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Histoires de montres

Une collection de montres pour l’homme-caméléon qu’était Robin Williams

vendredi, 29 mai 2020
Par Frank Rousseau
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Frank Rousseau

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10 min de lecture

C’était l’un des comiques américains les plus brillants de sa génération. Le 11 août 2014, à 63 ans, atteint de la maladie de Parkinson, Robin Williams mettait fin à ses jours. Voici l’une des dernières interviews de la star, un homme qui chérissait et collectionnait les montres avec passion.

En 2018, Marsha Garces Williams, deuxième épouse de Robin, dispersait la collection de montres de son mari dont elle était séparée lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s. L’histoire retiendra une montre Hamilton adjugée 28’000 euros ! Il est vrai que c’est le modèle que portait le regretté Robin dans Le Cercle des poètes disparus. Le prix de la nostalgie !

Où avez-vous vu le jour, cher Robin ?

À Chicago, mais j’ai grandi dans le Middle West pour enfin déménager à San Francisco. J’avais 16 ans. C’est à partir de là que je me suis donné un coup de pied aux fesses. Je sais, cela doit vous paraître techniquement et physiquement impossible, mais c’est pourtant ce que j’ai réussi à faire. J’ai toujours été un clown dans mon ADN, mais il fallait que je trouve le courage de sauter dans l’arène !

Robin Williams
Robin Williams
Parlez-nous de votre toute première montre…

Mon père travaillait chez Ford et il était très souvent absent de la maison. Quand il rentrait, c’était généralement pour repartir en coup de vent. Comme il se sentait coupable, il compensait en me ramenant une voiture ou un tracteur miniature, une maquette, bref, un truc pour me dire que finalement il pensait à moi. Un jour, il est revenu à la maison avec une petite boîte en métal. À l’intérieur, il y avait une montre Hamilton. Elle était deux fois trop grosse pour mon poignet mais qu’importe, en portant cette montre, je me sentais un grand. J’avais 13 ans, vous ne pouvez pas savoir quel impact cela a eu sur moi ! On me prenait au sérieux !

Pourquoi ?

Parce que quelque part, mon père me faisait comprendre que je n’étais plus un petit. Cette montre, c’était un moyen de me dire : « Aujourd’hui, tu es un homme. » Bref, inutile de dire que je me suis empressé de ranger ma montre avec Woody Woodpecker dans une vieille boîte à chaussures.

Robin Williams
Robin Williams
Vous l’avez encore, cette montre ?

Hélas non ! Nous avons pas mal déménagé dans la famille et je l’ai perdue. Enfin, j’imagine. Ce n’est pas faute de l’avoir cherchée. Au bout d’un certain temps, la mort dans l’âme, j’ai dû me faire une raison. Elle s’était vraiment volatilisée.

C’est de là que vient votre passion des montres ?

La passion des montres m’est venue à travers le vélo. J’ai toujours aimé ce moyen de me déplacer mais aussi l’exercice physique. J’aime le vélo parce que ça me permet d’évacuer la pression. La seule pression que je maintiens quand je suis au guidon de mon vélo, c’est celle qu’il y a dans mes pneus. Et puis, j’aime la France ! Je me suis marié en France ; je passe mes vacances en France ; et chaque année, je suis le Tour de France en… France, ce qui est assez logique quand on est un amoureux de la « petite reine ». C’est bien le terme utilisé pour le vélo, non ? Bref, comme j’aimais le côté compétition, la performance, j’ai toujours recherché des montres précises qui pouvaient me donner mes chronos.

Des montres sportives, donc…

Oui, mais très vite j’ai évolué vers des montres plus sophistiquées. Le risque, quand vous commencez à vous intéresser à un objet quel qu’il soit, c’est que vous recherchez ce qui se fait de mieux, de plus beau, de plus rare. L’univers des montres a ceci de fascinant qu’il est en mouvement perpétuel. Il y a chez les horlogers une sorte de mécanisme intérieur qui les pousse à toujours se surpasser. J’imagine que cette industrie est tellement compétitive qu’ils n’ont peut-être pas d’autres choix. Mais quand on creuse un peu, on s’aperçoit finalement que ce qui anime les horlogers, c’est l’amour du travail bien fait et ce désir d’aller de l’avant sans renier la tradition.

Robin Williams
Robin Williams
Vous êtes l’un des acteurs les mieux rémunérés à Hollywood. Vous souvenez-vous de ce que vous vous êtes offert avec votre premier cachet ?

Un mountain bike. Rien de mieux pour affronter une carrière en forme de montagnes russes. Même si de ce côté-là j’ai plutôt eu de la chance. Je me suis aussi offert une montre. Une Cartier Tank d’occase !

