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Watches and Culture au cœur des objectifs de développement...
Watches and Wonders

Watches and Culture au cœur des objectifs de développement durable

jeudi, 13 janvier 2022
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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9 min de lecture

Les objectifs de développement durable lancés par les Nations unies en 2015 offrent une feuille de route commune pour la paix et la prospérité des populations et de la planète. Serait-on en droit d’attendre que l’industrie horlogère fasse partie de ceux qui montrent l’exemple ? Watches and Culture de la Fondation de la haute Horlogerie s’engage sur ces enjeux cruciaux.

S’il faut reconnaître à l’industrie horlogère une qualité première, c’est bien celle de savoir susciter le rêve et d’avoir toutes les cartes en main pour l’entretenir. Cette magnifique aptitude, qui fait merveille depuis plusieurs siècles et qui lui a permis d’entrer de plain-pied dans l’univers du luxe, se heurte aujourd’hui à une réalité incontournable. Le produit, aussi parfait soit-il, ne se suffit plus à lui-même. Les garde-temps exercent certes un pouvoir de séduction toujours aussi ravageur, mais les questions qu’ils suscitent en termes de moyens de production, de matériaux utilisés ou d’outils de communication revêtent de nos jours une importance croissante. Des questions d’autant plus pressantes que cette industrie fait justement partie de celles pour qui l’image de marque est une composante essentielle de leur succès ; des questions qu’elle ne peut donc se payer le luxe d’éluder.

Un fol espoir

C’est donc inexorablement que l’on se tourne vers le programme de développement durable adopté par l’ensemble des États membres de l’ONU en 2015. Celui-ci offre une feuille de route commune pour la paix et la prospérité des populations et de la planète avec 17 objectifs globaux, assortis de 169 cibles détaillées. En résumé, ces objectifs donnent une définition des défis les plus urgents auxquels la population mondiale est confrontée et constituent de ce fait le cadre incontournable à donner au programme de développement durable à l’horizon 2030. En 2015, alors même que l’ONU détaillait son programme, un autre événement d’importance semblait bel et bien démontrer que l’avenir de la planète était enfin considéré comme une préoccupation majeure. Avec les accords de Paris sur le climat et le réchauffement climatique, on assistait à la signature du traité le plus largement et le plus rapidement signé de l’histoire de l’humanité avec 195 paraphes sur 197 au bas du texte.

En investissant 1 % de la fortune privée mondiale, les objectifs de développement durable des Nations unies sont à portée de main.

Sur le papier, ce magnifique élan de solidarité transnational était encore conforté par des projections chiffrées des plus encourageantes. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) – Sustainable Development Goals (SDGs) – allait nécessiter un investissement annuel de l’ordre de 2 500 milliards de dollars entre 2015 et 2030, un chiffre à comparer avec la capitalisation boursière du géant Apple, le premier à avoir franchi le seuil symbolique des 3 000 milliards de dollars en janvier de cette année. Le PNUD était d’ailleurs bien inspiré en faisant la comparaison avec la richesse privée qui représentait alors quelque 250 000 milliards de dollars sur les marchés financiers mondiaux. En d’autres termes, en investissant 1 % de cette fortune, les ODD étaient à portée de main. Une utopie ? En écoutant Patrick Odier, associé gérant senior de Lombard Odier & Cie, l’une des plus importantes banques privées genevoises, il y avait d’ailleurs tout lieu d’espérer : « L’investissement durable est bien plus qu’un enjeu environnemental, dit-il. C’est une révolution à l’échelle planétaire. Elle influencera les interventions gouvernementales, le mode de fonctionnement des entreprises et ainsi le choix des investisseurs. Nous sommes face à un bouleversement sans précédent dans l’histoire de l’humanité. »

"Nous sommes en train de creuser notre propre tombe."

