son premier métier qu’il va donner une chance à sa propre marque. En d’autres termes, la production de composants a très vite constitué le nerf de sa démarche. « Quand je me suis mis à mon compte, j’ai eu assez rapidement mes premières commandes. Avec les avances, j’ai pu financer l’achat de ma première machine. Et puis les copains d’école engagés auprès des marques se sont également adressés à moi pour des pièces spéciales, difficiles à usiner que, finalement, peu d’ateliers sont capables de réaliser. » Cette spécialisation va rapidement valoir à Romain Gauthier une réputation des plus flatteuses dans l’univers de la Haute Horlogerie. Jusqu’au jour où un certain Chanel toque à la porte. La Maison parisienne, qui commence à travailler avec l’horloger, est à ce point conquise par son travail qu’elle va chercher non seulement à sécuriser son approvisionnement, celui-là même que l’on retrouve dans la toute récente Monsieur, mais également à donner à Romain Gauthier les moyens financiers de ses ambitions. Une prise de participation minoritaire s’ensuit. Au tournant de la décennie, Romain Gauthier entre dans la quatrième dimension.

Conquête au programme

Si le développement de l’atelier de production est une chose, essentielle, celui de la gamme des montres signées Romain Gauthier en est une autre. Il faudra donc attendre 2012 pour qu’un deuxième modèle, la Prestige HMS avec petite seconde et cadran ajouré, soit présenté. Et encore une année pour l’apparition de la Logical One, une montre dotée d’un mécanisme à force constante de type fusée-chaîne, visible côté cadran avec le couple balancier-spiral, et d’un système de remontage par poussoir. La réserve de marche est visible au dos. Avec un tel garde-temps, qui a fait l’objet de quatre dépôts de brevet et qui remportait en 2013 le Prix de la complication pour homme lors du Grand Prix d’Horlogerie de Genève, Romain Gauthier donnait la pleine mesure de son talent d’horloger : « Je dois bien avouer que ce prix obtenu il y a trois ans a eu une énorme signification pour moi. Je l’ai pris comme une forme d’aboutissement qui m’a conforté dans la voie que je m’étais tracée. »

Reste donc pour Romain Gauthier à conquérir le monde. Avec 6 clients pour un carnet de commandes à saturation côté atelier de production et la vente assurée de quelque 80 montres sur l’ensemble de l’année, soit une activité horlogère qui représente désormais les deux tiers des ventes, la Maison tourne à plein régime. Objectif à moyen terme : stabiliser les volumes annuels autour d’une centaine de pièces, exclusivité oblige, avec une meilleure répartition géographique, la balance penchant actuellement nettement vers l’Asie. Un nouveau modèle « unisexe » est d’ailleurs en préparation, tandis que commencent à s’affirmer les trois styles de la Maison – Freedom, Exception et Heritage –, qui se différencient selon l’habillage des trois modèles en collection. À n’en pas douter, l’alchimie Romain Gauthier est devenue une réalité horlogère.

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