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Salanitro, le joaillier qui séduit les Maisons de Haute Horlogerie

jeudi, 29 août 2019
Par Flavia Giovannelli
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Flavia Giovannelli

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9 min de lecture

Entreprise genevoise incontournable dans la création joaillière, Salanitro fournit depuis une trentaine d’années les plus grands noms de la Haute Horlogerie. Avec un flair infaillible concernant les tendances qui se dessinent et un souci de la première heure en matière d’éthique et de développement durable. Portrait.

C’est un antre secret, camouflé dans des bâtiments de béton gris anonymes, quelque part près du Port franc de Genève, quartier en pleine transformation. À l’intérieur et sur plusieurs étages, vision hallucinante, s’y camoufle une véritable manufacture doublée d’ateliers artisanaux. Chez Salanitro, on compte ainsi pas moins de 38 CNC dernier cri et 190 collaborateurs, dont 80 sertisseurs qualifiés, voire hyper qualifiés. Partout, mais en toute discrétion, la sécurité est maximale : des coffres sont en effet disséminés dans les dizaines de pièces et sur tous les étages, contenant les montres à sertir ou parfois même fabriquées sur place, pour près de 40 marques clientes faisant partie de la crème de la Haute Horlogerie. Dans ce secteur, Salanitro est capable de tout proposer : la création à partir d’une esquisse papier, la fabrication, le prototypage, la taille et le sertissage des pierres rondes ou de forme, le polissage, le rhodiage, le montage, le contrôle qualité et les réparations. En gros, toute la chaîne est assurée, à l’exception du mouvement.

De la banque à la pierre

En parcourant les étages de 1’500 m² par niveau, on n’en revient pas de ce navire de guerre qui impressionne chaque visiteur. Mais certainement pas le maître des lieux. « Chaque fois qu’un client prend le temps de voir comment nous travaillons, je sais qu’il sera totalement rassuré et le plus souvent que sa commande va être réévaluée à la hausse, sourit Pierre Salanitro, la cinquantaine décontractée. Pour ma part, c’est très naturel d’évoluer en ces lieux, car j’ai vu l’entreprise grandir au fil des ans. » Au départ, rien ne prédestinait toutefois Pierre Salanitro à prendre cette voie. Il fréquentait en effet les couloirs feutrés d’une banque quand le hasard l’amène dans un petit atelier de sertissage. Une révélation ! Il va y apprendre ce deuxième métier en dehors de sa journée professionnelle « normale » pour finalement décrocher son certificat de sertisseur. La crise horlogère des années 1980 l’envoie bien au chômage, mais l’expérience se transforme en opportunité. Il n’a alors pas d’autre choix que de s’établir à son compte.

Aujourd’hui, Salanitro est devenu une référence aux yeux des professionnels.

Les débuts sont modestes mais la croissance régulière, si bien que rien ne le fera dévier de sa route : ni les difficultés conjoncturelles, ni la concurrence. Aujourd’hui, Salanitro est devenu une référence aux yeux des professionnels. Comment l’expliquer ? Sans doute par un niveau d’exigence sans concession qui a conduit le chef d’entreprise à devancer les attentes des clients. Côté design par exemple, il a su accompagner l’évolution dans les matériaux avec de plus en plus de marques osant sertir d’autres métaux que l’or comme l’acier ou la céramique. Leur appétit pour des pierres de couleur est une autre envie qu’il saura satisfaire. Son bureau de Bangkok a par exemple déjà livré un set de pierres de couleur parfaitement conditionnées pour remplir le cahier des charges d’une pièce de Haute Horlogerie confiées à ses bons soins. Mais de qui parle-t-on ? En bon fournisseur, Pierre Salanitro ne donne évidemment pas le nom de ses clients, mais les modèles qui défilent sont sans équivoque aux yeux des connaisseurs.

