>SHOP

restez informés

Inscrivez-vous à notre newsletter mensuelle pour recevoir des infos et tendances exclusives

Suivez-nous sur toutes nos plateformes

Pour encore plus d'actualités, de tendances et d'inspiration

© 2019 - Copyright Fondation de la Haute Horlogerie Tous droits réservés

« Swiss made », entre rêve et réalité
Economie

« Swiss made », entre rêve et réalité

lundi, 16 avril 2012
Par Quentin Simonet
fermer
Quentin Simonet

Lire plus

CLOSE
6 min de lecture

Le projet Swissness, qui prévoit de hausser à 60 % la valeur d’origine suisse des produits industriels helvétiques, vient de franchir une étape importante au niveau politique. Parmi les horlogers, le débat fait rage, d’autant que l’objectif est de pousser le seuil à 80 % en ce qui concerne les montres mécaniques.

La révision de la loi sur la protection des marques, appelée aussi « Swissness », qui règle la part de la valeur d’origine helvétique indispensable aux produits industriels pour obtenir l’appellation « Swiss made », a franchi une étape importante. Après le vote du Conseil national – la chambre du peuple –, qui l’a acceptée d’un souffle, il incombe désormais au Conseil d’État – la chambre des cantons – de la traiter. Quoi qu’il advienne, la Fédération horlogère (FH) ne se contentera pas d’un Swiss made à 60 % pour les montres mécaniques. L’association faîtière, tout comme la majorité de ses membres, veut pousser la barre à 80 %. Avec comme objectif de supprimer les abus et d’offrir davantage d’authenticité au client.

« Les cartes sont entre nos mains »

Pour Philippe Merk, directeur général d’Audemars Piguet, « il s’agit de protéger et faire fructifier les connaissances uniques, l’ingéniosité et le savoir-faire artisanal développés au fil des années dans le pays ». Selon Jérôme Lambert, patron de Jaeger-LeCoultre, il en va de la préservation et de l’avenir de l’ensemble de la branche : « Il faut tout mettre en œuvre pour éviter un éventuel appauvrissement de notre tissu industriel. Les cartes sont entre nos mains. »

En un mot, le Swiss made doit retrouver tout son prestige. L’intention de la FH soulève toutefois plusieurs problèmes, dont celui des boîtes de montre, pour n’en prendre qu’un seul. La Suisse n’en produit pas assez et les meilleures, les plus complexes, ne sont souvent disponibles qu’à l’étranger. « C’est la réalité ! Ces produits viennent pour la plupart de l’Extrême-Orient », lance Peter Stas, propriétaire des marques Frédérique Constant, qui milite pour une législation ne concernant que le mouvement, là où se situe réellement le savoir-faire helvétique. D’autres sociétés horlogères partagent ce point de vue, comme l’entreprise Mondaine. Au total, elles sont une trentaine, regroupées dans l’association IG Swiss made, à faire front contre le renforcement des critères. Par lâcheté ou par peur de mesures de représailles, elles refusent toutefois de dévoiler leur identité. Ce qui n’aide pas à la transparence dans un dossier où tout le monde brandit ses arguments comme une véritable arme de survie.

Il viendra bien un jour où les clients chinois se rendront compte que tout n’est pas fait en Suisse.
Accords bilatéraux avec l’UE en cause

Selon un autre patron horloger, le renforcement de la loi, que ce soit à 60 % ou 80 % en termes de valeur suisse devant être incluse dans les garde-temps, ne modifiera pas la donne. En l’état, il n’y a jamais eu de contrôle dans les entreprises. Il est donc à craindre que les abus, ceux-là mêmes que les fameux 80 % veulent combattre, se poursuivront. Éric Loth, patron de la société horlogère neuchâteloise Graham, s’exprime par une boutade : « Il viendra bien un jour où les clients chinois se rendront compte que tout n’est pas fait en Suisse. » Et le réveil risque d’être brutal. Un autre CEO rencontré à Baselworld s’interroge : « Les clients sont-ils intéressés seulement par cette thématique ? Je crois qu’ils achètent surtout une marque, pas une appellation. »

Un avis que ne partage cependant pas l’ensemble de la profession. Est-ce à dire que le nouveau Swiss made ne fait parler de lui qu’à l’intérieur du pays ? Pas si sûr. La France a déjà mis en garde ses « amis suisses » qu’elle restera très vigilante sur la question, pour bien s’assurer que les décisions helvétiques soient conformes aux accords bilatéraux en vigueur. En d’autres termes, elle s’opposera à toute mesure jugée protectionniste de la part de la Suisse. Et à un taux de 80 % pour les montres mécaniques, l’Hexagone a déjà fait savoir que la donne irait trop loin. La nouvelle mouture du Swiss made n’a décidément pas fini de faire parler d’elle. Surtout dans le milieu de gamme, segment où les valeurs demandées sont le plus difficiles à obtenir sans explosion des prix.

« L’heure est à l’action »

Éric Loth lance toutefois une idée qui a le mérite d’interpeller. On le sait, la Suisse profite largement du savoir-faire d’entreprises horlogères sous-traitantes basées en France, à quelques kilomètres de la frontière suisse. Pourquoi ostraciser ces fournisseurs, essentiels à l’industrie suisse, pour lesquels il n’existe généralement pas d’alternative ? Ne ferait-on pas mieux de les intégrer dans le processus ? Ne serait-il pas plus honnête, vis-à-vis du client final, de créer une sorte de cluster horloger suprarégional, alliant les compétences et l’excellence helvétiques à la production française ? Il va sans dire que cette proposition n’a aucun avenir, en dépit d’un monde de plus en plus globalisé. Elle ne sera même pas débattue par la profession puisqu’elle va justement à l’encontre de l’idée même du renforcement du Swiss made.

L’appel solennel lancé en début d’année par Jérôme Lambert en offre une parfaite illustration. D’après lui, l’horlogerie helvétique jouit d’une position unique, d’un vrai monopole de fait qui lui confère une rente de situation inimaginable dans tout autre secteur. À la base, l’horlogerie suisse peut ainsi se prévaloir de facteurs concurrentiels intangibles comme son histoire, sa culture et son savoir-faire séculaire. « Même avec de gigantesques investissements, il est impossible pour d’autres nations de pouvoir rivaliser, explique-t-il. C’est un patrimoine qu’il faut préserver à tout prix. D’où l’absolue nécessité de renforcer les critères du Swiss made pour asseoir davantage encore ses valeurs, ses racines et son ancrage local. » Et de poursuivre : « L’heure n’est plus à la diabolisation de ceux qui hésitent mais à la prise de conscience globale et à l’action. » À l’union sacrée, en quelque sorte, de celles à même de sublimer l’horlogerie suisse.

Haut de page