Vous avez dit un jour à propos des montres que le plus intéressant, ce n’est pas tant le contenant mais le contenu…

En tant qu’amoureux des montres, je suis bien sûr sensible à la forme du cadran, des aiguilles, des chiffres, au matériau utilisé, au bracelet aussi et à son système de fermeture, mais une fois que vous soulevez le capot, vous ne pouvez qu’être obnubilé par toutes ces petites pièces assemblées minutieusement. Le mécanisme d’une montre à complication, c’est en quelque sorte une vitrine de ce que l’intelligence humaine est capable de réaliser dans un espace si réduit.

Comme les montres automatiques, on a le sentiment que chez vous l’envie de rire ne s’arrête jamais…

Vous savez, ma mère était dépressive. Quand je la voyais dans cet état, je n’avais qu’un désir : la faire rire ! Pour ça, j’avais pris l’habitude d’imiter ma grand-mère. Un peu à la façon de Mrs. Doubtfire. Son visage alors irradiait et reprenait des couleurs. Petit à petit, je me suis pris à mon propre jeu. Faire de l’humour, raconter des blagues, imiter des gens, ça me donnait des ailes à moi qui, au fond, étais assez timide. D’ailleurs, je pense que je le suis encore. Mais avec le temps et l’expérience de la comédie, j’ai appris à mieux le dissimuler. Bref, quand vous apportez du bonheur aux gens, quand vous les voyez sourire, vous ne pouvez pas vous dire que ce job, c’est du vent ! Non, vous n’avez qu’une envie, c’est de recommencer. Le rire, c’est assez addictif, finalement.

Robin Williams
Robin Williams
Il n’y a pas un moment dans la journée où vous vous dites qu’il serait temps de faire une pause ?

Non ! C’est comme si vous demandiez à un haltérophile de retirer ses muscles et de les accrocher sur un cintre une fois rentré à la maison. Un comique, c’est la même chose. Le rire fait partie de sa personne. C’est un muscle qu’il aime bien faire travailler. C’est une extension de lui-même. Il ne peut pas s’en séparer. Pour autant, il y a des situations qui ne me font pas rire du tout : voir des gamins crever de faim ou mourir du cancer, voir des salauds détourner l’aide humanitaire…

Collectionner des montres, cela contribue-t-il à votre bonheur ?

Le bonheur, ceux qui le cherchent ne le trouvent jamais. Quant à ceux qui le trouvent vraiment, on les cherche encore… Je crois qu’il ne faut pas trop en demander avec la vie, qu’il ne faut pas exiger l’impossible. Prenons ce qu’elle vous donne pour en savourer la substantifique moelle.

Carpe diem, pour reprendre la formule du Cercle des poètes disparus !

Oui, concrétiser ses rêves et profiter de chaque instant que vous offre la vie, c’est effectivement la quête de la plupart d’entre nous. Malheureusement, rien n’est inscrit dans le marbre. Vous savez comment faire rire le bon Dieu, eh bien, en lui parlant de vos projets ! Je ne sais plus qui disait : « Le bonheur est un mythe inventé par le diable pour nous désespérer. » (rires) Maintenant, oui, j’ai la chance d’avoir chez moi une collection de montres qui me procure quelque satisfaction.

Qu’auriez-vous fait de votre vie si vous n’aviez pas exercé ce métier ?

Je serais probablement vendeur de vibromasseurs en gros ! À l’université, j’ambitionnais de devenir politologue. Mon père, lui, m’aurait plutôt vu faire de la soudure dans l’usine Ford de Detroit où il travaillait. Ne cherchez pas de rapport avec la politique, il n’y en a aucun. J’ai également envisagé le statut de proctologue magicien…

Proctologue magicien, vraiment ?

Pour pouvoir sortir un lapin par la voie anale, bon sang ! J’aurais pu être aussi marchand de vélos ou vendeur de montres, car, au fil des années, j’ai acquis certaines connaissances dans ce domaine. Certes, comparé aux experts, j’aurais toujours eu l’air d’un amateur, mais bon, j’aurais bien pu faire illusion pendant au moins… cinq minutes. Maintenant, si vous me demandez de venir en Suisse chez Rolex ou chez IWC, je serais vite la risée du moment. Entre nous, il ne vaut mieux pas. Vous ne pouvez pas vous marrer quand vous êtes un maître horloger qui doit ajuster des pièces au binoculaire. C’est verboten ! (rires)

Quelle est la plus belle pièce de votre collection ?

Je ne peux pas vous répondre. C’est comme si vous me demandiez quel est mon vélo préféré ou, plus délicat encore, mon enfant préféré. Mes montres sont toutes différentes. J’ai des Frank Muller, des IWC, des Bell & Ross, des Cartier, des Panerai. Elles ont toutes une histoire derrière elles, un vécu. Elles ont rythmé ma vie, et mes films parfois, car en tant qu’acteur je les ai souvent mises en valeur. Au fond, ces montres ont joué un rôle essentiel. En fonction de celle que j’avais au poignet, le public arrivait à mieux définir mon personnage. Toute mon existence, j’ai été une sorte de caméléon et mes montres m’ont suivi sur ce chemin-là. Elles se sont adaptées au terrain sur lequel je me trouvais !

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