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« Too swiss to fail »
Economie

« Too swiss to fail »

mercredi, 04 juillet 2012
Par Quentin Simonet
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Quentin Simonet

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5 min de lecture

Le président de la Fondation Genève Place Financière, Bernard Droux, s’est adonné à une analyse comparative entre les secteurs bancaire et horloger helvétiques.

À première vue, cette assertion, « too swiss to fail », pourrait paraître quelque peu anecdotique. Or, il n’en est rien. Surtout que la phrase est bien sentie, percutante, originale et va au-delà du seul effet d’annonce, résumant en quatre mots toutes les valeurs patrimoniales que la banque et l’horlogerie helvétiques sont censées partager. Un as du marketing n’aurait pas fait mieux dans le cadre d’une campagne publicitaire. Mais elle met aussi en exergue un abîme de différence alors qu’a priori ces deux activités reposent sur les mêmes fondements culturels, voire identitaires.

La victoire de l’économie réelle ?

Jeudi 28 juin, invité dans le cadre de l’assemblée générale de la Fédération de l’industrie horlogère suisse à Soleure, le président de la Fondation Genève Place Financière, Bernard Droux, s’est ainsi adonné à une analyse comparative entre ces deux piliers de l’économie helvétique. Selon le spécialiste, par ailleurs associé gérant de la banque privée Lombard Odier & Cie, ces deux branches sont donc « too swiss to fail ». C’est-à-dire trop helvétiques pour faire faillite. Une allusion directe au fameux « too big to fail », expression associée jusqu’ici exclusivement au monde bancaire. Rappelons que cette dernière pseudo-évidence, voire fausse certitude étant donné qu’une telle théorie n’a jamais été prouvée empiriquement, a conduit au renflouement d’UBS à hauteur de CHF 60 milliards par les autorités fédérales en 2008. Au motif qu’une faillite du numéro 1 bancaire suisse aurait fait peser un risque systémique sur le pays. Ce sont des réflexions similaires qui ont conduit au sauvetage de plusieurs établissements financiers aux États-Unis.

L’horlogerie porte haut les couleurs, les valeurs, les qualités de la Suisse à l’étranger.

Pour l’occasion, le banquier Bernard Droux a passé en revue les points communs comme les différences entre les deux secteurs. Force est toutefois de constater que les secondes l’emportent clairement sur les premiers, question de réputation. L’horlogerie porte haut les couleurs, les valeurs, les qualités de la Suisse à l’étranger. A-t-on jamais trouvé meilleur ambassadeur de l’excellence helvétique ? À l’opposé, les banques pataugent toujours dans le discrédit. Même Bernard Droux a dû l’admettre : « Le secteur financier a un souci d’image. On est fier de sa montre suisse, mais personne ne se vante d’avoir un compte en Suisse. » Dura veritas, sed veritas.

Les valeurs de l’éthique

Inutile de s’apitoyer sur les difficultés que traversent les banques suisses en cette période troublée, résultat finalement d’un cheminement que l’horlogerie s’est jusqu’ici bien gardée de suivre. Faut-il y voir une nouvelle confirmation de l’hégémonie nécessaire de l’économie réelle sur les mirages financiers ? À n’en pas douter, le concret de la mesure du temps, le rêve qu’elle sait vendre et les savoir-faire qu’elle porte au pinacle font merveille. Mais rien n’est jamais acquis, comme le rappellent la crise du quartz et le tremblement de terre qu’elle a provoqué en Suisse dans les années 1970 et 1980. À noter au passage que, malgré ce « too swiss to fail », le secteur n’avait pas bénéficié à l’époque des largesses de la Confédération, et donc du contribuable, comme ce fut le cas pour certaines banques il y a quatre ans. Résultat : des dizaines de milliers d’emplois sont passés à la trappe, plongeant les vallées horlogères dans l’insécurité et la récession.

Autre différence notoire : si les horlogers suisses ont péché par omission, ne sentant pas venir le vent de l’innovation du quartz pour se reposer sur leurs lauriers, ils ne se sont pas pour autant livrés à des activités douteuses. Contrairement à certains banquiers, ils peuvent circuler librement aux États-Unis, un marché où tout reste encore à faire. C’est que, dans les vallées horlogères, l’éthique garde une importance qu’on ne saurait (trop) sacrifier sur l’autel du profit à court terme. L’horlogerie s’inscrit dans la longévité. Le temps instruit. La banque, elle, doit se réinventer. Malgré ou peut-être bien en raison des nombreuses situations de crise qu’ils ont su traverser, les horlogers ont toujours été en mesure de relever les défis technologiques, structurels ou conjoncturels auxquels ils ont été confrontés. Aux banques désormais de prouver qu’elles sont vraiment dignes de faire partie du club « too swiss to fail ».

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