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Tank de Cartier : un siècle d’histoire (I)
Histoire & Pièces d'exception

Tank de Cartier : un siècle d’histoire (I)

jeudi, 31 août 2017
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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6 min de lecture

Ce n’est peut-être pas la toute première montre-bracelet de l’histoire horlogère, mais c’est probablement celle qui a traversé les âges avec un allant et une grâce qui en font une pièce d’exception, miroir de son temps et de la Maison qui l’a vu naître. La Tank de Cartier a 100 ans !

Dans le monde horloger, les montres ont un âge. Ou du moins les plus célèbres d’entre elles, dont les anniversaires sont d’ailleurs soulignés à grand renfort de superlatifs. Mais contrairement au genre humain, qui prend les rides pour des « outrages du temps », le grand âge des montres est d’autant plus glorifié qu’il donne une profondeur aux Maisons qui ont su en maintenir tout le pouvoir de séduction. La vague actuelle du vintage ne dit pas autre chose. Mais si cet engouement un rien nostalgique se concentre sur des modèles dont les plus « vieux » datent des années 1950, on ne saurait oublier que la montre-bracelet est nettement plus ancienne, synonyme d’une révolution horlogère qui a ses « héros ». Parmi eux, Louis Cartier, créateur de la Tank, une montre commercialisée en 1919 dont le centenaire fêté cet automne met en relief l’extraordinaire destinée. Dessinée à Paris mais également à New York et Londres, produite par les horlogers les plus audacieux du moment, portée par un nombre de célébrités dont la liste est sans fin, cette montre est devenue un symbole non seulement de longévité mais également de design et de savoir-faire. Elle incarne 100 ans d’histoire horlogère, 100 ans d’histoire Cartier.

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Louis et Jacques Cartier, Jean-Marie del Moral © Cartier

Avec la Tank, Louis Cartier n’en était pas à son coup d’essai, loin de là. À la tête d’une Maison fondée par son grand-père en 1847, déjà illustre pour ses créations joaillières, il a très tôt senti le besoin de développer une horlogerie Cartier. Pas question toutefois de reproduire uniquement les schémas hérités des anciens voulant qu’un garde-temps soit fixé à une chaîne et protégé dans un gousset. Les montres de poche faisaient bel et bien partie du catalogue de la Maison, mais, en homme féru de technique et ouvert aux idées nouvelles, Louis Cartier a bien senti tout le potentiel créatif d’un objet à arborer au poignet. D’autant que les progrès réalisés pour fiabiliser les mécanismes horlogers ouvraient en grand la porte à des développements freinés seulement par la force de l’habitude et le maintien de la tradition. En ce sens, la rencontre avec Edmond Jaeger sera capitale. La réputation de cet Alsacien d’origine installé à Paris depuis 1880 n’était plus à faire. Passé maître dans la réalisation de montres extra-plates et de chronomètres de marine, il travaillait en étroite collaboration avec la Maison LeCoultre installée au Sentier, berceau de l’horlogerie suisse, et dirigée par Jacques-David dès 1906. Ce premier triumvirat allait faire merveille, d’une durée autrement plus longue que celui de la Rome antique, scellé par contrat pour une bonne trentaine d’années.

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Montre-bracelet Santos-Dumont, Cartier Paris 1912
La Tank et ses familles

C’est en 1904 que Louis Cartier concrétise pour la première fois ses idées horlogères « iconoclastes » avec la Santos, un garde-temps qui, avec le recul, peut être considéré comme la première montre « moderne ». Imaginée pour son ami Alberto Santos-Dumont, pionnier de l’aviation, elle devait être immédiatement lisible durant ses temps de vol, donc conçue d’emblée pour être portée au poignet. Cette pièce représente ainsi l’un des tout premiers modèles de montre-bracelet à usage civil. Elle sera finalement commercialisée en 1911, après la Tonneau apparue en 1906 et à peu près en même temps que la Tortue, soit deux montres-bracelets de forme qui accompagnent progressivement la montée en puissance d’une horlogerie plus fonctionnelle. Mais le meilleur est à venir. Il s’exprimera pleinement en 1919 avec la présentation de la Tank, un modèle à remettre dans le contexte culturel de l’époque marqué notamment par la fondation la même année du Staatliches Bauhaus à Weimar, institut des arts et métiers à l’influence prépondérante.

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Tank originelle de 1919, Cartier

En fait, c’est trois ans plus tôt que Louis Cartier avait eu l’intuition originale de cette montre. Au lendemain de la bataille de la Somme, l’une des plus sanglantes de la Première Guerre mondiale remportée par les alliés, il avait en effet découvert avec la plus grande curiosité les illustrations des tanks britanniques, armes décisives lors du conflit tenues parfaitement secrètes jusque-là. En extrapolant en deux dimensions la silhouette de ces blindés faits de deux gigantesques chenilles encadrant un corps central, il obtint une montre où la prolongation des brancards du boîtier offrait une solution idéale aux attaches du bracelet tout en formant un ensemble à la géométrie aussi élégante que fonctionnelle.

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Tank Cintrée, Cartier

La Tank était née, avec les codes horlogers qui vont imposer le style de la Maison Cartier : chiffres romains rayonnants, aiguilles pomme en acier bleui, minuterie chemin de fer et une pierre précieuse de taille cabochon au remontoir en guise de clin d’œil joaillier. Le mouvement était évidemment un calibre Jaeger de neuf lignes, Edmond Jaeger qui avait également mis au point quelques années plus tôt le système de boucle déployante, dernière singularité de cette Tank de 1919. Une montre « de son temps » qui va connaître un succès immédiat, comme en attestent les registres de la Maison.

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Tank L. C., Cartier

Le succès est d’ailleurs tel que le modèle va rapidement connaître ses premières déclinaisons avec la Tank Cintrée (1921) épousant par son galbe la forme du poignet, puis la Tank L.C. pour Louis Cartier aux angles adoucis et la Tank Allongée (1922), toutes deux affirmant leur identité via un allongement progressif du boîtier. La même année, c’est encore la Tank Chinoise qui est lancée, renouant avec la forme carrée agrémentée d’encorbellements aux quatre coins de la montre. Ces cinq premières « familles » de la Tank, qui vont être suivies par d’autres modèles profitant des avancées techniques comme la Tank Étanche (1931) ou de la demande du marché comme la Tank à Guichet (1928) ou la Tank Réversible (1932), démontrent la pertinence d’une montre destinée à conquérir le monde.

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