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Une brève histoire du quartz (1)
Histoires de montres

Une brève histoire du quartz (1)

Tuesday, 17 September 2019
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Vincent Daveau
Journaliste, horloger constructeur et historien diplômé

“Une heure de retard d’une jolie femme, c’est son quart d’heure d’avance. ”

Sacha Guitry

« La passion est le sel de la vie ! »

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9 min de lecture

La révolution du quartz a causé un traumatisme dans l’univers horloger au point que son histoire est pratiquement inconnue. Voilà de quoi combler cette lacune en quelques minutes. Première partie : de la Seiko Astron à la Swatch.

Tout était calme dans les vallées du Jura, et pourtant un véritable séisme aux antipodes n’allait pas tarder à précipiter la chute de la mécanique horlogère. Ce que les ingénieurs des années 1970 ont considéré comme un véritable « tsunami » a en réalité pour origine la volonté d’un dirigeant japonais. Tsuneya Nakamura, directeur de Seiko depuis 1963, avait en effet mis tout en œuvre pour gagner la course dans la maîtrise de la technologie du quartz. En moins de trois ans, le monde allait changer avec des horlogers comme Ulysse Nardin, présents aux concours de chronométrie de Neuchâtel dès 1965 avec leurs premiers prototypes de montres pilotées par un quartz. Les résultats obtenus auraient facilement pu laisser croire à des jours difficiles pour les montres mécaniques. Seulement, faute de réel intérêt, la technologie a vite été reléguée au rang des sciences pures. Jusqu’à ce que Seiko, maison japonaise fondée en 1881 mais parfaitement inconnue des Européens, sorte de l’ombre en 1966 en présentant aux Suisses sa version horlogère à quartz. Quoi qu’il en soit, les horlogers traditionnels n’avaient aucune raison d’être inquiets jusque dans les années 1966 à 1968. Il semblait en effet encore impossible aux entreprises impliquées dans cette voie, comme Girard-Perregaux, Ulysse Nardin ou le Centre électronique horloger, de faire mieux que des prototypes. C’était l’impasse !

Seiko dicte sa loi

Ce constat, Shoji Attori, membre de la famille fondatrice de Seiko, en prenait toute la mesure. En 1968, il imposait donc à sa direction de reprendre les recherches sur le quartz à zéro. Sa volonté : faire de la montre du futur un produit susceptible d’être fabriqué en quantités industrielles. Son but : finaliser avant 1970 la première montre à quartz de série au monde. C’est ainsi que le 25 décembre 1969 la première référence analogique (à aiguilles) haute fréquence pilotée par un cristal et baptisée Seiko Astron était mise en vente. Son prix très élevé ne donnait pas l’idée de ce qu’allait être la révolution, même si le concours de chronométrie suisse avait cessé en 1968 devant la déferlante de prototypes très précis basés sur une même technologie. Il s’agissait pourtant d’un signe avant-coureur. Encore fallait-il pouvoir le décrypter… À la Foire de Bâle de 1970, les marques Seiko (Astron 355Q), Longines (Ultraquartz 6512), CEH (Beta 21), Girard-Perregaux (GP350) et Hamilton (Pulsar) présentaient pourtant toutes un garde-temps à quartz commercial. Mais la guerre fut de courte durée tant les sociétés helvétiques manquaient de motivation et de confiance dans l’avenir de cette technologie. À la décharge des ingénieurs, il faut reconnaître qu’il était alors difficile d’imaginer qu’une montre à quartz coûtant en 1970 trois à quatre fois le prix d’une mécanique allait « vitrifier » cette technologie ancestrale en moins de 10 ans.

Par erreur de calcul prévisionnel, les marques suisses allaient perdre beaucoup.

Les compagnies suisses les plus puissantes ont très vite jeté l’éponge. Certaines comme Zenith se sont concentrées sur des approches mécaniques classiques permettant de gagner en précision. Le calibre El Primero battant à 36’000 alternances/heure (5 Hz) lancé en 1969 se battait toutefois contre des montres électromécaniques à la fréquence de 2 Hz et non contre les quartz au rendement de 32’768 vibrations/seconde, selon la norme établie par Girard-Perregaux et reprise par toute la profession, Japon compris. Par erreur de calcul prévisionnel, méconnaissance du marché, incompréhension des motivations de la génération montante et absence de projection, ces marques allaient beaucoup perdre. On ne lutte pas contre la mode, ce que Nicolas Hayek a parfaitement compris.

Apparition des écrans numériques

À peine les premières montres à quartz analogiques (à aiguilles) inventées que des ingénieurs électroniciens mettaient au point des garde-temps capables d’afficher l’heure de façon digitale, autrement dit à l’aide de chiffres obtenus à partir d’une série de diodes excitées électriquement comme sur les calculateurs électroniques d’IBM, Texas Instrument ou encore Casio. Dans ces cas, le circuit intégré mesurant les vibrations du quartz transmettait l’électricité en provenance de la pile à intervalles réguliers au système permettant l’affichage de l’heure sur un écran à LED (Light Emitting Diodes display). Le premier modèle a été proposé par Hamilton avec la Pulsar Time Computer. Cette pièce éditée à 3 exemplaires, lancée le 6 mai 1970, possédait un affichage horaire non permanent destiné à limiter la consommation d’énergie. La production des pièces de série, aujourd’hui toutes très recherchées, a été lancée en 1971 et ne porte que le nom Pulsar au cadran.

