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Simple comme une montre classique
Points de vue

Simple comme une montre classique

mercredi, 20 juillet 2016
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Alexey Tarkhanov
Journaliste, architecte et critique d’art

“La montre marche grâce à la force de la passion humaine.”

« L’horlogerie est beaucoup plus une mécanique du monde qu’une mécanique de la mode. »

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6 min de lecture

Quel est votre premier réflexe en temps de crise ? Le classicisme, comme un gilet de sauvetage dans une mer d’incertitude ? Le journaliste et critique d’art Alexey Tarkhanov*, lui, choisit le retour aux valeurs sûres.

Quand j’achète une montre classique, j’ai l’impression d’acquérir une valeur sûre, une œuvre intemporelle qui passera les décennies sans prendre une ride et que je léguerai à la nouvelle génération, comme le prédisent les sages. Au fait, il me faudra bien un fils ? En attendant, quelle surprise ! Je me rends vite compte que les montres classiques ont évolué. C’est peut-être la même marque et la même collection, mais ce n’est plus du tout la montre de mon père. Tempora mutantur et les garde-temps classiques font de même. Ils se transforment, parfois aussi vite que les montres les plus avant-gardistes. Impossible de ne pas le voir : dans la simplicité, les changements sautent aux yeux.

En des temps reculés, chaque marque avait son propre calibre.
La mode du calibre manufacture

Première modification : les dimensions. La montre classique pour homme de 38 mm n’existe plus. Aussi avons-nous cédé cette taille aux femmes pour adopter un 41 mm de bon aloi, voire plus. Les 44 mm et même 47 mm de diamètre sont passés dans le langage horloger courant. Le cadran a suivi la même tendance en abandonnant son charme discret des années 1960. Les aiguilles, les chiffres, les index sont plus grands, plus accentués, quand ils ne sont pas en relief. Quant à la traditionnelle boîte en acier, elle a cédé sa place à de nouveaux matériaux, des alliages sophistiqués plus précieux que l’or. Dans le même ordre d’idées, le bon vieux Plexiglas est passé à la trappe, remplacé par des verres saphir plats ou bombés.

Longines La Grande Classique automatique: « Le nom de cette montre classique est presque tautologique. Grâce au cousinage d’ETA, la marque de Swatch Group maintient un niveau de prix imbattable. »

La différence est encore plus marquée en ce qui concerne les mouvements. En des temps reculés, chaque marque avait son propre calibre. Et puis l’horlogerie suisse dans son ensemble s’est entichée de standardisation en adoptant peu ou prou les mêmes mouvements, livrés sous forme d’ébauches. Aujourd’hui, nous sommes revenus à la situation antérieure où nombre de Maisons développent leur propre calibre de base, même celles qui, à l’époque, ne s’y intéressaient guère. Car c’est de luxe authentique que l’on parle, un luxe onéreux, surtout pour le client.

Baume & Mercier Classima 10216
Baume & Mercier Classima 10216 : « La belle montre classique ronde avec un calibre automatique visible à travers le fond saphir. La masse oscillante du mouvement porte le logo de la maison. Mais pas question d’y placer un mouvement manufacture. Merci, Baume & Mercier ! »
Le sésame du « fait maison »

Dans ces conditions, il est tout simplement impossible de rater ces différences. L’envolée des prix se charge d’ailleurs bien de nous le rappeler. Voilà encore un sujet d’interrogation. Selon les marques, le renchérissement de ces garde-temps se justifie pleinement par la présence d’un calibre manufacture plus cher à produire. En conséquence, je débourse le double, voire plus, pour une montre de la même marque que celle de mon père, classique, comme elle. Et qu’est-ce que j’obtiens en échange ? Un garde-temps doté d’un calibre similaire aux bons vieux ETA, peut-être même moins fiable puisque pas encore rodé ? Imaginons un garagiste qui vous vend une Fiat au prix d’une Ferrari. « Pourquoi un tel prix ? » seriez-vous en droit de demander. Réponse du garagiste : « C’est à cause du moteur, monsieur. Je l’ai fait moi-même ! »

Frederique Constant Horological Smartwatch
Frederique Constant Horological Smartwatch: « Sous le cadran classique de cette Horological Smartwatch se cachent des capteurs reliés au smartphone par connexion Bluetooth. Voilà donc une montre en guise d’équipement médical qui aide à mesurer la qualité du sommeil comme l’activité physique. »

Il faudrait être masochiste pour donner son accord et ouvrir grand son portefeuille. Et ce n’est pas fini. Avec l’arrivée des montres connectées, on pourrait bien y voir une nouvelle astuce pour renchérir des modèles on ne peut plus communs, en y ajoutant quelque élément non horloger comme un porte-monnaie électronique ou un communicateur. Vous recevrez alors une montre à quartz, dotée d’une puce électronique intégrée qui vous donne accès aux domaines skiables ou permet de verrouiller les portières de votre voiture. En avez-vous vraiment besoin ? Rien n’est moins sûr, si l’on reprend l’exemple de notre garagiste. Il pourrait très bien en rajouter une couche en vous disant que la voiture que vous allez acquérir fait d’excellentes crêpes.

La complexité se cache sous l’image innocente d’un objet des plus classiques.
Pour les James Bond de pacotille ?

Que faut-il comprendre avec ce type de produit. Est-ce que l’on vous propose une montre équipée d’une puce ou une puce logée dans une montre ? Dans le même ordre d’idées, on pourrait très bien imaginer les smartwatches comme les derniers gadgets de science-fiction, de vrais objets futuristes. Mais, dans la plupart des cas, elles se présentent sous la forme de montres plutôt classiques avec un cadran rond. Voilà qui est étrange et me fait penser aux smartphones qui dupliquent les cadrans téléphoniques sur leurs écrans. La complexité se cache sous l’image innocente d’un objet des plus classiques. Tout comme la montre de James Bond, en fait, à la seule différence qu’une smartwatch n’est que le prolongement de votre téléphone portable, parfaitement inutile lorsqu’il s’agit de tuer les méchants ou de dézipper la robe des filles.

Si vous demandez aux designers, ils vous expliqueront que c’est pour répondre aux goûts du jour qu’ils modifient les cadran, lunette et calibre des montres classiques. En réalité, leur métier est un vrai travail de camouflage. Quand les temps sont bons, ils doivent faire passer les reliques du passé comme des nouveautés et, quand tout va mal, ils s’échinent à maquiller les nouvelles montres à l’ancienne. Avons-nous donc d’autre choix, en achetant une montre classique, que d’acheter un garde-temps qui n’est peut-être même plus classique, quand il s’agit bien d’une montre ?

* Alexey Tarkhanov, architecte de formation, journaliste et critique d’art, travaille à Paris comme correspondant permanent du quotidien Kommersant (Russie). Il écrit régulièrement pour Vogue, GQ, Condé Nast Traveller, Robb Report, Forbes.

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