L’éthique avant tout

Parmi ses nombreux talents, on relèvera aussi sa force de proposition. Le partenariat tripartite conclu avec Hublot et un ami propriétaire d’une mine dans l’État de Paraíba au Brésil est à ce titre exemplaire. « Lorsque j’ai eu la chance de visiter cette mine et de découvrir comment en sont extraites les tourmalines Paraíba, je me suis dit que c’était une opportunité à saisir pour développer un projet exclusif, résume Pierre Salanitro. Cette pierre, aux magnifiques reflets turquoise chatoyants nés de la fusion d’or, de manganèse et de cuivre est très rare. D’où son prix très élevé. Pour donner un ordre de grandeur, on trouve en moyenne une tourmaline Paraíba pour 10’000 diamants. Pour toutes ces raisons, il n’est possible de passer que de très petites commandes. »

J’ai senti depuis longtemps que les clients allaient être de plus en plus exigeants en matière d’éthique.
Pierre Salanitro

Tel a bien été le cas avec la Hublot Big Bang Paraíba, présentée à Genève en janvier dernier. Comme attendu, ce modèle a rencontré un énorme succès, d’autant que cette pièce répond à tous les critères éthiques. La mine au Brésil est en effet conforme à toutes les certifications des plus grands laboratoires de gemmologie au monde de par ses procédés d’extraction respectueux de l’environnement. De plus, ses exploitants sont engagés dans la reforestation de la région. C’est d’ailleurs ce qui amène Pierre Salanitro à évoquer son combat pour renforcer les critères éthiques de la profession. « J’ai senti depuis longtemps que les clients allaient être de plus en plus exigeants dans ce domaine et que cette tendance allait se renforcer », explique-t-il. En conséquence, Salanitro est devenu l’une des rares entreprises de la branche à avoir obtenu une double certification (lire ci-dessous).


Pierre Salanitro, militant de la transparence

Vous venez d’obtenir la double certification RJC. En quoi cela consiste-t-il ?

Pierre Salanitro : Ce sont deux certifications internationales majeures. Notre entreprise est l’une des toutes premières en Suisse à les avoir obtenues, ce dont nous sommes particulièrement fiers. La « Chain of Custody » est délivrée par un organisme incontournable, le Responsible Jewellery Council (RJC), en matière de traçabilité de l’or, du platine et du palladium. Introduite en 2012 seulement, cette certification n’a été accordée qu’à 114 entreprises dans le monde. La seconde, le « Code of Practices », délivrée également par le RJC, concerne surtout le respect de normes en matière de travail et d’environnement. Cette certification, nous l’avons obtenue en 2012, reconduite deux fois depuis.

Pourquoi une telle démarche ?

Par intime conviction ! De nos jours, la pression du public s’accentue. Les clients s’interrogent sur les dessous des métiers de la joaillerie. Ils veulent que les montres qu’ils portent soient produites dans des conditions éthiques et respectueuses de l’environnement. Ils souhaitent donc être rassurés par une plus grande transparence. Pour ma part, je n’ai pas attendu que cette tendance se manifeste. Cela fait longtemps que je suis sensible à ces questions qui vont prendre de plus en plus de poids, j’en suis persuadé.

Concrètement, quels efforts impliquent ces deux certifications ?

Pour la certification Code of Practices, obtenue pour la première fois il y a sept ans et renouvelée depuis, j’y ai dédié une équipe pendant sept mois, même si nous partions déjà avec un certain nombre d’acquis. Il nous fallait surtout formaliser nos pratiques. Un auditeur indépendant du RJC est ensuite venu sur place pour procéder à des contrôles poussés et à des entretiens individuels et collectifs. À lui de décider ensuite s’il y a des procédures correctives à introduire ou si tout est en règle. En résumé, c’est une vraie démarche de fond qui implique un investissement lourd dans tous les sens du terme. De plus, la certification n’est pas délivrée « à vie ». Le processus doit ainsi être reconduit tous les trois ans. Quant à la certification qui concerne la chaîne de traçabilité, il faut s’assurer que toute sa filière fournit un or propre.

Comment est-ce possible avec des mines disséminées aux quatre coins du monde ?

Nous ne travaillons qu’avec des partenaires affineurs qui sont en Suisse et qui sont eux-mêmes certifiés pour travailler uniquement avec des extracteurs agréés, eux-mêmes certifiés… Et ainsi de suite.

Pour les pierres de couleur, un label ?

Non, pas pour l’instant. La situation est plus compliquée, car selon les pierres l’origine renvoie à plusieurs mines, souvent plus petites, moins organisées et réparties un peu partout dans le monde. Actuellement, on peut déjà en garantir la traçabilité, et je m’y emploie grâce à mon bureau de Bangkok. Mais je souhaite aller encore plus loin. Mon but est d’ailleurs d’être précurseur en la matière en poussant vers une certification spécifique aux pierres de couleur. J’ai déjà commencé à en parler avec les interlocuteurs concernés, notamment des experts du RJC et d’autres partenaires qui sont sur la même longueur d’ondes que moi.

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