Quartz Astron, l'édition commémorative
Quartz Astron, l'édition commémorative

Évidemment, d’autres marques se sont lancées dans la production de ce type de produits alors en phase avec les attentes de modernité du public. Omega, Texas Instruments, Bulova, Citizen, Zenith Time, Waltham et d’autres se sont jetés dans la course à la montre LED. Mais au même moment, la mise au point de nouveaux cadrans fabriqués selon le principe des cristaux liquides à effets de champ (FEM) devait précipiter la chute de toutes les générations précédentes de montres à quartz. Et en particulier celles dotées d’écrans à diodes (LED) consommatrices en électricité lorsqu’il s’agit d’afficher l’heure en rouge sur fond noir. Dès 1972, un système baptisé LCD faisant appel à un affichage dynamique allait être appliqué par la Société des Garde-Temps SA (SGT) à La Chaux-de-Fonds. Ce système ultra efficace et peu consommateur devait évoluer avec l’apparition du LCD à effets de champ. Attribué à Schadt & Helfrich en 1971, il a été employé par Seiko en 1973 avec affichage des secondes.

La première révolution silencieuse

Moins gourmande en énergie, cette nouvelle génération d’instruments allait connaître une croissance foudroyante. Conformément à la loi de Moore (Gordon Moore, cofondateur d’Intel) énoncée en 1965, les produits horlogers comme électroniques et informatiques ont vu leur capacité doubler et leurs prix divisés par 2 tous les 18 mois. Une rapidité dans le développement de produits à laquelle l’horlogerie traditionnelle n’était pas habituée. En 1975, Seiko sortait la première pièce numérique multifonction ; en 1983, la première montre télévision (cal. T001) ; l’année suivante, la première montre ordinateur au monde. Et la marque n’allait pas en rester là pour proposer tous les ans des nouveautés répondant aux attentes d’un public avide d’électronique, bientôt éberlué par les premiers ordinateurs personnels, à commencer par le Sinclair ZX 81, lancé en 1981, suivi par l’Amstrad CPC et l’Apple 2E, commercialisés en 1984.

Les ingénieurs investis dans des projets horlogers d’envergure n’étaient toutefois pas tous japonais.

En parallèle, Casio, la firme japonaise fondée en 1957 et initialement spécialisée dans les systèmes de calculs électroniques et, plus tard, les célèbres calculettes scolaires, dévoilait le 31 août 1983 la première G-Shock. Depuis, il s’est vendu plus de 100 millions de ces fameuses références électroniques réputées indestructibles, portées par la plupart des aventuriers, militaires et sauveteurs du monde. Cette montre a été mise au point entre 1980 et 1981 par un jeune ingénieur de Casio à Tokyo du nom de Kikuo Ibe. Sa proposition : une montre à quartz indestructible. Convaincu de son idée, il s’est mis à élaborer des prototypes qu’il testait en les lançant de la fenêtre de son laboratoire. Après plus de 200 tentatives et trois ans de travaux, l’homme est parvenu à convaincre sa direction Casio. De cette obstination est né le mantra de la marque, « Never Give up », et la première G-Shock commerciale en 1983.

Premier calculateur Casio 1957
Premier calculateur Casio 1957

Les ingénieurs investis dans des projets horlogers d’envergure n’étaient toutefois pas tous japonais. Chez ETA notamment, ils ont ainsi mis au point le calibre de la Delirium, confié à quatre marques : Longines pour la Delirium Feuille d’Or, Omega pour la version Dinosaure de 1,8 mm d’épaisseur totale, Eterna pour l’Espada Quartz et Concord pour la Delirium de 2 mm d’épaisseur. Des records de finesse obtenus en utilisant le fond de boîte comme platine et ce pour le prix de 4’500 $ en 1978 pour le seul calibre. Ce principe de construction n’allait pas rester sans suite. Car une autre révolution couvait dans les bureaux d’ETA, en Suisse, à l’aube des années 1980. Ernst Thomke, alors directeur d’ETA, assisté des ingénieurs Jacques Müller et Elmar Mock, œuvrait à la mise au point d’une montre économique. Pour en limiter les coûts de production, l’idée consistait à reprendre le principe de construction de la Delirium en ayant recours pour le boîtier à des injections plastiques de précision parfaitement maîtrisées depuis l’Astron. En 1982, une série pilote était lancée aux États-Unis. Cette pièce, baptisée Swatch Quartz sous la référence GB101, devait ensuite amorcer une vraie saga qui fait déjà partie de l’histoire horlogère helvétique. Et pour cause, lors des 30 ans du modèle célébré en 2013, plus de 400 millions de Swatch avaient trouvé preneurs…

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