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Tout l’attrait des valeurs du luxe
Economie

Tout l’attrait des valeurs du luxe

lundi, 25 mai 2020
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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Avec une forte décote depuis les hauts de févier, les actions des compagnies du luxe listées en Bourse ont tout le charme d’excellentes opportunités d’investissement. Avec un atout de poids en leur faveur : une solidité de bilan en guise de vaccin anti-coronavirus.

En termes bousiers, le premier vers de Joachim Du Bellay « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage » pourrait se traduire par « Heureux qui comme Crésus a investi au plus bas ». Toute la « science occulte » du financier est là. Et tient en peu de mots : acheter au plus bas et vendre au plus haut, en sachant que de telles prédictions relèvent généralement du vœu pieux. Il n’empêche, il existe bel et bien des circonstances exceptionnelles où une telle maxime prend un relief particulier. Circonstances que la planète entière est en train de vivre et qui se sont immanquablement traduites par un effondrement des valeurs boursières, du moins dans un premier temps, en raison de la débâcle économique engendrée par la pandémie du coronavirus.

Les analystes financiers sont aujourd’hui à même d’apporter un peu de baume au cœur.

Inutile de se lancer dans cette litanie apocalyptique dont se repaissent les oiseaux de mauvais augure, toujours prompts à dénoncer les excès du passé pour se donner raison. Il est bien évident qu’on ne saurait se réjouir d’une situation qui voit le chômage exploser, les entreprises chanceler et la facture enfler, celle de la relance dont le fardeau sera tôt ou tard présenté aux générations futures. On sait également que la reprise sera longue et difficile, mais n’a-t-on pas plus à cœur de parler reprise et d’en guetter les signes, voire de les anticiper ? C’est précisément là qu’interviennent les analystes financiers, pas toujours appréciés de ceux qui œuvrent dans l’« économie réelle », mais qui, aujourd’hui, sont bel et bien à même d’apporter un peu de baume au cœur après un premier trimestre calamiteux.

Paré pour la tempête

Les trois premiers mois de l’année ont en effet un goût amer pour les dirigeants des compagnies du luxe avec un recul des ventes de l’ordre de 15 % chez Kering et LVMH, voire de 18 % chez Richemont, nettement moins élevé chez Hermès, qui s’en sort avec – 6,5 %. Si le deuxième trimestre s’annonce encore largement pénalisé en raison du confinement, le ciel devrait commencer à se dégager en seconde partie d’année. En attendant, il n’est pas inintéressant de se pencher sur les comptes du groupe Richemont clos à fin mars pour son année fiscale 2019-2020, les seuls résultats financiers détaillés dont on dispose à ce jour qui incluent les premières répercussions du virus. Or on se rend compte que, lissé sur un an, le premier choc de la pandémie a été plutôt bien absorbé.

Les ventes annuelles du Groupe ressortent en hausse de 2 % à € 14,24 milliards.

Si le Covid-19 a coûté 6 % du chiffre d’affaires de Richemont, les ventes annuelles du Groupe n’en ressortent pas moins en hausse de 2 % à € 14,24 milliards. Rien de dramatique du côté des Maisons horlogères, en baisse de 4 % à € 2,4 milliards, alors que la joaillerie, actuel fer de lance du Groupe, enregistre encore une progression de 2 % à € 7,2 milliards. C’est au niveau opérationnel que le bât commence à blesser avec une baisse de 22 % à € 1,5 milliard, imputable essentiellement au coronavirus, tandis que les investissements se poursuivent notamment au niveau des activités en ligne du Groupe. Quant au recul de 67 % du bénéfice net à € 931 millions, il s’explique essentiellement par des pertes de change et par un gain comptable non récurrent porté au bilan de l’exercice précédent pour un différentiel cumulé de € 1,6 milliard. En d’autres termes, Richemont présente un profil financier extrêmement favorable pour affronter un exercice 2020-2021 difficile.

Importantes réserves financières

Et ce profil est d’autant plus attrayant que la compagnie dispose d’un bilan extrêmement sain avec pas moins de € 4,4 milliards de trésorerie, à laquelle s’ajoutent 4,3 milliards d’actifs financiers alors que sa dette à long terme n’atteint pas les 4 milliards. Sur ces bases, Richemont annonçait le 18 mai dernier avoir opéré une levée de fonds de € 2 milliards recouvrant trois tranches obligataires de maturité différentes sur lesquelles les investisseurs se sont jetés. Commentaire de Burkhart Grund, CFO du Groupe : « Même si Richemont dispose d’un bilan solide et d’une trésorerie plus que suffisante, nous jugeons prudent de garantir des liquidités supplémentaires pour affronter l’avenir, qui peut potentiellement nous réserver des temps plus difficiles. Cette émission obligataire soutiendra le développement à long terme de nos Maisons et de nos activités. »

À ces niveaux de cours, les actions Richemont accusent une décote de 40 % par rapport à leur valeur intrinsèque.

Richemont n’est d’ailleurs pas la seule multinationale du secteur à jouir d’une telle assise financière. LVMH, qui sort d’une année 2019 record, est dans une situation analogue avec une dette financière nette qui représente à peine 16 % de ses fonds propres. Idem pour Hermès, dont la trésorerie se monte à € 4,4 milliards avec une dette à long terme quasi inexistante. Ces quelques indications permettent de voir l’évolution boursière de ces compagnies sous un autre angle, évolution qui a lourdement sanctionné les titres Richemont, en recul de 32 % sur six mois au 20 mai (les actionnaires n’ont guère apprécié la division du dividende par deux), mais aussi ceux de Swatch Group (– 38 %) et de Kering (– 21 %). LVMH (– 10 %) et Hermès (– 5 %) s’en sortent déjà mieux. Comme le rappellent volontiers les analystes, à de tels niveaux de cours, les actions Richemont accusent une décote de l’ordre de 40 % par rapport à leur valeur intrinsèque. On sait bien que si les chiffres sont une chose, reflet d’une situation passée, la confiance en l’avenir en est une autre. Pour l’investisseur, il est peut-être temps de se poser la question.

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