Las, force est aujourd’hui de constater que le fol enthousiasme né en cette année charnière de mobilisation internationale est retombé. Pour preuve, les résultats décevants de la récente COP26 tenue à Glasgow. « Le show annuel a pris fin, résume le professeur Marc Chesney, directeur du Centre de compétence en finance durable de l’université de Zurich. Le suspense a été dérisoire au cours du sommet de ce non-événement planétaire. La plupart des délégués gouvernementaux de haut rang ont comme d’habitude affiché un avis plutôt positif dans la mesure où ils estiment que ce “pacte climatique de Glasgow” correspondrait au mandat de la COP, en l’occurrence de “garder en vie”, apparemment de mettre sous perfusion, l’objectif de limiter l’augmentation des températures à 1,5 °C à la fin du siècle. Or, il faudrait le réaliser au lieu de le maintenir en vie indéfiniment ! Ainsi, à chacune de ces réunions, c’est sous les feux des projecteurs de la grande scène médiatique que l’éléphant accouche d’une souris. »

« Le moment est venu de dire : “Ça suffit !” » António Guterres, secrétaire général de l’ONU

Les pays signataires des accords s’exhortent en effet mutuellement à appliquer des décisions qu’ils se refusent à exécuter. Pour des raisons prioritairement économiques, c’est donc l’inaction qui pèse comme une chape de plomb sur ces objectifs. « Les six années qui se sont écoulées depuis l’Accord de Paris sur le climat ont été les six années les plus chaudes jamais enregistrées, lançait António Guterres, secrétaire général de l’ONU, en préambule de la COP26. Notre addiction aux énergies fossiles conduit l’humanité tout droit vers l’abîme. Le moment est venu de dire : “Ça suffit ! Détruire la biodiversité ? Ça suffit ! S’autodétruire à cause du carbone ? Ça suffit ! Jeter la nature à l’égout ? Ça suffit ! Brûler, forer et excaver toujours plus profond ? Ça suffit !” Nous sommes en train de creuser notre propre tombe. »

Les raisons d’espérer

Dans ce contexte, inutile d’insister sur toute l’importance que revêt l’initiative privée. C’est précisément là où les actions des Maisons d’horlogerie prennent tout leur sens. D’autant que l’industrie horlogère est emblématique à plus d’un titre de l’économie helvétique, dont la création de richesse dépend pour 65 % de ses exportations. Avec 95 % de sa production qui se vend à l’international, non seulement l’horlogerie est tributaire des marchés étrangers, mais ceux-ci contribuent également à lui fournir son indispensable matière première en termes de métaux et pierres précieuses. L’impact économique du secteur horloger, troisième industrie d’exportation suisse, est donc loin de se limiter aux frontières nationales, bien au contraire. Or, la Suisse dans son ensemble a déjà été épinglée dans le rapport 2019 sur le développement durable de la Fondation allemande Bertelsmann pour les effets négatifs qu’elle induit sur le développement d’autres pays. Une critique qui n’a pas épargné l’horlogerie, mais qui émane cette fois d’un rapport du WWF datant de 2018 et dont le titre ne laissait planer aucune équivoque : « Une transition précieuse – Pour une plus grande transparence et responsabilité dans les secteurs de l’horlogerie et de la joaillerie ». Qu’en est-il trois ans plus tard ? « Dans l’ensemble, il ne s’est pas passé grand-chose, déplore Damian Oettli, de WWF Suisse. En termes de durabilité, l’industrie horlogère semble en être restée aux années 1970, voire 1980. L’approvisionnement responsable en matières premières est le sujet le plus urgent que doit aborder le secteur de l’horlogerie et de la bijouterie. Certaines initiatives tentent bien de s’attaquer aux problèmes sociaux ou environnementaux liés à l’extraction minière, mais c’est souvent la traçabilité elle-même qui pose problème. De plus, ces initiatives ne représentent qu’une petite partie de l’or extrait dans le monde. »

Le développement durable, thème de l’année de Watches and Culture

Cet état des lieux ne rend certes pas hommage à ces « initiatives » qui se sont néanmoins multipliées ces dernières années et qui méritent une attention particulière. S’il n’est donc pas question de les passer sous silence, bien au contraire, il s’agit avant tout de montrer ici l’urgence d’une situation qui fait du développement durable le thème de l’année de Watches and Culture. En tant que pôle d’activité de la Fondation de la Haute Horlogerie dédié à la promotion de l’excellence horlogère, Watches and Culture aura pour mission ces prochains mois de susciter le débat autour de ces questions, d’en traiter les différents aspects au sein de la profession afin d’esquisser des solutions d’avenir. Un premier rendez-vous est prévu avec le Watch Forum. Cette journée permettra de faire un état des lieux et d’aborder concrètement les grands enjeux qui demandent dès aujourd’hui des actions concrètes de la part des Maisons horlogères. Avec son site www.watchesandculture.org comme support de communication et au travers de ses différentes initiatives, Watches and Culture entend accompagner les Maisons horlogères sur le chemin d’une industrie durable.

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